Maryna Voznyuk : homeconcert en streaming + interview

Maryna Voznyuk a proposé  un home concert en streaming ce samedi 28 mars dont voici le replay

https://www.facebook.com/maryna.voznyuk/videos/10218824639141701/


Culturopoing vous propose de partir à sa découverte…

Sur la place chauffée au soleil, une fille s’est mise à jouer, l’église l’appelle le bon dieu, le mendiant la charité, le soleil l’appelle le jour et le brave homme, la bonté.[1]

Maryna Voznyuk est une artiste singulière protéiforme. Entrer par le point d’achoppement pour faire disparaître l’édifice d’où est sortie sa musique est le premier tour de force de sa vélocité. Ou l’art de maîtriser les formes passées pour en créer de nouvelles.  Tension, syncope, climax comme dans Vyïdy-vyïdy ou bien encore une musique qui revendique la tendresse sans mièvrerie. A la recherche de l’innocence d’une origine perdue.

https://soundcloud.com/maryna-voznyuk/sets/lost-in-awakening

 

photo par Maya Matilda Carroll, “Confinement portraits”, Espace en cours, Paris, March 2020

 

Cette musique emprunte autant à ce qu’on appelle la musique « savante » qu’aux formes populaires, comme le fit le compositeur hongrois Bela Bartók. Pourtant elle échappe aux étiquettes trop faciles car avant tout musique de son époque et donc protéiforme. Influences, convergences, explorations et fulgurances sont les portées sur lesquelles Maryna Voznyuk écrit son histoire et sa musique.

https://soundcloud.com/maryna-voznyuk/schedryk

 

Crédit photo Jean-Pierre Blondin

Photo par Jean-Pierre Blondin, série “Musiciennes”

 

Interview

Vasken Koutoudjian : Tu es née en 1984 et pendant Tchernobyl tu avais 3 ans, en quoi penses-tu que la radioactivité ait influencé ta musique !!?

Maryna Voznyuk : Un an et demi. Je ne pense pas que Tchernobyl ait influencé ma musique plus que, par exemple, le Holodomor (grande famine) de 1933 ou la Seconde guerre mondiale, juste parce que physiquement j’ai déjà été sur Terre au moment précis de l’explosion, juste à 130 km. Quoi que… peut-être que cette obsession de jouer vite, de taper fort, surtout dans les graves et puis passer dans les aigus tendres et aériennes, c’est la radioactivité qui parle en moi, tu crois ?…
Je pense, ou plutôt je sens, que nous gardons en nous la mémoire de beaucoup plus de générations que l’on ne puisse imaginer. Depuis le début, en fait. Et va savoir quand il a eu vraiment lieu, ce « début ». Peut-être que là nous avons l’occasion de le comprendre mieux… Quoi que…
J’essaye de rester positive en ce qui concerne l’humain. Mais. Certes, on a des révélations, des espèces d’illuminations. Surtout quand quelque chose de grave arrive. Comme maintenant. Sauf que. Ce « grave » a lieu partout, depuis longtemps. Toujours. Mais lorsque cela ne te concerne pas personnellement, tu ne te rends pas tout à fait compte de la gravité de ce qui se passe avec les « autres ». Tu comprends quelque chose, de l’ordre de l’essentiel. Et puis tu l’oublies aussitôt. Et c’est reparti comme avant.
Mais je sens que cette fois-ci ce sera enfin différent ! Car cet « autre » n’existe pas. Il n’y a qu’un groooos puzzle, et nous sommes tous ses minuscules particules. Je pense que nous nous retrouverons réellement sur un autre niveau de conscience. Notre Mère Terre passe d’une dimension à l’autre et c’est assez déstabilisant pour nous, terriens. Néanmoins c’est un pas nécessaire sur notre chemin évolutif et on va le faire d’une façon peut-être pas la plus élégante qui soit mais certainement d’une façon définitive.

