Notre découverte récente, à la faveur du documentaire de Richard Kovitch “Penny Slinger : Out of the Shadows”, de la vie et de l’oeuvre de l’artiste anglaise Penny Slinger, fut tellement forte et belle que nous ne pouvions en rester là. Tout à notre admiration, nous l’avons contactée, et c’est avec la plus grande des gentillesses qu’elle accéda à notre requête de répondre à quelques questions afin de publier ici un entretien. Passionnante, prolixe, humble et farouchement indépendante, Penny Slinger se livre avec générosité sur sa démarche, son itinéraire créatif, ses aspirations en tant qu’artiste et en tant que femme, sa conception du Divin féminin et du féminisme, depuis ses débuts à la fin des années 60 jusqu’à ses collaborations les plus récentes. Voici l’ébouriffante Penny Slinger en pleine lumière.


For our non-speaking French visitors, the English version is available here

 

INSPIRATION

 

Quel est votre premier souvenir d’élan créatif ou artistique ?

  Quand j’étais enfant je m’ennuyais facilement, j’étais souvent seule, et je trouvais mon salut dans les activités créatives. J’ai très tôt été douée pour m’exprimer et j’ai découvert que mon remède était le dessin, la peinture, découper des magazines ou écrire mes pensées. Je m’auto-suffisais et cela signifiait que je saurais toujours trouver une activité pour m’empêcher de tomber dans le gouffre.
Mes parents ont vite remarqué mes capacités et en étaient fiers. Cependant, comme je l’explique dans le documentaire, l’un des dessins que j’ai faits à quatre ans et demi était très abouti mais aussi très provocant puisque j’y représentais mes parents complètement nus !Je me suis aussi consacrée très jeune à d’autres modes d’expression.
J’aimais danser dans ma chambre et chérissais ce moyen de m’exprimer. J’ai suivi quelques cours de danse classique mais c’était un peu trop rigide et réglementé à mon goût. Je préférais les activités qui me donnaient plus de liberté, plus de flexibilité pour improviser et faire preuve d’inventivité. J’avais aussi un tiroir à costumes et du maquillage, que j’utilisais pour nous transformer, les petites camarades que j’invitais et moi.

Penny in Afghan headdress, 1971. Copyright Penny Slinger

 

Est-ce une intention précise, ou l’instinct, qui donne naissance à une œuvre d’art ? Qu’est-ce qui ouvre la voie : se connecter aux pensées, ou l’inverse ? Est-ce un état conscient ou au contraire presque hypnotique ?

  L’art naît dans mon esprit, débute par une vision ou une inspiration. C’est presque un don divin, qu’il m’incombe de matérialiser de mon mieux. Mes humbles efforts sont toujours en inadéquation avec la grandeur de ce que je « vois », mais je fais mon possible pour ne serait-ce qu’attraper l’ourlet de la jupe de cette muse magnifique…
Cela n’est jamais le fruit d’une pensée logique, bien que le processus de réflexion, de contemplation d’un sujet, de méditation, soit souvent la voie d’accès à ce royaume de la vision, qui m’aide à accéder aux bons « dossiers », si je puis dire. Comme le fait de considérer un sujet jusqu’à ce que ses différentes facettes se réunissent en une nouvelle synthèse.
Ma relation à mon art est similaire à la plus intense et incroyable des histoires d’amour. En ce qui concerne le fait de « donner naissance », la comparaison est bonne, car je perçois l’inspiration comme le fait que les parties mâle et femelle de la psyché fassent l’amour, et le fruit de cette union est cet enfant alchimique que l’on appelle l’art.

The Path, photo collage from An Exorcism, 1969-77. Copyright Penny Slinger

J’ai toujours été bénie par cet accès aux visions et par une imagination fertile. Les champs du conscient et du subconscient sont selon moi intimement entrelacés, et les visions artistiques sont issues de ce tissage. Les faire accéder à la réalité, les rendre tangibles, demande ensuite d’autres qualités. C’est là qu’interviennent des compétences, certaines innées, que l’on porte en soi, d’autres acquises, apprises à force de labeur, de sueur, d’application et d’une pratique constante.
Quand tout est fluide, mon art me retient dans une sorte de tunnel avec un point de mire, où quasiment rien d’autre n’existe que ce moment et la relation entre moi et ce qui est en train de se créer. Parfois il y a combat, lorsque la matière est rétive à l’intention, alors il faut se frayer un chemin jusqu’à l’autre rive et lutter pour produire ce que l’on n’a d’autre choix que de créer. C’est pour cela qu’un véritable artiste doit braver le sort et avancer tel un guerrier, même quand il est submergé par le sentiment de ne pas être à la hauteur. Cela explique sûrement les états d’âme fluctuants des artistes, entre exaltation et dévastation. Pour être plus terre à terre, il faut avoir le cœur bien accroché pour convoiter l’éthéré sur un plan matériel !

 

Vous décrivez votre travail en ces termes : « Je crée pour amener l’intérieur dehors et l’extérieur dedans. Ma vie et mon art sont un collage ». Pouvez-vous nous expliquer ?

  J’essaye d’exprimer par-là mon intention sous-jacente de trouver un langage artistique pouvant décrire non pas uniquement la surface des choses, mais leur fonctionnement interne. Comme je travaille surtout sur la nature humaine, qui me concerne, et en particulier en tant que femme, c’est ce paysage intérieur de la psyché que j’essaye le plus souvent d’exprimer. En creusant profondément dans la matière, le subconscient et le superconscient, je les extrais et tente de les ramener à la surface, depuis les ombres vers la lumière, afin que tous puissent en être témoins.

Penny, 1974. Copyright Penny Slinger

J’amène aussi l’extérieur à l’intérieur parce que, comme toute vraie surréaliste, je crois au caractère changeant de la matière et je me permets certaines libertés avec l’immuabilité en faisant basculer les choses pour les libérer et les transformer. Un exemple récent, en 2019, on m’avait demandé de transformer l’hôtel particulier Dior de l’avenue Montaigne à Paris, bâtiment historique et iconique. J’ai utilisé des photos que j’avais prises des éléments naturels et j’en ai recouvert chaque mur, sol et plafond des salons pour créer une expérience totalement immersive. Ou comment amener l’extérieur à l’intérieur.

