Camélia Films vient de ressortir en salles ce film qui a été restauré en 4K, et qui avait été exploité jusqu’alors sous l’affreux titre de La Rue des amours faciles.

Peu connue en France, la Via Margutta est pourtant une rue de Rome à l’histoire bien spécifique. D’abord peuplée d’artisans, elle devient, au XXe siècle, elle et ses alentours, un lieu de résidence et de travail pour de nombreux peintres. On dit que Pablo Picasso, Giorgio de Chirico, ou Renato Guttuso y séjournèrent. Les galeries d’art y fleurirent. Depuis 1953, une exposition en plein air s’y déroule chaque année . Elle est appelée,  de nos jours, « Cent peintres de la rue Margutta ».
William Wyler y a situé une partie de l’action de Vacances Romaines (1950). Les protagonistes ne sont pas Italiens, et il se trouve que la Via Margutta a été surnommée le « quartier des étrangers ». Concernant le Septième Art, rappelons d’ailleurs que Federico Fellini et Giulietta Masina y vécurent.
L’écrivain Mario Soldati en parle dans son roman Les Lettres de Capri (1954). Il fait mention d’un petit studio de doublage… Un lieu où travaille de temps à autres, pour quelques maigres lires, Donata, l’une des protagonistes du film de Mario Camerini.

© Les Films du Camélia

Le cinéaste propose une galerie de portraits de jeunes hommes et femmes qui logent dans un immeuble sis Via Margutta. Ce sont, pour la plupart, des artistes en herbe – peintres ou sculpteurs – qui rêvent de réussir, mais qui n’en ont ni le talent ni les moyens.
Certains persistent, car ils aiment la vie de Bohème ; se sentent, se veulent affectivement et sexuellement libres ; refusent de grandir, de mûrir ; se complaisent dans un quasi-farniente ; survivent grâce à quelques combines plus ou moins reluisantes. Parmi eux, il y a Giorgio, enfant de parents aisés… Il est ce que l’on appellerait maintenant un Bobo. On pense évidemment aux « Veaux » felliniens cherchant la « Belle vie ».
D’autres perdent les illusions qu’ils ont eues au départ, se désespèrent. Ils en viennent à quitter la rue qui les a accueillis : c’est le cas de Donata qui, en cette Italie du Boom, n’en peut plus de vivre dans l’indigence et rêve de stabilité et de confort matériel – elle parle de four électrique, de Fiat 600, de manteau de fourrure… Ou ils quittent la vie : ainsi en va-t-il pour Stefano, incarné par Gérard Blain (1), dont la comparaison célèbre avec James Dean donne lieu, dans le film, à une réplique en miroir. Stefano, personnage à la mise plutôt sombre, que la sincérité perdra.

Mario Camerini (1895-1981), figure emblématique des comédies italiennes des années du fascisme, ce que l’on a appelé les « Téléphones blancs », signe, avec Via Margutta, une comédie de mœurs douce-amère. Un film sans grand éclat, mais qui fait sourire par ses quelques pointes d’humour, sa critique des travers de la mentalité italienne – notamment le machisme – ; qui émeut parce qu’il fait un bel éloge de l’amitié ; et qui fait réfléchir un tant soit peu quand un personnage à la fois cynique et réaliste, Giosuè, le bellâtre conquérant (2), rappelle à ses camarades qu’en société tout n’est que faux-semblant et hypocrisie.

© Les Films du Camélia

Notes :

1) Gérard Blain a joué dans à plusieurs reprises en Italie, avec des cinéastes comme Mauro Bolognini ou Carlo Lizzani. La plupart du temps, dans des films coproduits avec la France.
2) Giosué est incarné par Franco Fabrizzi, qui fut l’un des protagonistes de I Vitelloni (1953) de Federico Fellini, et l’un des escrocs de Il Bidone (1955), du même réalisateur.

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