Concours Metropolitan/ Culturopoing – Trilogie « Les intrus » de Renny Harlin

Alors qu’on n’attend rien d’eux – voire même le pire – certaines œuvres se révèlent d’excellentes surprises. On ne peut pas dire que les dix (ou l’on pourrait même pousser à vingt) dernières années de la filmographie très prolifique de Renny Harlin aient été très qualitatives. Ce bon artisan de l’action dans les années 90 (Cliffhanger, L’île aux pirates) s’est rapidement échoué dans les projets sans grand intérêt ni personnalité. À l’annonce de la sortie de son remake du terrifiant The Strangers de Bryan Bertino, peu de sourcils ont bougé, et lorsque les premières réactions sont arrivées, elles ont été catastrophiques. On peut donc dire que Les Intrus a littéralement été assassiné par la critique et que Culturopoing aurait volontiers participé à ce massacre si nous n’avions pas préalablement vu les films, ce qui nous a permis de constater qu’il s’agissait d’une énorme injustice.

Pour commencer, la structure de cette trilogie surprend, tout simplement parce qu’il ne s’agit pas de suites greffées à la manière d’une franchise comme Vendredi 13, mais d’une œuvre qui affirme sa cohérence dans ses trois chapitres et qui ne dévoile finalement son sens qu’à la toute fin. Si la notion de suite au prochain épisode est courante dans certaines sagas fantastiques, la plupart du temps adaptées de livres (Harry Potter, Le Seigneur des anneaux), c’est beaucoup plus rare dans le cinéma d’horreur. Si Renny Harlin entame donc Les Intrus par un premier opus brillant, assez fidèle à l’original, haletant et efficace, mais peut-être peu surprenant si l’on connaît déjà l’argument, c’est dans les deux volets suivants qu’il va le plus libérer ses élans créatifs et surtout traduire une vision intime, sauvage et noire du monde.

Pourtant, le principe de départ semble annoncer un simple slasher, avec son cortège de poncifs. Un jeune couple amoureux tombe en panne dans une ville hostile, peuplée d’habitants aux regards mystérieux. Un garagiste redneck leur promet la lune pour le lendemain, tandis qu’une maison s’offre presque miraculeusement à eux pour une nuit à un tarif dérisoire. Évidemment, le cauchemar commence, et les amoureux vont devoir tenter de survivre à des assaillants fantomatiques, masqués et particulièrement brutaux. On se retrouve inévitablement face aux poncifs du genre, quelque part entre le slasher, le home invasion et le film de maison hantée. Sauf que Harlin, après avoir consciencieusement posé les archétypes, dévie de sa trajectoire initiale et fait basculer le climat dans le chaos, sous le règne du dérèglement. Le spectateur ne peut alors plus se raccrocher ni aux lieux communs, ni au bon sens, ni aux mécanismes sociaux pour se rassurer, encore moins à un semblant d’humanité. Il y a dans Les Intrus une forme de changement de dimension, de passage de l’autre côté du miroir, sauf que ce reflet renvoie à notre monde et à notre époque. Ce n’est pas le cinéma de Renny Harlin qui se montre gratuit ou complaisant, mais bien l’humeur contemporaine qu’il parvient à nous faire ressentir.

Rétrospectivement, c’est peut-être cela qui a suscité le rejet des spectateurs, car plus on avance dans l’œuvre, plus elle se fait radicale et abstraite, plongeant dans les profondeurs terrifiantes de l’âme humaine, au cœur d’un univers poisseux, sans grand espoir, à mille lieues du divertissement horrifique et peut-être même de l’univers d’Harlin lui-même. Car oui, aussi bancale, aussi maladroite parfois qu’elle soit, Les Intrus est une œuvre viscérale, où le désespoir n’a rien d’une pose et où l’humour n’a pas sa place. Le film nous arrache ainsi au confort du visionnage pour nous imposer une expérience assez désagréable, qui sent la poisse et la décomposition, balaie les repères moraux et plonge dans un nihilisme inattendu, très loin du plaisir du pop-corn.

Le réalisateur finlandais investit donc un univers particulier, porteur d’une dimension politique qu’on ne s’attendait pas à trouver chez lui. Plus les chapitres avancent, plus ils respirent la putréfaction, dans une ambiance de fin du monde qui rappelle un peu l’énergie suintante des premiers Rob Zombie, et dessine le portrait d’un pays qui crée ses propres monstres. Finalement, on se moque un peu de l’identité des assassins, de ceux qui se cachent derrière les masques, car derrière ces derniers, justement, c’est un peu l’Amérique fasciste et puritaine tout entière qui sommeille.

Nous sommes donc ravis de défendre ces films mal-aimés, en espérant qu’ils soient un jour réhabilités. Nous pourrons alors dire assez fièrement que nous avions aimé ce requiem en trois actes dès la première vision.

En partenariat avec Metropolitan Films, nous sommes donc très heureux de vous faire gagner trois exemplaires de cette trilogie si vous répondez à ces questions avant le 5 novembre 2026, 0h00.

© Tous droits réservés. Culturopoing.com est un site intégralement bénévole (Association de loi 1901) et respecte les droits d’auteur, dans le respect du travail des artistes que nous cherchons à valoriser. Les photos visibles sur le site ne sont là qu’à titre illustratif, non dans un but d’exploitation commerciale et ne sont pas la propriété de Culturopoing. Néanmoins, si une photographie avait malgré tout échappé à notre contrôle, elle sera de fait enlevée immédiatement. Nous comptons sur la bienveillance et vigilance de chaque lecteur – anonyme, distributeur, attaché de presse, artiste, photographe.
Merci de contacter Bruno Piszczorowicz (lebornu@hotmail.com) ou Olivier Rossignot (culturopoingcinema@gmail.com).

A propos de Olivier ROSSIGNOT

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.