Vk : La musique répétitive a-t-elle une influence sur la tienne ? Si oui quelle est sa richesse ? On dit que le mal se cache dans la répétition, pourquoi ce ne serait pas le cas en musique ? (c’est la différence entre le tueur et le tueur en série !)

MV : Puisque tu poses cette question, c’est sans doute le cas. Je ne peux pas dire que j’écoute de la musique répétitive plus que, par exemple, du Bach ou des mantras… d’ailleurs, ce sont aussi des musiques répétitives, tu trouves pas ?

Mais, bien sûr, j’aime beaucoup certains compositeurs minimalistes ou des œuvres en particulier. Il m’est déjà arrivé de vivre plusieurs jours, voire semaines, en écoutant en boucle « Canto ostinato » de Simeon ten Holt, un minimaliste hollandais. Et qu’est-ce que j’étais bien ! Ou alors j’ai découvert récemment Julius Eastman – on l’a joué à plusieurs pianos au festival Pianoctambule au Mans – un événement incroyable : 24H non stop de performances pianistiques ! Quel kiffe de jouer cette musique ! C’est une transe collective, les morceaux durent jusqu’à 1h, voire plus. Et il est mort, en 1990, dans l’indigence et l’ignorance totale, il n’avait même pas 50 ans…

La richesse de la musique répétitive est inépuisable. Peut-être pour s’en rendre vraiment compte il ne suffit pas de l’écouter mais il faudrait aussi la jouer. Pour moi, la musique et particulièrement le clavier – un mécanisme encore une fois très répétitif – c’est un portail vers l’infini. Je sais, ça sonne d’une façon extrêmement pathétique mais c’est comme ça, je n’y peux rien.

Je ne connaissais pas cette expression en français, sur la répétition et le mal… et d’ailleurs je ne comprends pas son sens. En russe on dit (oui, je parle aussi russe, bien que je sois Ukrainienne et anti-Poutine) « повторение – мать учения », ce qui signifie « la répétition est la mère de l’apprentissage »… Et d’ailleurs, quelle est la différence entre un tueur et un tueur en série ?… Ah !… Je crois que je commence à deviner le sens de l’expression…

VK : Comment est entrée la musique dans ta vie ? Et comment est-elle rentrée de manière professionnelle ?

MV : Quand mes parents, plus précisément ma mère, a échangé une vieille machine à coudre Singer contre un piano, aussi allemand et encore plus vieux que notre machine à coudre, jamais utilisée je crois… J’avais 5 ans.

J’ai donc commencé à d’abord aller chez une prof particulière (sa petite perruche qui volait partout dans l’appartement savait prononcer son adresse !), ensuite une école de musique et ensuite le conservatoire supérieur. À la 4e année de l’école ma mère, voyant que je souffrais assez, m’a proposé d’arrêter. Effectivement, ma professeure n’était pas très épanouie. Qu’est-ce que tu veux: une femme seule avec enfant, salaire ridicule, aucune sécurité sociale – c’était peu de temps après la chute de l’Union soviétique… À quoi j’ai répondu: « Ah non ! L’école c’est 7 ans, j’en ai déjà fait 4. Je ne vais quand-même pas m’arrêter à mi-chemin ? ». Je me souviens tellement bien de cet instant, c’est incroyable… Ainsi ma mère a osé demander à la directrice de changer de professeur. Qui a dit: « Maryna, elle est chez cette enseignante ? C’est inadmissible. Pendant les auditions, je dors. Mais lorsque votre fille joue, je me réveille. Bien sûr, on va vous changer de classe. » Je me suis donc retrouvée chez Tatiana Borisova – une femme d’une générosité et bienveillance rares. Grâce à qui, encore une fois ma mère, a décidé que je devais absolument continuer mes études musicales au niveau supérieur…