Stairway and vitrine, Dior installation, Fall Haute Couture show 2019. Copyright Penny Slinger.

 

 

J’aime aussi l’idée de pouvoir toucher les gens par mon art de telle sorte que des choses demeurées jusqu’à présent hors de leur psyché puissent soudainement éclore à l’intérieur.
Quant à ma vie et mon art comme un collage, c’est un fait : j’aime rompre le banal, l’ébouriffer et en faire une nouvelle réalité. Cela fait cinquante ans que je pratique mon art de cette façon, ce que permettent les techniques de collage.
Je n’ai jamais aimé suivre les règles des autres, donc ma vie a été un processus de réinvention constant. Quand je vois toutes les vies différentes que j’ai vécues dans cette seule vie, je pense que cela peut définitivement être considéré par tout un chacun comme un « collage ».

The human is the Longest living mammal, photo collage from 50% The Visible Woman, 1969. Copyright Penny Slinger.

 

Avez-vous eu la sensation, au début de votre carrière, d’appartenir à une famille artistique, à un mouvement ? Vous semblez plutôt être un électron libre.

  J’ai constamment recherché une appartenance, mais en général j’ai toujours fini par adopter  mon propre tempo. Je voudrais faire partie de quelque chose de plus grand que moi, mais il semblerait que je n’aie jamais trouvé l’adéquation, donc je saisis toutes les opportunités de collaboration et de participation que je trouve, sinon je continue simplement à avancer !
Quand j’ai « découvert » le surréalisme, pendant mes études, j’en étais très éprise. J’aurais souhaité faire partie de ce mouvement et de cette démarche, mais hélas son apogée était terminée.

Exorcism poster, 1977, copyright Penny Slinger.

Lorsque j’ai rencontré le groupe de théâtre féminin mené par Jane Harden, j’ai cru que j’avais trouvé ma place. Ce fut amusant et créatif pendant quelque temps, mais après avoir tourné le film, cela s’est terminé dans les larmes et m’a ramenée à un enfermement plutôt solitaire.
Comme c’est dans le partage et la communication que l’on trouve la joie, c’est ce que je continue à rechercher. Mais en définitive, il faut bien se relier à ses propres ressources intérieures, car les relations vous laissent souvent tomber et les routes du monde ressemblent à un amant inconstant. J’ai renoncé à essayer de communiquer avec les autres à travers mon expression artistique et je considère cela comme le ciment qui me connecte potentiellement à tout un chacun.

 

Êtes-vous proche de certains artistes actuels, y compris des musiciens, des réalisateurs ? Peut-être décelez-vous des similitudes d’approche ou de point de vue avec d’autres personnes ?

  J’aime passer du temps avec des gens créatifs car leur esprit est généralement beaucoup plus libre et que j’adore partager et échanger. J’ai vécu en Californie du Nord pendant 23 ans et j’y avais une grande propriété, avec un studio photo-vidéo-audio. Cela me permettait de proposer à de nombreux créateurs, pour la plupart dans le spectacle vivant, de participer aux événements multimédia que j’organisais, shootings photo, tournages vidéo ou productions audio. La propriété était généralement pleine d’artistes de tous horizons qui venaient absorber les énergies du lieu et créer dans la « zone libre » que j’avais conçue. J’aimais particulièrement travailler avec de jeunes femmes créatives que je pouvais soutenir et aider à explorer leur plein potentiel.
J’y serais probablement encore si j’avais été soutenue. Comme ce ne fut pas le cas, j’ai fait en sorte de travailler sur mon propre art et ma position dans l’Histoire de l’art qui s’était atrophiée du fait de mon absence.

Under Lock and Key, assemblage from Headboxes series, life cast and multi media, 1970. Collection Peter Whitehead, copyright Penny Slinger.

Je travaille souvent en collaboration avec Dhiren Dasu, mon compagnon. Toutes les relations et partenariats significatifs de ma vie ont toujours été tournés vers l’art et la co-création. Je ne sais pas vraiment comment vivre autrement. Tout est imbriqué et rappelle que « ma vie est un art ».
J’aime également travailler avec d’autres personnes, en particulier les femmes créatives. L’année dernière j’ai fait un shooting photo et un collage avec l’actrice Marisa Tomei pour l’affiche de la pièce The Rose Tattoo. Je viens également de terminer un projet de photocollage avec une jeune chanteuse renommée. Je suis toujours ouverte aux collaborations créatives.

 

ENTRE CONSTANCE ET ÉVOLUTION

 Votre propre corps est omniprésent dans vos créations. Encore aujourd’hui, vous vous exprimez en plaçant votre corps au centre de votre travail. Cette constance est-elle évidente, naturelle, à vos yeux, ou la questionnez-vous ? Quel sens philosophique y voyez-vous ?

  J’ai décidé de me mettre en scène alors que j’étais étudiante en art. C’était une décision consciente, basée sur le fait que je voyais énormément de femmes dépeintes dans l’histoire de l’art mais que dans très peu de cas cela reflétait l’image qu’elles avaient d’elles-mêmes. Cela montrait en général comment elles étaient vues par autrui. Et cet autre était habituellement un artiste masculin faisant leur portrait. Je trouvais qu’il était important de rétablir l’équilibre et d’ouvrir la voie en me prenant pour modèle et en l’affichant fièrement dans mon travail. C’était une manière d’être ma propre muse.
L’un des principaux principes spirituels étant « Connais-toi toi-même », cela semblait sensé, à la fois pour l’histoire de l’art et pour ma propre évolution personnelle.

Private_No Admittance, assemblage from Headboxes series, life cast and multi media, 1971. Copyright Penny Slinger.

J’adore cette réponse de Frida Kahlo à la personne lui demandant pourquoi elle se prenait autant pour modèle : « Je suis la personne que je connais le mieux ». Je pensais que ce choix me permettrait d’aller encore plus loin, de sonder le monde intérieur de la manière la plus totale possible.
Je connaissais mon magnétisme en tant que jeune femme, qui pouvait être mis à profit dans mon travail, et je sentais aussi que je pouvais me montrer plus impitoyable, prendre plus de libertés avec ma propre image qu’avec celle des autres ! La plupart du temps la représentation d’une femme nue visait l’excitation masculine. Je voulais renverser ce paradigme et devenir mon propre sujet. Si j’apparaissais nue, c’était par choix et pour exprimer quelque chose qui ne soit pas juste le langage de la chair mais qui pousse les gens à questionner leur idées préconçues.

