Laure de Faÿ – Mon tour du monde géant des Mammifères (Sarbacane)

Mon tour du monde géant des Mammifères est un très grand album cartonné délicatement satiné, sur lequel le tout-petit peut s’allonger et s’étendre comme sur un tapis, pour découvrir les images. Mais ce n’est pas tout, ce livre au carton très doux peut également se positionner debout, et ainsi faire office de théâtre. Le petit peut alors s’approcher de l’album ou le regarder à distance, et partager sa lecture avec d’autres enfants et des adultes.

Tout seul, il peut s’émerveiller des couleurs spécialement choisies pour chacune des six familles de mammifères. Par exemple, le jaune éclatant passant de l’or à l’ocre, avec bien sûr des zones orangées. Par cette dominante si claire, l’enfant saura définitivement reconnaître les particularités de la famille des Félins. Les corps des animaux sont représentés de profils, dans toute leur beauté, et le “visage” de l’animal, quant à lui est représenté de face, avec une expression toujours sympathique et expressive. Quelques feuillages font contraste avec les fourrures des animaux, et les noirs ou bruns Terre d’Ombre soulignent toujours des petits accents pittoresques ou drôles. La gageure de ce très grand album, qui ne mesure pas moins de 34cm x 50 cm (!) est d’avoir su singulariser chaque famille de Mammifères par des couleurs spécifiques créant une harmonie générale ; ou par des motifs dominants, comme par exemple chez les Primates, ceux-ci arborant dans la nature des robes aux teintes très variables.

Le rythme de la double page consacrée aux Primates et donnée aux feuilles des arbres, comme pour souligner que ces animaux sont avant tout des grimpeurs, pour ne pas dire des cascadeurs. Dans la plupart des familles on découvre des animaux peu connus, voire pas du tout. Ainsi le Dhole chez les Canidés, le Dingo, la Gerboise à longues oreilles chez les Rongeurs, le Boto tout rose chez les Mammifères marin. Cet album au dessin précis saura captiver les très petits et les plus grands. Il ne manquera pas d’être un compagnon de plaisir pour le regard et le toucher. Tout en étant un excellent outil d’apprentissage. Chez Sarbacane on apprend décidément à lire avec délectation, juste en regardant et en partageant. (P.V.)

 

Alex Cousseau / Eva Offredo  – Murdo  Le livre des rêves impossibles (Seuil Jeunesse)

Murdo est un yeti. Le genre dont on dit qu’il n’existe pas. Mais si, il existe. Alors puisqu’il est enfermé dan les pages, il rêve, dans ce beau livre d’Alex Cousseau, illustré par Eva Offredo.

Il rêve, au long de brefs textes, à tout ce qu’il voudrait, imaginerait, sans limite.

« 8. J’ai toujours rêvé de voyager en arbre. Lentement.
En prenant tout mon temps.
Assis sur une branche, à regarder l’horizon.
L’arbre et moi, on n’irait jamais très loin.
Maximum un ou deux centimètres par jour,
en direction du soleil.
Mais ce serait un ou deux centimètres inoubliables.
De jolis souvenirs à raconter aux amis. »

Transporter une rivière et donc traverser un désert les pieds dans l’eau, se débarrasser de son passé, être un cowboy-indien, ouvrir un musée des soupirs, devenir confetti ou vivre dans un monde qui s’écoulerait à l’envers, ou dans un film en ralenti, ou en accéléré, ou écrire un livre qui finirait par du silence et de la neige : jouer avec les mots, leurs sens, leurs allitérations, leurs voyelles, leurs glissements (une confiture d’orage), leurs oublis.

Chacune de ces 52 étapes tracent des poèmes minuscules, des micro-fictions qu’il est si bon de lire à voix haute, comme autant de potentiels à la rêverie, à l’humour, à la profondeur aussi, quand il parle avec douceur des souvenirs parfois douloureux, de la solitude, du silence.

C’est un livre qui, s’il est nécessairement imparfait (certains rêves nous touchant forcément moins), donne envie de feuilleter au hasard, pour se laisser emporter par la simplicité de son trait, la poésie de ses mots et la profondeur de sa proposition. Un livre doudou, grimoire des possibles : Murdo rêve de tricoter un pull de mots. Page à page, il nous emporte dans les mailles de l’étoffe dont on fait les songes. (J.N.S)

 

Seng Soun Ratanavanh – Gaspard dans la nuit (La Martinière Jeunesse)

Gaspard est un petit garçon qui ne trouve pas la sommeil. Il est tout réveillé, mais il n’est cependant pas éveillé au monde ni aux humains qui le peuplent. C’est à dire qu’il est solitaire, et triste et angoissé de l’être. Pour le sortir de sa morosité et de son isolement, une souris s’annonce éclaireuse. Elle fait savoir à Gaspard que regarder avec les yeux ne suffit pas. On entend tout à coup (par devers soi) le Petit Prince dire “On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.” L’album a une volonté initiatique. Gaspard  se pense seul au monde, et donc il l’est. Tout de suite, on pense à “Gaspard de la nuit”, de Aloysius Bertrand, on se dit qu’il y a peut-être un lien entre la poésie en prose du Dijonnais et l’album de Seng Soun Ratanavanh. On cherche, et on s’aperçoit en souriant qu’on vient de gagner en créativité. Peut-être pour compenser la frustration de ce qu’on n’a pas trouvé. Le moteur est mis en route, il vrombit tout à coup : ce lien avec Gaspard de la nuit, on peut soi-même l’inventer et le nourrir de ce qui nous conviendra. C’est aussi ce que raconte cet album. Notre histoire personnelle devient exactement ce que nous en faisons. Si nous décidons que l’amitié se construit par l’esprit, le cœur et la créativité, par la simple générosité de faire exister l’autre, tout devient possible. C’est alors que le soleil est capable de transpercer les nuages les plus sombres. Avec son dessin au crayon de couleur, doux mais contrasté, léger mais très structuré, précis, précautionneux (et sage), l’auteur nous dit beaucoup sur elle. On ne saurait douter qu’elle illustre ici, de tout son cœur, un message personnel. Un cœur d’initiatrice qui souhaite faire partager son expérience. (P.V.)

