Du 11 au 15 avril 2018 se tiendra la 6e édition du Festival des Cinémas Indiens de Toulouse. Merci à Frédérique Bianchi, la présidente du Festival d’avoir accepté de répondre à mes questions pour vous le présenter.

Comment est né ce festival ?

Ça m’est un peu difficile de répondre pour les autres co-aventuriers du tout début… De mon côté, le festival est né d’une impulsion un peu simplette et prévisible : je commençais des recherches universitaires sur le cinéma indien en France et forcément, la première question que je me posais, dans un pays aussi cinéphile que le nôtre, c’est pourquoi le cinéma indien ne parvient-il pas jusqu’à nos écrans ? C’était en 2009. Comme c’était dans l’axe direct de mes recherches, j’ai donc pu creuser à loisir la question. Et puis, je me suis dit que provoquer la naissance d’un terrain propice, tant aux visionnage des films, qu’à la rencontre des spectateurs, était une perspective assez stimulante. J’avais vraiment envie de rencontrer les spectateurs des films indiens, de partager avec eux. J’ai commencé à étudier le projet, mais toute seule, cela n’avait rien d’évident. À ce moment-là, j’ai fait la rencontre d’une autre personne qui était curieuse, puis d’une autre, d’origine indienne, à qui les films hindi manquaient, et ainsi de suite jusqu’à voir naître un groupe, assez hétérogène, il faut bien le reconnaître.

La 1ère édition a vu le jour en 2013, c’était à la fois de la folie et jubilatoire parce qu’on a appris, sur le terrain, toutes les étapes de création d’un festival. Des anciens co-fondateurs, il reste 3 personnes : Sarah Léguevaques, Danièle Mijoules et moi-même. L’équipe a beaucoup évolué, connu ses hauts et ses bas, comme dans tout festival. Aujourd’hui, avec nous 3, il y a aussi Chandirasegaran, Eric, Parizad et Vaani. Nous sommes une bonne équipe impliquée, petite mais efficace, et c’est super motivant.

Comment a évolué le festival depuis sa première édition ?

Oula ! Un peu dans tous les sens, on expérimente régulièrement une chose puis une autre. Je trouve qu’on a plutôt bien tourné (rires) : on est là, on s’implante tranquillement et sûrement dans le paysage audiovisuel du Grand Toulouse, on a notre public et celui-ci continue de se développer. On commence à avoir de l’expérience, de l’ancienneté, la confiance des partenaires, mais on reste les derniers arrivés dans l’impressionnante collection de festivals de cinéma de Toulouse. C’est un super défi en fait ! Toulouse est une ville hyper dynamique côté cinéma et en même temps… il faut vous imaginer le contexte dans lequel nous sommes arrivés : d’abord, il n’y avait quasiment pas de projection de films indiens en salle. Le « quasiment pas » est à comparer à la situation actuelle où, bon an, mal an, l’agglomération toulousaine connaît en moyenne 10 sorties de films indiens par an sur ses écrans, en grand majorité pour des projections uniques, donc cela reste tout à fait dérisoire (ramené à plus de 1000 films produits par an seulement pour l’Inde). Ensuite, le cinéma indien est si méconnu que notre première couverture presse a illustré le festival par la photo d’un Indien d’Amérique… Enfin, quand le cinéma indien n’est pas méconnu, il est clairement dénigré. Je ne compte plus les attaques verbales reçues en tant que chercheuse, il y a quelques années, quand on apprenait que mon sujet de recherche portait sur les films indiens, y compris Bollywood.

En Inde, les réalisateurs et producteurs font des retours positifs, l’information circule, les relations de confiance s’établissent. La conséquence directe est que les films nous sont plus accessibles et que nous pouvons enfin diversifier la programmation. Car travailler entre l’Inde et la France, quel que soit l’objet, tous ceux qui l’ont vécu vous le diront, c’est assez complexe, il y a vraiment un décalage culturel important qui rejaillit directement sur les démarches administratives et commerciales. Les industries du cinéma sont très différentes de celle que nous connaissons en France et diffèrent aussi entre elles, selon le bassin linguistique pour faire court. Je pense vraiment qu’une approche interculturelle approfondie est incontournable pour y arriver.

Le catalogue des films indiens étant très maigre en France, la seule solution est de retrousser ses manches et d’aller sur place, rencontrer les acteurs de la vie culturelle et cinématographique indienne. Nous avons aussi, dans l’équipe, une personne sur place, ce qui permet une grande réactivité. Dans notre cas, du jour où cette décision a été prise, il y a clairement un avant et un après, visible dans la sélection. Et côté français, ça prend un peu plus de temps mais nous sommes confiants. Rome ne s’est pas faite en un jour, dit-on !