Je dois avouer que j’ai pleuré en sanglots lorsqu’elle m’inscrivait au Conservatoire Reinhold Glière. Et ce n’étaient pas des larmes de bonheur… J’avais 15 ans, je ne portais que du noir, j’écoutais Black Sabbath et Nirvana (merci à mon grand frère pour cette éducation musicale – j’ai été bercée au hard rock et heavy metal, même mon premier morceau retrouvé à l’oreille était une chanson de Metallica). Et tous les musiciens dits « classiques » me paraissaient extrêmement ennuyeux. En costards et obligatoirement lunettes de vue… J’ai donc passé une année préparatoire avec cette professeure légendaire du conservatoire, Olga Orlova. Elle avait déjà presque 80 ans quand je l’ai rencontrée et d’après ce qu’on racontait, quand elle avait été plus jeune, ces cours finissaient de façon suivante: d’abord par la porte volaient les partitions et ensuite l’élève. J’allais donc prendre des cours particuliers chez elle pendant une année. C’est toute une dynastie illustre de musiciens enseignants pianistes, elle vivait pourtant avec son mari, professeur légendaire également, dans un tout petit deux pièces en fin fond de Kyiv. J’y allais littéralement en priant. Et presque à tous les cours je pleurais. Mais qu’est-ce que je lui suis reconnaissante, aujourd’hui, pour tout ce que j’ai appris d’elle ! « Je ne vous apprends pas la musique, mais la vie », nous disait-elle. Fille de déportés, elle avait vécu une vie pas facile. Il faudrait une interview à part pour parler de cette femme incroyable.

À 19 ans, ayant terminé ma scolarité dans cet établissement, j’ai « arrêté » la musique pour devenir prof de FLE et interprète. Cela faisait 2 ans déjà que je faisais mes études à l’Université nationale de Kyiv Taras Chevtchenko en linguistique, parallèlement à mes études musicales. Je me souviens, mes premiers cours dans la journée commençaient vers 9h et je terminais vers 23h. À vrai dire, je n’en pouvais plus de la pression et l’exigence sans fin de l’école post-soviétique. Ce n’était jamais assez bien.

Ensuite, grâce à mes études en linguistique, où j’étais passionnée par l’œuvre de l’OuLiPo – je suis même allée jusqu’en doctorat où j’étudiais le théâtre de la parole de Valère Novarina… je n’y comprenais pas grand-chose, j’avoue… pourquoi alors avoir choisi un tel sujet ? Sans doute parce que cela me rapprochait de la scène… – donc, grâce à ces études j’ai eu une bourse du gouvernement français pour venir étudier en France le théâtre contemporain – théorie et pratique (oui, dans l’un de mes innombrables rêves je me suis toujours vue actrice… c’est peut-être pour ça que je travaille souvent avec le théâtre maintenant – merci, mes rêves !), puis médiation culturelle, à Paris3, et… j’ai définitivement réalisé que sans la musique de façon constante ma vie n’était pas la mienne.

Drôlement déprimée, un beau jour printanier, je marchais dans une rue du 17e arrondissement où j’habitais à l’époque, et, oh providence divine, juste devant moi s’est dressé un gros panneau rouge écrit « CONSERVATOIRE». Je suis entrée, j’ai balbutié quelque chose, mais la personne à l’accueil avait compris que je demandais s’il y avait des classes de clavecin et d’orgue. Je ne voulais pas retourner en études de piano – j’avais été suffisamment traumatisée. J’ai rencontré les enseignants, qui, tous les deux, m’ont vivement encouragée à faire le cycle spécialisé. Et comme je n’avais pas la possibilité de travailler le pédalier d’orgue pour le concours, j’ai opté pour le clavecin. Dans tous les cas j’avais une affection particulière pour cet instrument depuis longtemps. Tellement il est beau, n’est-ce pas ??

