Un spectacle, un homme, des mains, une solitude et la rage au milieu.

De mes propres mains est l’histoire d’une chute, celle d’un homme perdu et détaché de tout. De son ami, Hans, de l’amour de sa vie, M., de ses voisins, de sa crémière, de son droguiste et de sa si régulière prostituée : le monde de cet homme tombe avec lui, contre lui, en lui.

(c) Marc Domage

(c) Marc Domage

Il est seul. Désespérément isolé qu’il est dans une colère qui l’entraîne et l’emmène jusqu’au bout des spectateurs à mesure de tripes lancées.

« nous sommes des hommes sauvés parce que nous savons que vivre, c’est se lever marcher manger travailler et dormir et puis recommencer tout simplement

nous sommes des hommes sauvés parce que notre peau aime qu’une autre peau contre elle vienne se poser

tout simplement

nous sommes des hommes sauvés car la terre nous a été donnée immense et peuplée

couverte de livres de musique et d’images

nous sommes des hommes sauvés enfin

car comme ceux qui vinrent avant nous

nous avons construit notre vie sur l’amour

et moi je dis

dans tout cela je ne me reconnais pas », De mes propres mains, Pascal Rambert (Editions les Solitaires Intempestifs).

Sur scène, seul donc, tendu, Arthur Nauzyciel, comme avant lui Eric Doye, Charles Berling ou bien encore la performeuse américaine Kate Moran, donne et balance tout. Quelques fois il reprend contenance, se repositionne et fait silence. Il souffle dans ses mains comme s’il y tenait un petit oiseau mort. Il est fou, très à la brèche, il est démon, tueur, manipulateur, dangereux, puis il se radoucit, semble possèder toute la connaissance du monde lorsqu’il se fait chien.

« Je jappe je fais tourner les ballons sur mon nez je renifle les femmes sans trouver la vallée odorante de M. je dis à un enfant prends-moi comme peluche morte et enterre-moi dans le sable qui est sous la mer », Entre mes Mains, Pascal Rambert (Editions les Solitaires Intempestifs).

Sans concession le texte de Pascal Rambert frappe le spectateur sur 50 minutes à la façon d’un uppercut. Il lui est jeté au visage sans aucune esbroufe ni effet.

« tue-toi

abrège-toi

ose le crime fou d’oser te supprimer », de mes propres mains, Pascal Rambert (Editions les Solitaires Intempestifs).

(c) Marc Domage

(c) Marc Domage

C’est un moment violent, dense autant qu’intense qui, comme toujours chez Rambert, place le texte au centre de tout.

A découvrir jusqu’au 31 janvier au T2G, Théâtre de Gennevilliers.

A propos de Alban Orsini

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