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

Nous ne serons pas originaux : la première difficulté est le budget. Le nôtre est clairement ridicule pour un festival international et nous limite beaucoup jusque dans la sélection de films. Quand on veut positiver, on se dit que nous sommes tous devenus des pros polyvalents et multitâches (rires) ! Nous sommes quand même encouragés et soutenus, par la mairie de Toulouse entre autre, et nous sommes ambitieux et confiants pour la suite. Nous savons que l’expérience et le temps jouent en notre faveur, tôt ou tard, les partenaires s’intéresseront à l’Inde, donc à tous les partenaires, donateurs, mécènes qui nous lisent, n’hésitez pas ! Rejoignez l’aventure ! Welcome aboard !
La seconde, logique, c’est que l’Inde et la France sont distantes de 8000 km et que ça a implique une organisation très réfléchie pour le moindre déplacement, le moindre projet ponctuel à mettre en place.

Par ailleurs, et ça rejoint nos objectifs, nous voulons développer le catalogue de films indiens, en France, en VOSTF. L’offre est maigre à l’heure actuelle et était quasiment inexistante il y a seulement quelques années. Le festival ambitionne de contribuer à développer le spectatorat pour ces films. Lorsque des spectateurs découvrent des films au festival, ils en redemandent ensuite. C’est une industrie cinématographique plurielle, très riche, exotique et universelle tout à la fois, et le plus souvent, quand les spectateurs la découvrent, ils y reviennent, parce qu’elle a ses caractéristiques propres et aborde une large palette de problématiques sociales. Dans l’ensemble, je pourrais retourner chaque difficulté vers sa facette constructive – et heureusement d’ailleurs ! – parce que les difficultés, les obstacles, peuvent aussi devenir des moteurs et des forces.

Un mot sur cette nouvelle édition ?

Le Festival des Cinémas Indiens de Toulouse connaîtra sa 6ème édition du 11 au 15 avrilavec 14 films où nous proposons un bon compromis entre un beau parcours de découvertes des productions du Kérala, du Tamil Nadu, de l’Assam, du Manipuri et du Sri Lanka et des productions bollywood. 14 films parmi lesquels 11 n’ont jamais connu de projections sur l’aire du festival. Cette édition nous tient à cœur. Progressivement, les sélections annuelles expriment nos ambitions. Et cette année, nous inaugurons notre prix du jury et reprenons un autre projet important, entamé il y a quelques années : un second temps en région avec une sélection de films du festival.

Pour nos spectateurs, qui voteront toujours pour le Prix du Public, nous avons géré la préparation d’une copie sous-titrée en français pour 10 d’entre eux. 9 connaîtront ainsi leur première française et/ou européenne pendant le festival.

Les lieux de projection sont variés : Espace Diversités Laïcité, Cinéma ABC, cinéma L’American Cosmograph, Médiathèque Grand M, Médiathèque Cabanis, Centre Culturel Alban Minville, avec des rencontres, un chaï bar, des temps conviviaux, une animation dansée et la Bollywood Party !

De quoi êtes-vous le plus fier ?

De regarder a posteriori ce pari un peu fou, face au scepticisme de nos interlocuteurs, il y a plusieurs années, et aux divers obstacles. Du retour des spectateurs, enchantés de découvrir des films dont ils ne soupçonnaient pas l’existence. Des projets ambitieux qui se construisent tranquillement mais sûrement, comme devenir partie prenante dans la distribution de certains films et contribuer ainsi concrètement, au-delà de chaque édition, au développement du nombre de films accessibles au public.

À côté de la fierté, il y a l’enthousiasme et le plaisir de découvrir les films tout au long de l’année, d’anticiper le partage avec les spectateurs, ces aspects-là sont intacts, voire encore plus intenses qu’au début de l’aventure, et nous sommes infiniment heureux de les partager chaque année avec tous les publics.

Tous les renseignements sur le site du Festival des Films Indiens de Toulouse.
Facebook du festival.

Nouvelle séance dans une nouvelle salle partenaire : En partenariat avec Gaumont Wilson et AANNA FILMS, projection unique de “Hitchki” avec Rani Mukherjee, dimanche 15 avril à 11h en VOSTA !

A propos de Carine TRENTEUN

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