Ainsi je me suis retrouvée inscrite au CRR de Paris, dans la classe de clavecin et de clavicorde d’Ilton Wjuniski. Un musicien, un professeur et un être humain en or. Je n’avais jamais été autant soutenue. Grâce à lui tout est reparti, encore pour quelques années d’études (PôleSup’ 93, Paris8…) et enfin « la liberté » !

VK : Quelle transcendance apporte pour toi la musique ?

MV : Je ne cogite pas quand je joue. Je vis l’instant présent. La chose la plus précieuse qui existe. Si difficile à savourer vivant d’après les lois de notre société. Et je n’ai pas à parler pour m’exprimer. Avec la parole c’est étrange pour moi. Soit je n’ose dire rien du tout, soit je n’arrive plus à m’arrêter… Et puis, j’espère être l’un des innombrables câbles – on l’est tous, d’ailleurs ! – à transmettre la lumière. Je me sens sombre, tellement souvent. Mais lorsque j’arrive à partager la lumière avec les autres, elle éclaire mon propre chemin.

VK : Si tu pouvais changer une chose (tu as ce pouvoir incroyable) et juste une dans la vie, qu’est-ce que cela serait ?

MV : Si c’est juste une seule chose – rien.
Sinon, si j’avais ce pouvoir incroyable, je voudrais faire en sorte que tout le monde soit heureux. Oui, je suis utopiste et naïve… et ça, par exemple, je ne veux pas changer ☺

VK : Quelles sont les influences que tu revendiques ?

MV : Je ne sais pas si je les revendique, mais je suis très inspirée par: Bachar Mar-Khalifé, Jozef van Wissem, Nils Frahm, Jean Rondeau, Lubomyr Melnyk… oh… il y en a tant ! Inutile de mentionner le seul, l’unique J.-S. B.?… Tu sais qu’en russe et en ukrainien la prononciation de “Bach” et de “Dieu” ne se diffère que d’une seule lettre ? J’aime aussi Justice, Moderat. Sébastien Tellier (quand il ne chante pas). J’adore les classiques du hard rock et heavy metal, comme Ozzy Osbourne ou Metallica. Il y a un groupe incroyable, ukrainien (ce sont des amis !) que j’adore – DakhaBrakha. Et leurs sœurs, Dakh Daughters (ils sont tous issus du même théâtre Dakh). Ou un compositeur ukrainien, Myroslav Skoryk, l’auteur de la musique d’un film de Parajanov que j’adore, « Les chevaux de feux » – d’après une nouvelle ukrainienne de Mykhaïlo Kotsyubynsky sur les mystérieux habitants des Carpates, les « houtsoul ». Qui dans l’original d’ailleurs s’appelle « Les ombres des ancêtres oubliés ».  J’aime beaucoup également Eduard Artemyev – c’est le compositeur fétiche de Tarkovski. Je suis admirative de sa façon de revisiter Bach aux synthés analogiques. Après tout, qui n’a pas « revisité » Bach, même sans le savoir… Parmi les découvertes récentes – une sorcière sonore suisso-algérienne, Flèche Love.

VK : Comment parles-tu de Vladimir Horowitz, le maître Ukrainien ? Que représente-t-il ?

MV : Avec énormément de respect et de tendresse. Il avait un sacré caractère, à ce qu’il paraît… Et quand il était vieux il avait l’arthrose, mais il continuait à donner des concerts. Donc avant de démarrer à travailler les œuvres il se chauffait pendant 2 heures, minimum. Cela m’avait toujours beaucoup impressionné, cette anecdote.

D’ailleurs, adolescent, il avait fait ses études au même conservatoire que moi ado. J’avais même travaillé, comme traductrice, au Concours international Horowitz qui a lieu à Kyiv. Et un jour, je me souviens, j’avais piqué une affiche dans la salle de direction. C’est ce fameux portrait, où il pose sa main à côté de son oreille, comme s’il écoutait quelque chose. Je l’avais mis au dessus de mon piano. Et très souvent quand je travaillais, je le regardais. Je te jure, il avait à chaque fois une expression de visage différente – quand je jouais mal il exprimait du mépris, et quand c’était plutôt bien le grand Vladimir était assez admiratif.