Penny in trilby, 1971. Copyright Penny Slinger

Après cette intense exploration de qui j’étais que représentait An Exorcism, ma vie et mon art évoluant, je suis allée au-delà de l’exploration de soi en tant que tel pour me visualiser dans toute chose. Dans la série Mountain Ecstasy, j’ai peu utilisé mon image, me concentrant plutôt sur des « images trouvées » que j’avais collectées lors de mes voyages. Elles furent la base de ce travail de célébration tantrique, où j’exprime une pansensualité, embrassant chaque chose à la manière de la danse érotique de la vie qui me fut révélée sur ce chemin, qui fut une libération. Cela me mena au-delà des confins de la maison de An Exorcism et au sein des quelques zones colorées des sommets, où tout s’unit dans un badinage de délivrance érotique.

Empress, photo collage from Mountain Ecstasy, 1976. Courtesy Blum and Poe. Copyright Penny Slinger.

Après mon installation aux Caraïbes, mon travail s’éloigna plus encore de l’introspection pour aller vers l’étude de la culture, avec cette volonté de représenter les indiens Arawak. Ils n’étaient plus sur le territoire, mais leur présence imprégnait les lieux. Les œuvres que j’ai créées à ce moment-là étaient un hommage plein d’amour à ces personnes, leur rendant leur légitimité et questionnant ce que l’on appelle le « progrès ».

Our Lady of the Petroglyphs, acrylic on mahogany panel, Arawak series,1989. Copyright Penny Slinger.

Sirius- The Next World Calls, pastel on paper, Arawak series 1988. Copyright Penny Slinger.

Installée en Californie du Nord, je me suis focalisée sur la manière de mettre en lumière la Féminité Divine, afin d’élever et d’illuminer le monde actuel. Mon œuvre principale était l’Oracle Dakini 64 qui représentait 64 formes d’énergie de sagesse féminine sous la forme d’archétypes. J’en ai incarné moi-même quelques-uns, mais l’idée était surtout de donner un sens plus large au soi et de le voir incarné par plein de femmes différentes, qui ne seraient pas vues comme séparées de soi, mais comme les reflets multiples renvoyés par nos êtres multidimensionnels. Je voulais aussi montrer que ces énergies étaient à la portée de tous une fois que l’on met de côté les croyances limitantes que nous avons sur nous-mêmes. Travailler avec autant de femmes différentes sur ce projet était la preuve vivante de ces prémisses.

Ces derniers temps mon corps est redevenu l’élément central de mon art. Cela fait suite à une décision prise il y a quelques années alors que je percevais que nos aînés, et en particulier les femmes, ne disposaient pas d’une place de choix dans notre société. Leur sagesse est marginalisée et la maturité n’est pas estimée à sa juste valeur. J’y voyais là une grave erreur qui ne faisait que souligner notre obsession toxique pour la surface, la jeunesse, la superficialité, et sapait la sagesse de l’expérience, qui pourtant nourrit l’évolution. J’ai alors décidé d’essayer d’y remédier le moment venu.
C’est maintenant le cas, c’est pourquoi j’ai délibérément et spécifiquement fait de mon corps de femme mature l’élément clé de mon travail, en cherchant à prouver ma pertinence et clamant que la beauté n’est pas qu’à la surface. Ma beauté n’a peut-être pas le même éclat magnétique en surface, mais à l’intérieur elle s’est bonifiée comme un bon vin. Je continue à avoir du goût pour les palais raffinés. Ce que j’offre mérite d’être dégusté et apprécié.

 

Quel regard portez-vous sur l’évolution de votre travail, depuis An Exorcism ? Que pensez-vous avoir besoin d’apporter, d’exprimer, par rapport à avant ? Explorez-vous des sentiments différents ou distinguez-vous des obsessions, des sujets immuables qui vous appartiennent ?

Cette évolution est naturelle, je me construis chaque jour ! J’espère le faire jusqu’à mes derniers jours. En même temps, j’ai toujours été moi-même et je ne considère pas mes travaux de jeunesse moins pertinents aujourd’hui que lors de leur création.
La vie est faite d’étapes. A chacune il est naturel que certaines choses soient plus significatives que d’autres. En tant que jeune femme, cette recherche de la connaissance de soi revêtait des aspects psychologiques car je cherchais à démêler mon essence des projections des autres et des attentes de la société elle-même.

Tribunal, photo collage from An Exorcism, 1969-77. Copyright Penny Slinger

Quand je suis passée à autre chose et que je me suis tournée vers la suite, j’ai découvert le miroir de Tantra et les outils qu’il me donnait pour explorer une vue plus large du soi, qui touchait aux archétypes de la Féminité Divine et cherchait à ancrer la sagesse spirituelle au cœur de l’être lui-même.
Aux Caraïbes je me suis consacrée à l’étude de la culture de cette civilisation, faire revivre les indigènes et défendre leur point de vue puisque, en bien des aspects, cela apparaissait tellement plus juste et réel que le vernis de la civilisation dans lequel nous vivons dans le monde occidental moderne. Ce fut donc une période d’observation de la manière dont le soi se relie au monde alentour et à quoi ressemble un chemin de « vérité à la nature ».
Je travaille à nouveau avec ma propre image, en cherchant à incorporer dans mes nouvelles séries toutes mes trouvailles sur la nature de l’être.
Ces nouveaux travaux ont pour titre « Mon corps », qui représente la somme de mon expérience. Ce travail en induit beaucoup d’autres qui vont sûrement m’occuper pendant des années. L’un s’appelle « L’alchimie des choses ». Cette série consiste en des constructions en trois dimensions, incluant des moulages de mon propre corps et sa relation aux « choses » que l’on collecte, que l’on a autour de soi et avec lesquelles on interagit. C’est mon étude de ces interactions et mon hommage au fait de vivre dans un monde matériel, en se demandant ce qui a une véritable valeur.

Crown (Purple) Chakra, assemblage, life casts and mixed media, from The Alchemy of Stuff series, 2017. Copyright Penny Slinger.

