"Folies coloniales", mis en scène par Dominique Lurcel – Parc de la Villette

Les vertus pédagogiques du rire
Folie : n.f. caractère de ce qui échappe au contrôle de la raison, du bon sens ; acte déraisonnable, excessif.Algérie, 1930, Centenaire de l’Algérie française, instantanés : discours, citations, chansons, poèmes, comptes-rendus, manuels scolaires… Ces documents historiques ont été compilés pour constituer la trame et le texte du spectacle. Ils balayent l’époque avec la force de leur authenticité : les Algériens vus par les Français, le sentiment patriotique, les travers et la bonne conscience de la colonisation, les différences culturelles, le profit, la cohabitation des peuples, les outils de propagande, la voix des personnalités influentes.

Cet ancrage dans la véracité donne tout son impact au spectacle, par contraste avec l’euphorie qui règne sur scène, où la mise en abîme se répète à l’infini, rendant floues les limites entre dérision et bonhomie inconsciente. Le parti pris de la mise en scène est celui de l’illusion, de l’emphase, de l’excès, de l’ivresse.

Le spectateur est titillé, emporté par un rire, une attitude, puis ramené à la réalité, froide, quasi honteuse, et ainsi de suite, jusqu’à la fin de la représentation qui choisit de laisser le public sur une note tragique, appelant à la mémoire et à la conscience. Ce tourbillon de légèreté mêlée à la réalité historique rend la pièce responsable, sans pour autant rendre le morceau indigeste.

Scénographie simple et astucieuse, accessoires de bric et de broc, mimiques rigolotes propres à chacun et gags au premier degré y contribuent, car le but de la démarche artistique n’est pas d’appuyer là ou ça fait mal (là où c’est coupable), mais plutôt de raconter, pour permettre à l’Homme de se servir de l’Histoire afin d’alerter sa vigilance et de s’ouvrir à la tolérance, au présent et pour le futur. Un enjeu noble et de taille, qui nous est proposé en s’amusant, en perdant la notion de là où commence et s’arrête l’art du spectacle, si tant est que cette frontière soit palpable.

« Ni condamnation, ni repentance : seulement faire entendre d’où nous venons. Et ce qui reste encore, profondément, enfoui en nous et qui pèse. Et faire percevoir aussi, en creux, le cri, jamais entendu, de l’Autre. » (Dominique Lurcel, Compagnie Passeurs de mémoire )


A voir au Parc de la Villette jusqu’au 28 mars.
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(c) Philippe Lacombe
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(c) Philippe Lacombe

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A propos de Sarah DESPOISSE

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