Les sentiers de la curiosité culturelle nous font parfois prendre des détours étranges… C’est en cherchant des renseignements sur le film Utoya, 22 juillet que je tombe par hasard sur le groupe Harakiri for the Sky. Le film revient sur le drame qui se déroula sur l’ile Norvégienne d’Utoya en 2011. Le tueur de masse Anders Breivik y assassinat froidement 69 personnes venues participées au camp d’été des jeunes travaillistes. Le morceau « 69 Dead Birds for Utoya » sur l’album Aokigahara sorti en 2014, rendait hommage aux victimes de cette tragédie. L’ambiance est posée. Bienvenue dans le monde mélancolique d’Harakiri for the Sky.

© Anne Swallow | AOP Records

Ce groupe autrichien officie dans un genre encore trop peu connu dans nos contrées : le Blackgaze (aussi appelé post-metal) un subtil mélange entre black Metal et Shoegaze, deux styles musicaux qui connurent leur apogée dans les années 90. Ils ont pour point commun d’utiliser les guitares saturées, ceci afin de créer un magma sonore, satanique et inquiétant pour les premiers, éthérée et planant pour les seconds. En bref on peut résumer ce genre comme une fusion entre Mayhem et My Bloody Valentine, ce qui n’est pas si incongru finalement. Une fois n’est pas coutume les pionniers de ce style musical sont français, il s’agit du groupe Alcest, dont le premier et audacieux EP sort en 2005. Ce n’est donc pas un hasard si Neige, le chanteur d’Alcest, prête sa voix en guise de parrainage sur l’un des morceaux de Mære le dernier album en date d’Harakiri for the Sky. Sorti cette année Mære creuse le sillon déjà exploré par le groupe depuis bientôt 10 ans, on y retrouve leur sens de la mélodie, noyée sous des déluges de guitares, ponctué par des blasts puissants, le tout créant une ambiance qui va de l’introspection au cri rageur. Car oui, pour se faire entendre en Autriche, pays peu réputé pour sa chaleur humaine, il faut savoir crier.

Les textes poétiques du chanteur Michael V.Wahntraum se font l’écho des angoisses de la jeunesse locale, selon les dires de l’intéressé. Comme dans le très beaux « Silver Needle // Golden Dawn » dans lequel nos gros durs de métalleux passent aux aveux (de faiblesses), « Us Against December Skies » évoque lui, avec nostalgie, des souvenirs d’amitiés sous le ciel gris d’un hivers autrichien paraissant interminable, « Once upon a winter » est sans doute la pièce maitresse de l’album, construit en crescendo, le morceau distille ses effets, une ligne de basse accrocheuse, une mélodie imparable puis une série de blast qui font basculer le morceau dans le lyrisme furieux, mettant en valeur des paroles de toute beauté :

« To become spring, accept the risk of winter,
To become presence, accept the risk of absence,
We are lost in this city, where we shouldn’t be at all,
Where we searched for flowers, and found nothing but snow… ».

© Anne Swallow | AOP Records

Tout aussi lyrique le morceau suivant « End Oceans Between Us » entraine définitivement l’album vers les sommets. Cerise sur la forêt noire, le tout se clôture avec une très belle reprise du « Song to say goodbye » de Placebo. Tout cela pourrait être plombant me direz-vous, mais le sens de la mélodie et la vigueur des compositions transcendent l’ambiance amère des textes. C’est toute la force de la musique du groupe, donner à la tristesse de puissants pouvoirs cathartiques.

Harakiri fot the Sky – Maere  (2021) Label AOP records dispo en Vinyle 33t, Double CD ou version Digital

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