En période d’Halloween, les éditions Éléphant ont mieux fait qu’un simple trick or treat en nous proposant cinq joyaux de l’épouvante, dont quelques pépites oubliées.

On commence avec Brain Dead (Adam Simon, 1990) et son neurochirurgien travaillant sur les mystères du cerveau pour une entreprise mystérieuse et douteuse. Chargé de percer le secret d’un mathématicien devenu paranoïaque et amnésique, il va, en cherchant à sonder son esprit, sombrer à son tour dans une spirale infernale, perdant totalement pied, désormais incapable de distinguer le fantasme de la réalité. C’est le génial Charles Beaumont, responsable des meilleurs épisodes de The Twilight Zone et fidèle collaborateur de Roger Corman sur ses adaptations de Poe, qui orchestre ce modèle du mindfuck movie, machiavélique, sorte de delirium tremens d’1 h 25, quelque part entre Vidéodrome et Brazil, poussant à son comble la célèbre citation de Poe sur « le rêve dans le rêve ». Il ne serait pas étonnant que Lynch se soit souvenu de la prestation de Pullman dans Brain Dead avant de lui proposer de lui triturer à nouveau le cerveau dans Lost Highway.

 

Beaucoup de classiques viennent en inspirer bien d’autres, et L’Exorciste n’est pas le seul à avoir donné naissance à des variations ou des ersatz. Carrie, de De Palma, en fait également partie, et Messe noire (Evil Speak, 1981) compte parmi ces rejetons impurs tout à fait fascinants. Le premier long métrage d’Eric Weston part un peu du même principe que celui de l’héroïne de King : celui d’un adolescent au physique un peu ingrat, ou tout du moins étrange, harcelé par ses camarades et finissant par fomenter sa vengeance en faisant appel au surnaturel. Sauf qu’il s’agit d’une académie militaire, où les humiliations ne manquent pas, tant dans les rapports avec la hiérarchie qu’entre jeunes du même âge. Et Coopersmith, s’il ne bénéficie pas de pouvoirs télékinésiques, va utiliser son génie informatique pour appeler à la rescousse les forces sataniques. Il en résulte un objet parfaitement hybride, entremêlant sorcellerie et informatique. Les années 80 constituent la grande période d’essor des ordinateurs : c’est alors que sort WarGames, où l’écriture verte sur écran Amstrad à tube cathodique, ainsi que les fils emmêlés, apparaissaient comme le dernier cri. Weston double son horreur d’un attirail chrétien et de son bestiaire. Et puis il y a le visage incomparable de Clint Howard, très freaks, à la fois inquiétant et touchant. C’est un drôle de long métrage, attachant et trivial, non pas un chef-d’œuvre à exhumer, mais clairement un ovni à redécouvrir, qui en dit beaucoup sur la liberté dont jouissaient les petits budgets de l’époque.

Passons à un autre monstre, mais plus réaliste, incarné cette fois par l’excellent Dennis Christopher (si bon dans La Bande des quatre de Peter Yates). Dans Fondu au noir (1980) de Vernon Zimmerman, il est encore question d’un jeune homme marginal maltraité par ses congénères et bien décidé à se venger de ceux qui le harcèlent. Mais cette fois, Vernon Zimmerman va davantage jouer la carte du méta et de la mise en abyme en faisant de son anti-héros un cinéphile fou (dans tous les sens du terme), qui bascule dans une folie meurtrière en empruntant, pour chacun de ses crimes, l’apparence de ses idoles. Le cosplay appliqué au meurtre est une belle idée qui peut mener au vertige, plus encore si le protagoniste est follement amoureux d’un sosie de Marilyn. Si Fondu au noir est probablement le film le plus attendu des cinq, c’est qu’il bénéficie d’un statut totalement culte, en particulier grâce aux fascinants photogrammes qui circulaient quand le film était devenu quasiment invisible. En réalité, l’œuvre n’est pas franchement à la hauteur de sa réputation, la faute à un scénario qui, au-delà de son idée de départ, se révèle être un laborieux démarquage de Psychose, et à une réalisation plutôt banale. Sur des thèmes assez proches, on est tout de même très loin du génial Théâtre de sang de Douglas Hickox. Reste l’interprétation exceptionnelle de Christopher, qui parvient parfois à provoquer la compassion. Fondu au noir reste malgré tout une vraie curiosité.