 

Une autre série de « Mon corps » s’intitule « Totems animaux ». Elle est composée de reproductions grandeur nature de collages digitaux dans lesquels je mélange mon corps et celui d’animaux divers, oiseaux, insectes, reptiles comme représentants des créatures avec lesquelles nous cohabitons sur la planète. J’offre mon corps à ces mélanges pour montrer que ces êtres sont tous des êtres vivants, qui ressentent, qui ont des sentiments et une personnalité, tout comme nous, et qui en tant que tels méritent l’honneur et le respect.

 

ÊTRE ARTISTE AUJOURD’HUI

Depuis quelques mois vous présentez une série intitulée « Mon corps dans une boîte, série de pandémie ». Pouvez-vous nous expliquer son concept ? Comment, en tant qu’être humain et en tant qu’artiste, vivez-vous la crise du Covid que nous traversons ?

Hoarding, digital collage from My Body in a Box, pandemic series, 2020. Courtesy Blum and Poe, copyright Penny Slinger.

  Quand la crise est survenue, je suis restée catatonique pendant un moment. Je n’avais aucune énergie créatrice, je ne faisais qu’absorber. Et il y avait fort à faire. Étant quelqu’un d’empathique, je devais traiter non seulement mes propres réactions mais aussi celles que je percevais chez les autres. Ce fut intense. Je faisais des cauchemars toutes les nuits, ce que je n’avais plus vécu depuis des années. Je me sentais épuisée et comme malade.
Au bout d’un certain temps j’ai commencé à trouver une nouvelle manière de fonctionner. Être confinée dans mon atelier n’était pas vraiment un défi pour moi puisque de toute façon je passe déjà la plupart de mon temps à créer et que je puise plus mon inspiration dans mon monde intérieur que dans les distractions du monde extérieur.  Pourtant ce confinement collectif a créé un champ d’énergie différent et, bien que d’ordinaire je ne sois pas encline aux observations sociales, préférant me soucier de l’expérience et des dynamiques internes, je me suis sentie appelée à commenter, au travers de mon art, ce phénomène mondial inédit.

Ophelia Reborn, digital collage from My Body in a Box, pandemic series, 2020. Courtesy Blum and Poe, copyright Penny Slinger

Je sentais aussi que mettre candidement en avant ce que je vivais pouvait aider les autres à naviguer dans la tempête. On recevait d’un côté des messages de perte et de tristesse et de l’autre la description d’illustres changements, déconnectés de la douleur. Pour moi, l’alternative n’était pas suffisante, j’avais besoin des deux, de les modeler ensemble dans le tissu de l’expérience réelle, qui mélangeait toutes ces saveurs. La mort était parmi nous, l’observation de soi imposée nous guettait, donc je voulais exprimer tout cela, comme un miroir pour la communauté, validé par la vérité de ma propre expérience. Rarement le voile entre le personnel et le collectif ne fut aussi fin.
J’ai repris les motifs que j’utilisais pour les différentes parties de la série « Mon corps » et je les ai assemblés pour former « Mon corps dans une boîte ». La boîte représente l’espace limité dans lequel nous avons tous été confinés, au moment où il fallait s’abriter. Mon corps nu représentait la vérité nue que chaque personne, homme ou femme, était en train de vivre. Je voulais à la fois valider le traumatisme, la douleur, et indiquer une porte de sortie.
Mon compagnon m’a photographiée dans tout un tas de positions. Je voulais intégrer une sorte de sémaphore corporel pour décrire la manière dont on réagit aux événements, selon que l’on se referme dans une position de protection, ou que l’on s’ouvre pour faire face. J’ai pris en photo certains objets pour les inclure dans des collages et j’ai commencé les séries.
J’ai eu recours au même dispositif que dans mon livre de jeunesse 50% Visible Woman, de joindre la poésie aux images. J’aime la poésie car cela ressemble à un collage de mots qui ne cherche pas à expliquer, mais peut contribuer à atteindre d’autres sphères de possibilité et de coïncidence, à apporter de la profondeur.
Je présente ce travail chez Blum and Poe, ma galerie de Los Angeles, dans la section « Musing with… » de leur site internet, comme un commentaire en construction et une réflexion sur cette période difficile.

Dreams and Nightmares, digital collage from My Body in a Box, pandemic series, 2020. Courtesy Blum and Poe, copyright Penny Slinger

St Sebastianne, digital collage from My Body in a Box, pandemic series, 2020. Courtesy Blum and Poe, copyright Penny Slinger

 

D’une manière générale que pensez-vous de l’état d’esprit actuel au sujet de la société, de la pensée, la spiritualité, la culture ?

  Nous vivons une époque intéressante, c’est certain ! Avant la pandémie, je me lamentais de la dégradation du monde naturel que l’on observait depuis maintenant de nombreuses années et j’avais l’impression que cela annonçait la fin de la civilisation. J’ai l’impression que le traumatisme et le temps libre induits par la pandémie nous donnent une occasion de faire un pas en arrière et de reconsidérer les choses, de se rendre compte de ce qui a vraiment de l’importance, d’un point de vue personnel et culturel, et de l’impact qu’ont les humains sur les autres espèces et les écosystèmes de la planète.
Mais cela fera-t-il une différence ? Serons-nous assez avisés pour effectuer les changements nécessaires à la survie des espèces, sans parler de notre propre survie ? Je ne saurais dire. La pessimiste en moi dit que non, l’optimiste ne perd jamais espoir. Le temps nous le dira. Bientôt.
La Féminité Divine est en train de s’ancrer. La partie féminine de l’humanité et de la spiritualité émerge enfin de l’ombre pour être un peu éclairée. Mais est-ce trop peu ? Trop tard ? Une fois encore, je ne peux rien prédire, mais juste faire bouger la conscience collective, en la saupoudrant de mes visions et inspirations par le biais de l’art.

Cover Girl, photo collage from 50% The Visible Woman, 1969. Copyright Penny Slinger.

Vous utilisez Instagram : quels sont vos rapports avec les réseaux sociaux ? Pour les artistes actuels, pensez-vous que cela soit un bon moyen d’atteindre un public, en plus des moyens traditionnels, ou est-ce devenu le seul et unique moyen ?

