1979-2019. Pour son quarantième anniversaire, la mythique palme d’or de Coppola s’offre et nous offre un lifting complet, entourée d’un tombereau de superlatifs technologiques. Version Dolby Vision® très haute définition 4K restaurée d’après les négatifs d’origine, son Dolby Atmos® également d’après le master original qui à lui seul avait valu un Oscar au film, nouveau montage qui réduit la version Redux précédente d’une demi-heure, mais augmente la version originale d’une heure… À condition de choisir une salle bien équipée, le show peut recommencer, grandiose. Et le film se redécouvrir.

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Un an et douze kilomètres

Au départ, une insatisfaction du maître, sensible à certaines critiques : la version Redux de 2001 était jugée trop lourde, qui portait à 3h 22 celle d’origine de 2h 33. Il aura fallu pas moins d’un an de travail d’après les douze kilomètres de négatifs d’origine pour ciseler cette dernière mouture qui, de fait, redonne à voir, à entendre et à ressentir cette œuvre avec un souffle renouvelé, et devrait pouvoir capter un jeune public formé à l’exigeante école Avengers. Le tout étant de sélectionner sans pitié sa salle de cinéma qui devra réunir grand écran (idéalement Imax), projection laser HDR 4K et son Dolby Atmos® avec renfort de basses.

Un immense hommage

Dès lors et dès la première seconde, Apocalypse Now Final Cut nous immerge au sein d’un déferlement continu de sensations décuplées. Sons d’une jungle oppressante et époustouflante, ballet d’hélicoptères obsessionnel spatialisé au-dessus du public par les enceintes au plafond, vibrations de retors angoissantes restituées par les basses spéciales, frappes de B52 comme autant de montées d’adrénaline. Le prodigieux retravail de la bande son à partir du mythique mixage en six pistes de Walter Murch offre une puissance inégalée à la longue introduction-incantation des Doors — jamais aussi bien utilisés avec l’inégalable Who’s that knocking at my door de Scorsese ; les pales du premier hélico (reproduit au synthétiseur) se confondant avec celles du ventilo de Martin Sheen n’ont jamais été si proches de l’hallucination auditive et visuelle ; dès les premières minutes, il est certain que la débauche de nouvelles technologies rend un immense hommage à ce film qui semblait n’attendre qu’elles pour trouver sa juste démesure. Jusqu’au grain de la voix de Marlon Brando qui semble nous envelopper comme pour la première fois dans de poignants et ténébreux veloutés. L’image totalement restaurée photogramme par photogramme à la palette graphique et digitalisée permet d’atteindre une densité de couleurs, une richesse de détails somptueuse, certainement plus proche de la folle vision de départ du chef opérateur Vittorio Storaro.

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Du psychédélique au monstrueux

La montée d’adrénaline est non seulement assurée, mais immédiate et phénoménale avec son cortège de peur, d’attente impatiente, de saturation émotionnelle qui délivre en continu la sensation de frôler une folie qui n’a rien de douce, la folie destructrice des champs de guerre, la folie des hommes livrés tout entiers à leurs pulsions déchaînées. La guerre est une apocalypse et Apocalypse Now Final Cut nous y plonge en nous faisant côtoyer les cimes et les gouffres dans un délire de fumigènes colorés, passant du grandiose au grandiloquent, du feu d’artifice à la foire du Trône, du théâtre à l’opéra, de l’orgie psychédélique au carnage monstrueux, de l’absurde existentiel aux pulsions de meurtre. En nous ramenant à cette condition humaine si parfaitement résumée par les deux derniers mots de Brando, “Horror… Horror…”

Peinture dantesque de l’absurdité de la guerre

La guerre trouve une dimension sensorielle débordante, épuisante, la mort n’est guère qu’un spasme de plus, un spasme ultime presque orgasmique dans ce film maintenant si dénué de sexe mais si plein de fièvre, jusqu’à atteindre l’état de transe hypnotique. Même l’héroïsme se voit ramené à la folie du clivage émotionnel d’un lieutenant-colonel si spectaculairement coupé de ses émotions qu’il se dresse sans coup férir au milieu des bombardements. Si tout film de guerre est une apologie de la guerre, Apocalypse Now Final Cut s’inscrit ailleurs, dans une peinture dantesque de son absurdité démesurée, dans ce “récit conté par un idiot, plein de bruit et de fureur et qui ne signifie rien” de Shakespeare.

Historique d’un montage historique

Question montage, un bref historique. La première version cannoise de 1979, déjà raccourcie à 2h 33, est suivie par une deuxième en 2001 en Blu-ray de 3h 22 où Coppola et les distributeurs décident “d’assumer la lourdeur” en réintégrant tout ce qui avait été coupé, version nommée Apocalypse Now Redux et critiquée. Coppola réalise que si la première version est trop courte, la seconde est trop longue. Il décide de travailler à la version qu’il juge idéale pour le public contemporain et au plus proche de sa vision d’origine : cette troisième version nommée Apocalypse Now Final Cut contracte quelque peu la version Apocalypse Now Redux, supprime notamment la scène des playmates avec les deux soldats ou celle du colonel Kurtz lisant un vieil article du Times, mais restitue la scène terrible où Kurtz raconte l’histoire des bras coupés des personnes vaccinées contre la polio. Le long passage avec Aurore Clément demeure intact et c’est bonheur que cette douceur illuminée de l’actrice au milieu du déluge de violence, que ce dîner si frenchy animé par une discussion politique ne laissant aucun doute sur la piteuse vision de l’Amérique par l’auteur. Au total, la longue remontée du fleuve peut sembler s’étirer trop longtemps avant que le magnétique colonel Kurz apparaisse et passe comme un songe en clair obscur dans la dizaine de minutes qui assurent au film une fin totalement intemporelle, rythmée par le phrasé d’une star qui imposait tout et surtout la maîtrise du temps et l’emprise des autres.

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L’Amérique qui sombre

L’Amérique est là tout entière, n’y manque que Marylin Monroe, l’Amérique est là dans cette œuvre visionnaire qui patientait depuis des décennies dans l’attente d’être redécouverte, avec ses grandeurs et ses horreurs. C’est de nouveau un choc. La peinture sanglante de l’immense erreur que fut la guerre du Viêt-Nam nous confronte aujourd’hui au même constat d’échec en Afghanistan et en Irak, vraisemblablement pour les mêmes raisons. En 79, Coppola en fait un opéra. Au siècle suivant, Homeland en tire une série d’espionnage brillante et haletante. L’Amérique n’en finit pas de se regarder sombrer.

FICHE TECHNIQUE

183 mn – Réalisé par Francis Ford Coppola  – Acteurs Marlon Brando, Martin Sheen, Aurore Clément, Harrison Ford, Dennis Hopper – Scénario John Milius, Francis Ford Coppola et Michael Herr, d’après la nouvelle Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad, 1899, Le Livre de poche – Photographie Vittorio Storaro – Son Walter Murch

Disponible le 18 septembre 2019 en Blu-ray 4k Ultra HD

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Merci de contacter Bruno Piszczorowicz (lebornu@hotmail.com) ou Olivier Rossignot (culturopoingcinema@gmail.com).

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