Premier long-métrage de Loup Bureau, Tranchées (sélectionné à la Mostra de Venise) s’impose autant grâce à ses qualités de documentaire que par le brillant exercice de style qu’il constitue. 

Sur la ligne de front de Donbass, le 30ème bataillon de l’armée ukrainienne affronte des séparatistes soutenus par la Russie. Entre camouflage et nécessité de rester sur le qui-vive, les soldats de ce bataillon se battent tout en essayant coûte que coûte de continuer à vivre… 

Filmé en 4/3 noir et blanc, Tranchées immerge le spectateur dans un univers saisissant où la caméra suit les soldats parcourant les tranchées, puis se pose afin de les observer et recueillir leurs confidences. Bien que son parti-pris esthétique tende à créer un fort effet de dramatisation – et ainsi le sentiment d’une certaine distance vis-à-vis des protagonistes – le film s’avère surprenant, installant une complicité avec ces très jeunes soldats d’une vingtaine d’années, profondément touchants par leurs propos mais aussi et surtout par la légèreté avec laquelle ils semblent considérer leur situation. Il est ainsi surprenant de découvrir des jeunes gens souriants et pleins d’humour, au point de faire oublier parfois qu’ils sont sur le front, en guerre et risquent leur vie.

La mise en lumière de cette inconscience (soulignée plusieurs fois de façon plus-ou-moins explicite par les supérieurs de ces soldats) constitue indubitablement la plus grande réussite du film tant elle permet de résumer l’un des aspects les plus essentiels de la nature humaine, à savoir la faculté psychologique de se protéger du pire en l’ignorant.  

Cette attitude – traduite notamment par des gamineries ou par la négligence des protagonistes vis-à-vis de leur équipement de survie- et cette fausse indifférence – certaines confidences trahissant un désenchantement plus grand qu’il n’y paraît –  dans le cadre d’un conflit qu’aucun pays ne se permet d’arrêter tant cela irait à l’encontre des intérêts économiques de l’OTAN… s’incarne jusque dans les derniers instants de Tranchées où, après un bombardement, Loup Bureau fait dialoguer par le montage le retour d’un soldat à la vie civile avec des images du front… laissant planer le doute quant à la possibilité de se préserver du traumatisme, et suggérant déjà les cicatrices que laissera immanquablement cette expérience.

Intime et formaliste, Tranchées est une œuvre profondément maîtrisée sur des individus n’ayant d’autre choix, pour échapper au vertige, que de fermer les yeux sur la gravité de leur condition…

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A propos de Alexandre LEBRAC

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