  Je n’ai jamais suivi les modes, me considérant plutôt comme une avant-gardiste. J’aime créer des œuvres qui passent l’épreuve du temps et conservent leur pertinence au-delà du contexte de leur création. Cependant nous avons également besoin de dialoguer avec  l’époque dans laquelle nous vivons, de se tenir informé des technologies et modes de communication actuels. Nous ne vivons pas dans une bulle, nous faisons partie intégrante du milieu culturel.
Par conséquent, bien que j’espère pouvoir toujours me réfugier dans l’idée que même en faisant partie du monde je suis capable de nager à contre-courant, je vis avec mon temps. On ne peut pas ignorer les réseaux sociaux. Cela représente une grande part des interactions d’aujourd’hui. C’est à la fois merveilleux et terrifiant. Cela nous connecte de manière miraculeuse tout en étant capable de nous priver de la « vraie » connexion dans le monde « réel ». Quel paradoxe !


Je maintiens qu’il est très important d’établir d’autres modes de connexion et d’autres manières de considérer le travail d’un artiste que celles des galeries d’art. Il faudra voir comment les galeries refont surface après le challenge du Covid. Trouver d’autres voies moins élitistes fut l’une des raisons pour lesquelles j’ai quitté le monde traditionnel de l’art à la fin des années 70. Je pensais que je pouvais m’en passer pour bâtir ma carrière et asseoir ma position, mais ce fut une décision difficile.
J’aime partager des travaux sur Instagram. Tous les artistes aiment partager et obtenir un retour. Cela les nourrit. Mais l’addiction actuelle aux « likes » entrave la liberté nécessaire à la création d’un art révolutionnaire. Les artistes ne devraient jamais voir leur expression dépendre de ce qui plaît ou non. C’est une nouvelle forme de limitation. Et ce n’est pas comme si les réseaux sociaux offraient réellement la liberté qu’ils prétendent fournir. La visibilité est contrôlée par des algorithmes et il y a du calcul dans la manière de partager. Cela est décevant. Mais on ne peut pas ignorer certaines plateformes et j’y ai fait des rencontres que je n’aurais sans doute pas faites sans, donc cela ouvre des opportunités et a de la valeur. L’année dernière, par exemple, j’ai rencontré Gwendoline Christie, de Game of Thrones, et elle est venue voir mon exposition à Londres. Sur les réseaux sociaux notre travail est vu, même si ce n’est pas encore par autant de personnes qu’on le souhaiterait ! De plus j’apprécie l’opportunité de voir des travaux de toutes sortes. Continuer à suivre le pouls de ce qui se passe, bien que le travail des autres me serve rarement d’inspiration, tant j’ai une tonne d’inspiration en moi-même.

Vous considérez-vous comme une artiste féministe ? Dans votre travail cet aspect semble parfaitement naturel, sans dogmatisme. Comment vivez-vous cette forme intime de féminisme qui vous caractérise, et quelle est votre place au sein des revendications actuelles ?

  Je trouve que « l’art de propagande » perd toujours quelque chose dans son dévouement, donc j’ai tendance à privilégier l’art qui prend racine dans l’expérience personnelle et la rencontre. L’art qui n’a d’autre but que de parler pour lui, aussi viscéralement que possible. Pour moi le dogme est l’ennemi de l’élévation, et, pour moi-même et pour les autres, je suis complètement pour l’ouverture du potentiel plutôt que de refermer quoi que ce soit.
Je ne me suis jamais considérée comme une artiste féministe à l’époque où je perçais dans le monde de l’art. De nombreuses féministes endurcies ne voyaient pas d’un très bon oeil ce que je faisais car elles trouvaient que ma posture sexuelle et sensuelle était en quelque sorte antimilitante et s’adressait aux désirs masculins. J’ai toujours aimé les hommes, de même que les femmes, donc je cherchais une réconciliation, ou plutôt, en d’autres termes, un statut qui ne soit pas une ségrégation. Tout ce que je voulais c’est que les femmes puissent se mettre en valeur et être tout ce qu’elles voulaient être plutôt qu’une forme amoindrie d’elles-mêmes, dans laquelle les schémas sociétaux les avaient maintenues depuis tellement longtemps. Concernant ces règles du jeu plus équitables, je trouvais que l’on pouvait transformer la dynamique entre hommes et femmes. C’était cette remise à zéro qui m’avait toujours intéressée. Accorder moins de place aux rôles patriarcaux de dominant et remplacer ce système par une féminité émancipée, dynamique et pleine de vie, pas seulement dans le corps des femmes, mais aussi dans le cœur et l’esprit des hommes, deux endroits d’où cette notion a été supprimée. L’idée est que cela profite à tout le monde.

Consider The Lilies, phot collage from Bride’s Cake series, 1973. Courtesy Blum and Poe, LA and Richard Saltoun Gallery, London. Copyright Penny Slinger.

Comme le féminisme avait vécu et se réclamait bien plus d’une approche holistique parmi ses adeptes, je me suis dit que je pouvais adopter cette dénomination. Après tout, mon travail porte intégralement sur la libération du féminin et il parle le langage de l’expérience directe. Je crois que si vous vous autorisez à vous livrer personnellement le plus possible, vous entrez dans le domaine du transpersonnel, de l’universel, où tout le monde peut s’identifier à ce que vous exprimez, et donc s’y relier.
Comme je le soulignais auparavant, je pense également que cette malédiction de l’âge est le prochain défi du mouvement féministe. Je m’en empare complètement et j’en fais mon défi personnel actuel, avec l’espoir d’une guérison nous concernant tous et toutes.

Traduit de l’anglais par Audrey Jeamart

 

English version

                                                                                                           INSPIRATION

What is your first memory of creative or artistic impulse ?

   As a child I tended to easily feel bored, often alone. Finding creative things to do was my saving grace. I had an aptitude for self-expression early on and discovered that if I drew, painted, cut up magazines or wrote down thoughts, I had the cure. It was a self-sufficiency that meant I would always be able to find meaningful activity that kept me from falling into the chasm within.

My parents saw my abilities early on and were proud of that. However, as I described in the documentary, a drawing I did at 4 1/2 years old was very accomplished, but very provocative as it depicted my parents stark naked!