VK : Comment travailles-tu la composition de tes morceaux ?

MV : C’est elle qui me travaille, dirais-je. J’improvise. Je prends un thème ukrainien – ou pas de thème, juste une impulsion physique, ou un enchaînement harmonique : les doigts se mettent eux-mêmes à bouger, trouvent une boucle qui les emporte – et je m’amuse avec. Puis, ce que je n’oublie pas (maintenant j’ai pris l’habitude non seulement d’enregistrer des idées mais aussi de les noter en détail – qu’est-ce que c’est pratique, dis-donc !) j’harmonise, j’affine, je structure. Plus je travaille, plus il y a des choses à travailler. Au moins, je ne m’ennuierai jamais même si l’on annonce une quarantaine éternelle… je touche du bois, bien entendu. Et chez nous il faut en plus cracher trois fois derrière l’épaule gauche, ce que je fais immédiatement !

D’ailleurs, concernant l’improvisation, je dois dire que c’était un énorme blocage pour moi. Suite à toutes ces années d’études « classiques » j’étais incapable de toucher un clavier si je n’avais pas une partition ou quelque chose sous les doigts par cœur. C’est grâce à ma formation en musique ancienne et surtout la collaboration avec des musiciens « actuels » que j’ai réussi à dépasser ce blocage. Jamais j’aurais pu imaginer de créer « mes » morceaux. C’est pour cela que je fais toujours de l’impro et de la compo avec mes élèves.

VK : Peux-tu donner une musique (pas de toi) pour faire la guerre ? Pour rêver ? Pour faire l’amour et une pour voyager ?

MV : 1. Aucune. Faites pas la guerre, écoutez le point 3 !!
2. Toutes.
3. Adi Shakti Mantra. Ou les chants des rossignoles en live. Le vent. La mer. Le battement des cœurs…
4. « Canto ostinato » de Simeon ten Holt (si l’on voyage en train).

VK : Dans Somewhere Over There (Des’ Tam) que veux dire « Des’ Tam » ?

 MV : « Somewhere over there » 🙂 En français – « quelque part par là ».

En fait, c’est le début de la chanson – « Podolyanochka » – dont la mélodie a inspiré ce morceau. Mais pas tout à fait. Le texte commence avec « Quelque part par ici, il y a avait une jeune fille… ». L’histoire parle d’une jeune fille, qui n’a pas eu d’eau pendant sept ans et elle ne pouvait pas laver son beau visage… Dans le folklore ukrainien il y a cette tradition des chants rituels, jeux, qui célèbrent chaque saison de l’année. C’est lié à la croyance qui était sur nos terres avant que le christianisme soit imposé. Le paganisme: une divinité pour chaque force de la nature – Dieu du Soleil, Dieu du Vent etc… J’y crois toujours, d’ailleurs. Et toutes les activités de mes ancêtres, festives comme quotidiennes, étaient accompagnées par les chants. Surtout, il n’y avait pas tous ces moyens de distraction d’aujourd’hui.

Donc, cette chanson, « Podolyanochka », c’est un chant-jeu du printemps (vesnyanka). Célébrant la renaissance de la nature. Comme un autre morceau, « Vyïdy-vyïdy » (« Viens, viens »), qui appelle le printemps. Le morceau « Des’ tam », pour moi, c’est un récit sur quelque chose de lointain. J’avoue que je pensais aussi à la guerre en Ukraine, que j’ai vécu ici, en France. C’était très douloureux. Et puis l’image de l’eau, avec toute sa force puissante, tourbillonnante et calme à la fois…

VK : Là encore la répétition sert beaucoup le morceau. Peut-être que le premier à l’avoir autant servi dans la musique c’est Ravel et son Boléro. Pour d’autres la répétition c’est le mal absolu, comme le meurtre en série qui est un paroxysme, du coup comment définir la répétition en musique ? Que sert-elle ?

