"En attendant Godot", mis en scène par Bernard Levy – Théâtre de l’Athénée

Le théâtre de la rupture

La pièce « En attendant Godot », écrite par Samuel Beckett en 1948, est considérée comme l’une des œuvres phares du théâtre de l’absurde, caractérisé par une absence de narration et un refus du réalisme dans l’intrigue et les personnages. Ionesco et Pinter sont deux autres représentants majeurs de ce courant dramaturgique.
Dans un no man’s land (« route de campagne avec arbre »), deux vagabonds Vladimir et Estragon, dont on ne sait rien de personnel, attendent Godot, personnage mystérieux à l’épaisse symbolique. Ils rencontrent Pozzo, maître-tyran et Lucky, homme soumis, à deux reprises, entre lesquelles ils semblent avoir été frappés d’un sombre destin : l’un est devenu aveugle, l’autre muet, tous deux apparemment amnésiques de surcroît. Un messager survient lui aussi à deux reprises, annonçant au final que Godot viendra demain…
Les thèmes évidents de la pièce : la détresse humaine, l’attentisme, la promesse d’un tournant ou d’une rencontre salvatrice, l’évocation (démentie par l’auteur) de la religion, trouvent écho dans notre période troublée et la portée politique atemporelle de la pièce ne manque pas sa cible. Cet aspect du spectacle en est frappant de vraisemblance et de ce fait, déroutant, car rappelant le manque d’issue pour le citoyen lambda.
Pour autant, l’humanité est au cœur de la représentation, révélée avec finesse surtout grâce à l’humour du texte à degrés multiples, mais aussi dans la qualité du jeu des comédiens, dont la complicité semble presque filtrer au-delà de l’amitié touchante de Vladimir et Estragon, compagnons d’infortune. Sur scène, la grisaille du décor apparaît progressivement plus bleutée et quelques feuilles sont apparues sur l’arbre décharné. Avant le rideau final, les deux compères attendent toujours, mais ils attendent ensemble, et c’est ce qu’on retient du spectacle.

 

A voir au Théâtre de l’Athénée , jusqu’au 28 mars.

 

A propos de Sarah DESPOISSE

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