I also loved other modes of expression from an early age. I used to dance in my room and treasured that means of expressing myself. I took ballet classes for a while, but found it to be a bit too stiff and regimented for my taste. I preferred forms that gave me more free range, more flexibility to improvise and be inventive.

I also had a ‘dress-up’ drawer and a make-up kit. I would invite girlfriends over and I would transform myself and them with these items.

 

What gives birth to a piece of art ? A precise intention, or instinct? What gives access to art : connection or disconnection with thoughts ? Is it a conscious or at the contrary an almost hypnotic state ?

    For me art is birthed in the mindsky. It comes to me in vision and inspiration. In this way it is almost like a divine dispensation, and I must find the means to bring it into manifestation the best I can. My humble efforts are always inadequate to express the magnitude of what I ‘see’, but I do my best to catch at least the hem of the skirt of this great muse…

It is never birthed with logical thought patterns as such, although the process of thinking, of contemplating a subject, of meditating, is often the doorway to this vision realm, helping me access the appropriate ‘files’ so to speak. Like encircling a subject until its various facets come together in a new synthesis.

I would say my relationship to my art is like the most intense and amazing love affair. In terms of actually ‘giving birth’, that is an apt simile for I feel inspiration is like the male and female parts of one’s psyche coming together, to make love, and the result of that union is the alchemical child we call art.

I have always been blessed with access to the realms of vision and with a very fertile imagination. For me the arenas of consciousness and subconscious are intricately intertwined. It is from that web that the visions of art arise. Then the process of actually making it real, giving it form, requires another set of attributes. Into that arena comes skills and aptitude, some of which I feel we ‘come in’ with and some of which are learned and developed by the sweat of our brows and by constant practice and application.

When it is flowing well, my art holds me in a kind of tunnel vision and focus, where little else exists but that and the relationship between myself and that which is being created. At other times a fight of sort takes place, where matter will not easily conform to intention and one had to fight one’s way through to come out the other side and produce something that one feels compelled to create. This is why a true artist must be a warrior of sorts and bravely move forward, even when feelings of inadequacy for the task overwhelm them. This is probably why artists tend to be probe to mood swings, sometimes elated and sometimes devastated. To ground vision, the ethereal, in the material plane is not for the faint of heart!

 

You describe your work in those words : “I make artworks to bring the inside out and the outside in. My life and art are a collage”. Can you explain ?

    In these words I am seeking to express my underlying intention to find a language of art to describe not just the surface of things, but their inner workings. As my subject matter is very often the nature of the human being, as I myself am one, and in particular the woman I find myself to be, it is the inner landscape of the psyche I am most often trying to express. So in delving deep into the substrate, the subconscious, and the superconscious, I mine these and try and bring them to the surface, into the light from the shadows, so all may witness them.

I am also bringing the outside in because, like any true surrealist, I believe in the mutability of matter and allow myself to take liberties with the ‘status quo’ and switch things around to liberate and transform them. A recent example of this process is when in 2019 I was asked to transform the interior of Dior’s historic and iconic building in Avenue Montaigne, Paris. I used photos I had taken of the elements and covered every wall, floor, and ceiling of the salons with these images to create a fully immersive experience. Bringing the outside in.

I also like to think that I can touch people with my art so that things that remained ‘outside’ their psyches previously could suddenly find themselves inside.

As for my life and art being a collage. So it is. I like to disrupt the mundane and shuffle it and reclaim it as a new reality. I have been doing that in my art for over 50 years now. Collage techniques give the means to do that.

In my life, I have never liked to live by other people’s rules, so my life has been a process of constant re -invention. Looking at all the different lives I have lived in this one life, I think it could definitely be termed a ‘collage’ in anyone’s estimation.

 

Have you ever have the feeling, at the beginning of your career, to belong to an “art family”, to an artistic movement ? This question because you rather seem to be a free electron.

    I have always been seeking to ‘belong’, but have generally found myself marching to the beat of my own drum. I would like to be part and parcel of something bigger than myself, but have never seemed to find the fit, so I take whatever opportunities to collaborate and participate where I find them, but otherwise just keep marching on!

When I ‘discovered’ surrealism as a student, I was very enamored of it. I wished that I could have been part of that movement and interaction but, alas, its heyday was gone.

When I connected with the woman’s theater group, headed by Jane Arden, I thought I had found a place to belong. It was fun and co-creative for a while, but, after making the film, it ended in tears and pushed me back into pretty solitary confinement.

As joy is to be found in sharing, in communicating, I always seek that. But in the end, one has to rely on one’s own inner resources, for relationships often let you down and the ways of the world are like a fickle lover. I fall back on trying to communicate with others through my expression in art and take that as the glue which connects me to potentially anyone and everyone.

 

Today do you have close links with other artists, even in music, cinema… ? Maybe a similar point of view or approach with other people ?

    I like to spend time with creative people as their minds are generally much more free and I love to share and exchange. When I lived in Northern California for 23 years I had a big estate, complete with a video/photography/audio studio. That enabled me to hold space for many creative people, most often in the performing arts, to come and participate in multi-media events I hosted, video and photo shoots and audio productions. The property was generally full of artists of one kind or another who came to soak up the energies there and to create in the ‘free zone’ I established. I especially loved working with young women creatives who I could work with and encourage to help them step into their full potential.

I probably would still be there if the support to continue manifested. As it did not, I switched gears to work on my own art and my position in art history which had become atrophied by my absence.

I work with my partner often in a collaborative format. With all the significant relationships and partnerships in my life, we have always engaged in art and co creation. I don’t really know how to live any other way. It is all entwined, and references ‘my life as art’.

I also enjoy working with other people, especially creative women. Last year I did a photo shoot and collage of actress Marisa Tomei for the poster of the theater production of The Rose Tattoo. I have also just finished a photo/collage project with a prominent young woman singer. I am always open to creative collaboration.

 

                                                                              BETWEEN CONSTANCY AND EVOLUTION

 

We can notice a constant element in your work : your own body. Even now, you still express yourself by placing your body at the center of your art. Is this constancy obvious, natural to you, or do you question it ? What philosophical meaning do you see in it ?

