"La Scaphandrière", m.e.s. Olivier Letellier – Théâtre national de Chaillot

On accède à la salle Gémier de Chaillot après avoir traversé escalier, portes à hublot, couloir, escalier, portes encore, comme autant d’espaces emboîtés autour de la petite salle, qui nous accueille dans la simplicité de ses dimensions et le caractère familier de ses sièges de velours rouges. C’est dire que déjà, descendre comme dans les coulisses de Chaillot, c’est pénétrer dans l’univers de la Scaphandrière. Un univers d’enfance, où les détails retiennent l’attention (les plaques de numéro de siège différentes voire manquantes, l’assise du siège un peu enfoncée, les craquements de la salle) et révèlent les fêlures du monde qu’adulte nous ne voyons plus ou ne voulons plus voir.

La Scaphandrière est entièrement raconté par Pierre-Aîmé, jeune garçon vivant à Petiteville avec son père, sa mère et sa soeur Philomène. Alors que le seul espoir pour sa famille de sortir de la misère réside dans la pêche aux précieuses et chères perles rouges, Pierre-Aîmé voit bien comment cette quête transforme les coeurs et détruit à petit feu ceux qui y consacrent toute leur énergie.
La Scaphandrière conte ainsi la lutte du jeune garçon pour des valeurs plus nobles et plus humaines que celle de l’argent et du bonheur superficiel qu’il promet.

 

Daniel Danis, l’auteur, est parvenu à trouver le ton idéal où la métaphore n’est ni démonstrative ni criptyque. Son personnage nous livre ses réflexions et ses sentiments et on avance avec lui. La Scaphandrière est assez réaliste en fait dans sa représentation de la lutte du jeune héros face à la norme, à l’idéal ambiant, aux illusions. Loin d’une grande quête épique, on est dans le quotidien de cet enfant, dont la vision du monde, seule, sans artifice, est la meilleure arme.
A ce titre, la mise en scène d’Olivier Letellier rend bien la perception enfantine déjà très présente dans le texte, pétri d’expressions décalées, de jeux de mots loufoques et d’un ton bien à lui. La scène est relativement dépouillée, et c’est à l’aide d’un habile dispositif de projections et de la présence d’une caméra sur scène que l’espace devient suffisamment malléable pour permettre à Pierre-Aîmé d’exprimer pleinement son univers fait de fragments (les mains de la mère, les yeux de sa maîtresse), de focalisations sur des détails (une teinte, un zoom sur un visage), d’impressions, d’images et de mots.

Il faut un petit temps pour rentrer dans la Scaphandrière, s’imprégner du ton et de la mise en scène, mais leurs qualités finissent par s’imposer et on se trouve sans le savoir plongé dans ce conte poétique, un conte sur l’enfance et les prises de conscience qui émaillent son chemin vers l’âge adulte. Une ode à la liberté et une invitation à construire soi-même sa scaphandrière, son cocon, son ailleurs pour résister au monde.

A partir de 10 ans
Du 11 au 20 octobre au
Théâtre National de Chaillot

A propos de Alban Orsini

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