 

Makii – Zig zag les véhicules  (Casterman)

Parfois les chroniques les plus courtes sont les meilleures. Imaginez : un livre de scènes, qui vont de la ville à la campagne, avec tous leurs véhicules. Certes.

Maintenant, imaginez le déplier sur près de 2 mètres de long !

Et voilà.

Alors bien sûr, des Leporello, on en a déjà vu. Mais par son gigantisme qui invite l’enfant à s’y plonger presque physiquement (et pourquoi pas à abolir la frontière du livre en jouant directement dessus), par l’amusement que provoque chaque scène à travers le graphisme simple et rieur des Makii (une girafe avec un walkman, un hibou qui fait du skate, une taupe sur la tête de qui, par hommage, on ne cesse de faire caca, un singe en karting, un cochon bâtisseur comme dans les contes, etc.), par la saturation de détails se logeant dans chaque panneau, l’ensemble se comporte comme un réservoir de fascination et de micro-fictions à inventer avec l’enfant.

Rajoutez un verso qui, en sus des références des véhicules, rassemble un mélange d’informations et de records (pour les plus grands), de jeux de recherche (rechercher les 25 poussins) ou d’invitations à l’invention (Le chien n’arrive pas à rentrer, pourquoi ? si tu pouvais vivre dans une maison rêvée, laquelle serait-ce ?), et vous avez là un objet à mi-chemin entre le jeu et le livre, parfait cadeau à l’époque des fêtes. (J.N.S)

 

Janos Lackfi / Tamas Ijjas, Mattea Gianotti (illu.) – Les histoires les plus courtes du monde (Helvetiq)

C’est un bien bel écrin, et un bien drôle d’objet hybride, que nous propose l’élégant éditeur Helvetiq (que vous connaissez sans doute au moins pour leurs petites boites de jeux, comme Bandido, etc.) en cette fin d’année. Sous la houlette des hongrois Janos Lackfi et Tamas Ijjas, et avec des dessins de Mattea Gianotti, on découvre en ouvrant la boite une série de 52 grandes cartes aux belles illustrations sur fond bleu.

« Tiens, un Dixit » s’exclamerait le connaisseur. Car le lien avec ce jeu de pur imaginaire (grand classique superbe) n’est pas si anodin : dans le livret qui accompagne l’objet, on découvre différents modes de jeux, tous à même de stimuler le récit, l’imaginaire ou la communication.

Le mode 1 consiste à bâtir seul ou à plusieurs une histoire. Le principe en est simple : on met une carte au centre de la table, et toute carte posée à gauche doit s’être déroulée AVANT l’action décrite par la carte centrale, celles à droite APRÈS. Et celles en dessous ? Tout simplement en simultanée !

Le mode 2, lui perfectionne et modifie le jeu, en le transformant en memory géant : 20 cartes posées face image. Le narrateur, un des enfants ou parents, choisit une carte au hasard du tas restants et la retourne. Au dos, un texte – qui

démarre toujours par l’amusant « l’histoire la plus courte du monde c’est… ». Il va falloir alors modifier un seul élément du texte, pour le faire correspondre à l’une des cartes du plateau. Ex : Le petit chaperon rouge apportant « un cochon volant » (oui, une des cartes est ainsi, ne me méprenez pas). Le premier enfant qui le trouve a marqué le point !

Si le 3e mode ajoute l’aspect théâtral, on voit bien surtout comment chacun d’entre eux vient toucher et faire travailler l’un des éléments prépondérants à la fois du rapport à la fiction que de sa construction : dans le mode 1, c’est le lieu de tous les possibles, et on bâtit ensemble des contes sans cesse renouvelés, avec comme unique point nodal l’inspiration du moment, stimulant la créativité de chaque enfant.

Dans le second, c’est au contraire le lecteur qui est appelé : en plaçant les enfants en vigilance, et en transformant le moment de lecture en ludique, il force leur attention, aussi bien au sonore (le conte qui se déroule) qu’au visuel, en les amenant à analyser à toute vitesse chacune des cartes, tandis que dans le troisième, enfin, c’est l’esprit de groupe et l’improvisation qui sont à l’honneur, avec le plaisir pour le spectateur de découvrir en fin de pièce quelles étaient les cartes utilisées.

Difficile pour nous de pousser plus loin les lauriers d’un livre/jeu où tout est à inventer. Mais parce qu’il stimule les fonctions les plus essentielles du lecteur (l’attention, la créativité, l’imaginaire qui complète et ouvre les histoires possibles) et qu’il parvient à les amener dans un écrin tout aussi élégant qu’amusant (on ne dira jamais assez comme le plaisir est et doit être la notion centrale de tout apprentissage de la lecture), on ne peut que soutenir, approuver et applaudir une telle création qui se joue autant du visuel que du cadavre exquis, de l’Oulipo que du simple plaisir de dire « et si ».

Comme le dit si joliment l’une des cartes de cette fantastique proposition : « Mais non, la plus courte histoire du monde est en réalité la plus longue histoire du monde, sauf qu’elle n’est pas encore terminée. »
Votre imagination est la seule limite. A vous de jouer, à vous de rêver ! (J.N.S)

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