    My decision to use myself in my art came from my days as an art student. It was a conscious decision, based on the fact that I saw so many women pictured in the history of art, but in so few instances where it was it the picture they had of themselves. It was generally as they were seen by another. And this other was usually a male artist portraying them. I thought it was important to redress this balance and to take on the mantle of self-observation and display it proudly in my work. To be my own muse.

As one of the prime spiritual tenets is ‘know thyself’, this seemed to be a meaningful approach, both for the sake of the history of art, and for my own personal evolution.

I love what Frida Kahlo said in response to someone asking her why she painted herself so much. She said ‘I am the person I know best’. So I thought this choice would give me the best opportunity to go deeper, to probe the inner world most thoroughly.

As a young woman, I both knew my magnetic power, which could act as an attractor for the work, and I also felt I could be more ruthless, take more liberties, with my own image than I could justify doing to anyone else’s! Most times a naked woman would be on display would be as an object for the titillation of men. I wanted to shift that paradigm and be my own subject. If I was displayed naked, I was by my own choice and to express something that was not just a language of flesh, but made people question their preconceptions.

As I went on to the next phases of my life and art, after the intense exploration of ‘who am I’? that An Exorcism represents, I moved beyond self-exploration as such to see myself in all and everything. In the series Mountain Ecstasy, I used hardly an image of myself, focusing instead on a bounty of ‘found images’ I had collected on my travels. These formed the basis of the Tantric celebration that is this work, where I expressed a pan sensuality, embracing all and everything as the erotic dance of life that was revealed to me as I walked this path, a liberation. Out of the confines of the house of An Exorcism and into the rarified technicolor zones of the mountain heights, where everything coupled with everything in a dalliance of erotic deliverance.

After relocating to the Caribbean, my work moved further away from introspection and into the examination of culture as I sought to depict the Arawak Indians. They were no longer physically there, but their presence pervaded still. The series of works I created there were a loving homage to these people, reclaiming their relevance and questioning what we call ‘progress’.

After I came to northern California, my focus was on the Divine Feminine, on finding a way to bring Her through to enhance and enlighten our world of today. My principle work was the 64 Dakini Oracle where I manifested 64 forms of female wisdom energies in the form of archetypes. I did embody a few myself, but mainly the practice was to extend the sense of what the self is and to see that embodied in many different forms, many different women, but essentially not seeing those as separate from the self, but the many reflections in the hall of mirrors of our multi-dimensional beings. I also wanted to demonstrate that these energies were available to us all once we put our limited expectations of ourselves aside. So working with many different women on this project was the living proof of this premise.

Of recent years I have returned to putting my body front and foremost in my art. This stems from a decision I made years ago as I perceived that our elders, especially of the female gender, are not given pride of place in our society. Their wisdom is marginalized and maturation is excluded from the pool that feeds culture. I felt this to be a grave error and just underlines our intoxication with surfaces, with youth, with the superficial, and undermines the stuff which evolution is fueled with, the wisdom of experience. I determined to try and do something about it when the time came.

Now my time has come and so I am deliberately and specifically using my elder stateswoman body as the key element in my work, seeking to prove my relevance and claiming that beauty is not just skin deep. My beauty may not have the same magnetic glow on the surface, but within has matured like a fine wine. I have lasting flavor for the refined palette. My offerings are worthy to be imbibed and appreciated.

 

Between ‘An Exorcism’ and today, are you aware of the evolution of your work ? What do you think you need to express / bring out today, compared with before ? Do you explore different feelings than before or do you recognize obsessions, permanent subjects which belong to you ?

    Of course there is evolution! I am a work in progress. I hope to be until my dying day. At the same time, I have always been myself and I do not see the work I did when I was younger as being any less relevant than it was when I created it.

We have stages in life. At each stage it is natural that things are more significant, more calling out for expression, than others. As a young woman, this search to ‘know myself’ took on a psychological identity as I sought to unravel my essence from the projections of others and from the expectations put on it by the society itself. As I emerged from that engagement and looked for what came next, I discovered the mirror of Tantra and how that gave me the tools to explore a more expansive view of the self, which reached to the archetypes of the Divine Feminine and sought to ground spiritual wisdom in the very matter of the being itself.

From there my time in the Caribbean was one dedicated to the study of culture, to resurrecting the lost indigenous people of the region and reclaim their perspective as, in many ways, it felt so much more righteous and real than the veneer of ‘civilization’ we live by in the modern western world. So this was a period of looking at how the self relates to the world around them and what a path of ‘truth to nature’ looks like.

I am now working once more with my own self- image and seeking to incorporate all my findings on the nature of self into the new series.

The overriding title of the new works is ‘My Body’, representing my body of experience. There are many subsets of this work that will probably keep me busy for years. One is called ‘The Alchemy of Stuff’. This series consists of 3 dimensional constructions, including life casts of my own body and its relationship to the ‘stuff’ we collect, have around us and interact with. It is my study and tribute to living in the material world and documents those interactions, questioning what has real value.

Another series with ‘My Body’ is called Animal Totems. It is comprised of life size prints of digital collage where I blend my body with that of various animals, birds, insects, reptiles as representatives of the kingdoms of creatures with whom we co-inhabit the planet. I offer my body to these blends to represent that these are all living, sentient beings, with feelings and personalities, just like us, and who are worthy of honor and respect as such.

Another series within the greater ‘My Body’ set is the pandemic series ‘My Body in a Box’.

 

                                                                                                          THE ARTIST TODAY

 

Since a few months you present a series called “My body in a box, pandemic series”. Can you explain to us the concept you work with ? And how, both as a human being and as an artist, do you go through the Covid crisis we live in ?

    When the crisis hit, I was quite catatonic for a while. I did not have the energy to be creative, I was just absorbing. And there was a lot to absorb. Being somewhat empathic, I had to process not only my own reactions, but the reactions of all those other beings that I was picking up and experiencing. It was intense. I was having nightmares every night, something I had not experienced in years. I was feeling drained and kind of sick.

After a while I began to find my bearings in this new state of being. For me being confined to my room, my studio, was not too much of a challenge as I tend to spend most of my time working on my art anyway and my greatest resource is my inner world, rather than the programs and distractions of the outside one. However this collective confinement created a different kind of energy field and, although I am not generally one for social commentary, preferring to deal with the politics of experience and the dynamics of the inner planes, I felt compelled to comment, through my art, on this unique global phenomenon.