MV : Pour moi c’est une sorte de méditation. Notre vie c’est une répétition constante. Gauche, droite, gauche, droite, inspirer, expirer, inspirer, expirer, allongé, debout, allongé, debout, naissance, mort, naissance, mort…

La répétition est dans tous les folklores, les musiques spirituelles. Je pense qu’on la sous-estime, si l’on la considère comme « mal absolu ». En tout cas c’est l’origine. En tout cas pour moi. Et le fait de revenir à mes racines par le folklore me charge d’une force dont j’ai tant besoin pour vivre dans cette époque cruelle. Mais quelle époque, au fait, n’a pas été cruelle ?…

VK : Qu’est-ce que la musique peut exprimer que les mots ne peuvent raconter ?

MV : Tout.

VK : Quels sont tes projets immédiats ? Plus lointains ? Absolus ?

MV : Je suis en résidence à l’Espace en cours depuis septembre 2019 (c’est un paradis terrestre dans le 20e arrondissement de Paris, un havre de paix, une initiative totalement privée – chapeau et grand merci à Julie et Didier Heintz), où je me concentre sur la préparation de mon premier album solo et le set live. Qui, un jour, deviendra un spectacle. Et on travaille avec le Street barocco duo Wändalism que nous avons créé avec le rappeur lyrique et virtuose du beatbox et de la loop station Raphaël Otchakowsky. Le nom du groupe est un hommage à Wanda Landowska – actrice majeure du renouveau baroque – et à la culture urbaine. Nous travaillons notre live avec un merveilleux VJ-magicien Stéphane Privat. Et j’ai beeeeaucoup d’élèves.
En ce moment je repense mes cours « à distance ». C’est une période exceptionnelle que l’on est en train de vivre…   on en sortira tous « reloaded », j’en suis convaincue.

Dans l’absolu mon projet est d’être en bonne santé physique et mentale – si c’est possible dans le monde dans lequel on vit. Eh bien, justement, c’est le défit. Et après tout, comme disait Che Guevara: « Soyons réalistes, exigeons l’impossible! »

VK : Qu’est-ce que la musique peut dire que les mots ne peuvent exprimer ?

MV : Toujours tout.

VK : Jouer avec Kazunari Abe ça représente quoi pour toi ce genre de métissage ? La métisse chez les grecs anciens c’est la ruse, quelle part de ruse y-a-t-il dans la musique et pourquoi ?

MV : Kazunari est incroyable. Avant de s’être parlé on a d’abord joué ensemble. La musique est définitivement un langage universel et absolu. On s’est rencontré pour un projet franco-ukraino-japonais du cirque contemporain, mis en scène – enfin, il n’y avait pas de scène, on était dans les champs – donc mis en champs par Bernard Quental et Michiko Tanaka, en plein cœur des vignes de Champagne-Ardenne – expérience inoubliable. A peine arrivé, il a commencé à jouer une mélodie traditionnelle japonaise au shinobue (flûte en bambou), et je l’ai rejoint au clavecin avec le jeu de luth, en impro. Métissage parfait, quand à moi. C’est l’enregistrement qu’il y a sur ma page soundcloud, fait avec un téléphone – l’instant était tellement précieux que j’avais envie de le partager.

La ruse ? Comme le mensonge ? Alors là… ce sera ma réponse la plus brève: “Euh…”

VK : Si tu n’avais pas fait de musique que penses-tu que tu aurais fait ?

MV : J’aurais souffert.

 

photo par Maya Matilda Carroll, “Confinement portraits”, Espace en cours, Paris, March 2020


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CREDIT PHOTO DE “UNE”:
Maya Matilda Carroll, “Confinement portraits”, Espace en cours, Paris, March 2020

 


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[1] D’après J. Brel, sur la place.

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