Les élans mimétiques du bis italien ne sont une surprise pour personne, mais c’est encore plus drôle lorsqu’ils mixent les genres en une seule œuvre. Si L’Invasion des piranhas (1979), alias Killer Fish, vogue clairement dans le sillage du film de Joe Dante en le pillant allègrement (notamment dans sa vision de l’eau envahie par une horde de poissons tueurs accompagnée de leur petit bruit bien spécifique), ça n’est curieusement pas l’épouvante qui prime dans le film d’Antonio Margheriti, lequel se présente avant tout comme un thriller d’aventures exotiques – pour vous donner un exemple parlant, à la manière d’À la poursuite du diamant vert (1984) de Zemeckis – avec ses émeraudes volées, ses traîtres cyniques qu’on avait vus venir de loin et ses personnages secondaires sacrifiés. On est évidemment très loin des chefs-d’œuvre gothiques du réalisateur, comme Danse macabre ou La Vierge de Nuremberg, mais on passe tout de même un moment extrêmement amusé, pour peu qu’on joue le jeu des petites maquettes de bateau en feu ou d’avion s’écrasant dans la jungle, dont on aperçoit la petite poupée pilote en faisant un bel arrêt sur image. Nanar ? Pas tout à fait, car il est clair que Margheriti s’amuse comme un fou à concocter son milk-shake, ajoutant un zeste de film catastrophe au moment du cyclone, grosse ficelle scénaristique qui permet au film de regrouper ses personnages au même endroit, cernés par les méchants poissons. Autre point commun avec le film catastrophe : sa ribambelle de stars. Mais comme nous sommes en Italie, il ne s’agit pas vraiment d’acteurs à la notoriété internationale, mais plutôt d’idoles de la télévision ou du cinéma bis italien. Inutile de dire que, de notre côté, on prend d’autant plus de plaisir à voir réunis Lee Majors, Karen Black, James Franciscus, Marisa Berenson, Anthony Steffen, Margaux Hemingway ou Roy Brocksmith que Steve McQueen ou Olivia de Havilland ! Ajoutons à cela la musique souvent très disco de Guido et Maurizio De Angelis pour peaufiner le cocktail. Plaisir coupable ? Quelle importance ? Le plaisir reste là, quel qu’il soit !

On garde le meilleur pour la fin, avec un film-sortilège, parfaite osmose entre le conte et son décryptage : l’immense La Compagnie des loups de Neil Jordan, qui reste probablement à ce jour son meilleur film. Cette adaptation de l’œuvre magistrale d’Angela Carter constitue peut-être l’illustration idéale de Psychanalyse des contes de fées de Bruno Bettelheim, mettant en lumière toutes les métaphores sexuelles camouflées dans entre les lignes, sans jamais pour autant paraître rébarbative ni négliger l’envoûtement du fantastique. La jeune fille endormie rêve du conte, s’imaginant en petit Chaperon rouge rencontrant un grand méchant loup — homme fort séduisant —, un songe traduisant l’éveil à la sexualité, le passage à l’adolescence et les terreurs qui en découlent. Et La Compagnie des loups se mue en un formidable recueil, magique, troublant et sensuel, comme un rêve éveillé merveilleux naviguant entre conte pour enfants et littérature pour adultes. Un chef-d’œuvre inoubliable, hypnotisant, porté par une partition de Georges Fenton, fabuleux compositeur qui vient hélas de nous quitter. On reconnaît les grands films aux marques qu’ils laissent une fois terminés. Voilà une œuvre habitée qui continue de nous hanter…

Suppléments

Brain Dead

« Found Highway » : conversation entre Julien Comelli et Pierre-Alain Zumwald
Commentaire audio de Adam Simon (VOST)
Scène coupée
Bande-annonce

Messe noire

Commentaire audio de Eric Weston et Clint Howard (2004, VOST)
« Full Evil Jacket » : document de Julien Comelli (2026, 17’32 »)
Version longue du film (AVC, 1080i, 99’33 », VOST DTS-HD MA 2.0)
Bande-annonce (1’51 », VOST)

Fondu au noir

« I Wanna Be Loved By You » : document de Julien Comelli
Entretien avec Dennis Christopher
Bande-annonce

L’invasion des piranhas

« We Need a Bigger Boat » : Document de Julien Comelli (2026, 21’17 »)
Bande-annonce (1’50 », VOST)

La compagnie des loups
Commentaire audio de Neil Jordan (VOST)
Le film par Eddy Moine (2026, 16’17 »)
« Alice au pays des rêves » : Souvenirs de Georgia Slowe (« Alice in Dreamland », 2022, Shout! Factory, 6’14 », VOST)
Bande-annonce d’époque (1’37 », VOST)

Combos DVD / blu-ray édités par Elephant films

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A propos de Olivier ROSSIGNOT

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