I felt too that by candidly laying forth what I was experiencing it could help others navigate through this storm. To my observation, we were either hearing voices of doom and gloom or having others paint pictures of illustrious worlds of change, untouched by the pain body. To me either was not enough, it needed to be both, woven together into the fabric of the real experience which blended all these flavors. The presence of death was with us, enforced self-observation was upon us, so I wanted to express all this, as a mirror for the collective and verified through the truth of my own direct experience. Rarely have the veils thinned so much between the personal and the collective.

I took the motifs I had been using in the different branches of the My Body series, and brought them together to form’ My Body in a Box’. The box represents the space all have been confined to, the limitation, in the time of ‘sheltering in place’. My naked body was to represent the naked truth of the feelings that everyman/everywoman was experiencing. I wanted to both validate the trauma, the grief, and map the way through.

I had my partner photograph me in a variety of poses. I wanted to incorporate a kind of ‘body semaphore’ to describe how we react to events, whether we close down in protective stance, or open up to ‘face the music’. I photographed other items to include in the collages and commenced my series.

I adopted the device once more, initiated in my earliest book, 50%The Visible Woman, of using poetry to compliment the visual images. I like poetry because it is like a word collage and does not seek to explain away, but can act to open up more realms of possibility and co-incidence, give more depth.

I present the series on my LA gallery, Blum and Poe’s, Musings section on their website, as an ongoing commentary and meditation for these challenging times.

 

In a general way, how do you feel among nowadays’ state of mind : society, thoughts, spirituality, culture ?

    We are living in ‘interesting times’ for sure! Before the pandemic hit, I had been mourning the loss of the natural world for many years now and feeling it heralded the demise of civilization. With the trauma and ‘time out’ impelled by the pandemic, I feel we a have a chance to step back and look again. Look and see what really matters, both personally and culturally. Look at the impact humans are having on all other species and on the eco systems of the planet itself.

But will this make a difference? Will we be wise enough to make the needed changes for species survival, let alone our survival? I cannot say. The pessimist in me says no, the optimist holds hope eternal. Time will tell. We have a bit left.

The Divine Feminine is getting some kind of foothold. The feminine face of both humanity and spirituality is at least emerging out of the shadows and into some kind of light. But is this too little, too late? Again, not for me to predict, but just to stir the pot of collective conscious, seasoning it with my insights and inspirations in the form of art.

 

You are active on Instagram. What is your relationship with social media ? For artists today, do you think it’s a good way to reach an audience, beside the “traditional” way, or has it become the only way ?

    I have never been a follower of fashion, seeing myself more as a trendsetter. I like to create works that will stand the test of time and maintain validity beyond the context of their creation. However we also need to respond to the times we live in, to keep up with current technologies and modes of communication. We don’t live in a bubble, we are part of the cultural milieu.

Therefore, although I hope always to take refuge in the dictum ‘in the world but not of it’, I am here and now and seek to participate. We cannot ignore social media. It is a big part of the connective tissue of the moment. It is both wonderful and terrifying. It connects us in miraculous ways and it can alienate us from ‘real’ connection in the ‘real’ world. What a paradox!

I definitely feel that other modes of connection and ways of viewing an artist’s work outside the gallery system are very important to establish. We will have to see how galleries re-emerge after the covid challenge. Finding other ways that are less elitist was one reason I left the traditional art world at the end of the 1970s. I thought I could build my career and establish my position without it, but that’s a tough call.

I enjoy sharing works on Instagram. Every artist likes to share and get response. It feeds them. But this current addiction to ‘likes’ is anathema to the freedom needed to create groundbreaking art. The artist should never be tethered in their expression to what is liked or not. Its another form of limitation. And its not as though social media really offers the kind of ‘free market’ it purports. The dissemination is controlled by algorithms and manipulation is present in the way things get shared. This is disappointing. But they are platforms we cannot ignore and I have made connections that probably I would not have made otherwise, so it feels like a window of opportunity and therefore has value. Last year, for example, I connected with Gwendolyn Christie (from Game of Thrones) and she came to my London exhibition. Eyes do see works, even if not exactly all the eyes one would wish for! And I do enjoy the opportunity to view works that are being created in a pretty eclectic way. Keeping my finger on the pulse of what’s happening, though I rarely look to the work of other artists for inspiration, having such a huge backlog of inspiration to work through myself.

 

Do you consider yourself as a feminist artist ? In your work this seems very natural, and not dogmatic. How do you experience this intimate form of feminism of yours, and what is your position / place among today’s activism ?

    I feel ‘propaganda art’ always loses something through this dedication, so I tend to favor art which is rooted in the realm of personal experience and encounter. Art whose only agenda is to speak for itself, and as viscerally as possible. To me dogma is the enemy of expansion, and I am all about opening up more potential, for myself and others, rather than closing anything down.

I never considered myself as a feminist artist at the time I was ‘coming out’ in the art world. A lot of staunch feminists were not very keen on what I was producing as they felt my sexual and sensual stance was somewhat anti militant and played into the desires of men. I have always loved men, as well as women, so I was looking for a reconciliation, but on better terms, not a segregation. I just wanted women to be able to reclaim themselves and be all that they could be rather than the diminutive form of themselves that societal patterns had forced them into for so long. On this fairer playing field. I felt that the dynamics between men and women could become transformed. It was this reset I have always been interested in. Downplaying the patriarchal, dominator roles and replacing that system with a liberated feminine, to come alive and vibrant, not only in the bodies of women, but in the hearts and minds of men too, where it has been equally suppressed. More fun to be had for all.

As feminism had ‘come of age’ and claimed much more of a wholistic approach for its followers, I have felt able to adopt that title for my work. My work is, after all, all about the liberation of the feminine and it speaks the language of direct experience. My sense is that if you allow yourself to be as deeply personal as possible, you enter the realm of the transpersonal, the universal, where all have a version of what you are expressing in their realm of experience so can relate to it in an almost cellular fashion.

Also, as I outlined earlier, I feel this curse of agism is the next challenge for the feminist movement and I am fully owning that mantle and bringing it forth as my current personal challenge, with the hope of a healing that will affect us all.

 

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