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Takashi Murakami – « L’oiseau bleu »

Takashi Murakami revient chez Ki-oon avec son Oiseau bleu, quatre ans après son très remarqué Chien gardien d’étoiles, publié par Sarbacane. Hanté par les événements dramatiques qu’a connu le Japon le 11 mars 2011 (séisme de magnitude 9, tsunami responsable de près de 20 000 morts ou disparus et catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima), Murakami livre un album qui cherche à appréhender le travail de deuil et la question de la mémoire, à travers deux histoires qui semblent indépendantes mais qui finissent par se rejoindre au sein d’une conclusion qui se veut pleine d’espoirs.
oiseau1D’un côté, une jeune femme perd son enfant et voit son mari tomber dans un coma profond au cours d’un accident de voiture. S’ensuit un long travail de deuil qui passe par un soutien inconditionnel à son mari, malgré les déplacements d’hôpital en hôpital et les avis plus que négatifs des médecins. De l’autre, le parcours d’un jeune homme qui se voit contraint d’abandonner le fils de son ami mort et qui, atteint dans sa vieillesse par la maladie d’Alzheimer, tente de ne pas oublier ce jeune garçon à travers la présence de son petit-fils. Les deux récits se percutent, à l’image des souvenirs qui s’embrouillent dans la tête du vieil homme, pour faire émerger une sorte d’unité de la souffrance, de la douleur d’être encore et toujours malgré la perte. La perte de l’autre et la perte de soi, deux versants de la même montagne que Murakami nous invite à escalader.
Sur un sujet compliqué, Murakami livre un récit tout en douceur, par petites touches, dans un style qui peut sembler parfois hésitant, un peu brouillon, rendant subtilement la dégradation de la mémoire du vieil homme. Il n’hésite pas à plonger au plus profond de la souffrance de ces personnages mais garde espoir malgré tout, veut y croire, nous invite à y croire. Il veut croire, in fine, que les Japonais réussiront à dépasser le traumatisme du 11 mars 2011, qu’ils trouveront eux aussi, quelque part, un oiseau bleu.

Publié le 12/11/2015 aux Editions Ki-oon

A propos de Marc BOUSQUET

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