Supernova sort sur les écrans français le 8 septembre.

Dans son deuxième long métrage, l’Anglais Harry Macqueen aborde deux sujets délicats. Celui de la maladie d’Alzheimer – plus précisément de la démence qui lui est parfois liée, qui est appelée Atrophie Corticale Postérieure, ou Syndrome de Benson – et celui de l’euthanasie.
L’un des deux protagonistes est un romancier nommé Tusker. Il est atteint d’ACP. Il sent son mal l’envahir, lentement mais sûrement, et le transformer. L’autre est Sam, l’homme qui partage sa vie depuis une vingtaine d’années, qui observe, de très près bien que de l’extérieur, la dégénérescence de Tusker, et qui voudrait l’accompagner jusque dans ses derniers instants.
Le film est le récit du road trip que Tusker et Sam entreprennent dans les magnifiques paysages qu’offre le Lake District – au nord-est de l’Angleterre… pour décompresser, pour revivre des moments d’un passé bienheureux, pour envisager l’avenir ; pour rencontrer des proches.

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Harry Macqueen raconte avoir eu l’idée de Supernova en voyant, de près ou de loin, des personnes de son entourage entrer dans la démence (in Dossier de presse). En regardant également un documentaire consacré à « un homme de soixante-cinq ans qui se rendait à la clinique Dignitas, en Suisse, en compagnie de sa femme de quarante ans, pour mettre légalement fin à ses jours ». Le réalisateur ne dit pas ici de quel film il s’agit, mais il se pourrait que ce fût Terry Pratchett : Choosing to Die, produit et dirigé par Charlie Russell, et qui fut diffusé à la BBC en juin 2011. Ce document provoqua de nombreuses et vives réactions en Grande-Bretagne.
Puis, le réalisateur s’est lancé dans la « recherche » : « Pendant trois ans, j’ai travaillé étroitement avec les principaux spécialistes britanniques de la démence à l’University College de Londres et avec le Wellcome Trust ; je me suis également impliqué auprès de nombreuses personnes atteintes par cette maladie, ainsi qu’auprès de leur famille. J’ai passé du temps avec des gens qui sont morts depuis, à la fois de démence et de suicide – en secret ou publiquement – et j’en ai vu les retombées, de manière directe ».

L’approche, par Harry Macqueen, de la maladie, de ses personnages, et de la façon dont chacun de ceux-ci réagit à celle-là est d’une grande pudeur, d’une grande sobriété. De façon subtile, il montre les espoirs, les doutes et désillusions de Sam et de Tusker. Comment chacun d’eux peut se retrouver à un moment ou un autre dans une situation où il prend les rênes du couple avec le sens des réalités – quand le partenaire refuse de voir les choses telles qu’elles sont et seront, nourrit des rêves impossibles.

Le plus intéressant étant bien sûr cette étape où Tusker, qui a compris qu’il ne sera plus le même quand la maladie l’aura submergé, convainc Sam que vouloir chercher à l’assister jusqu’au bout sera source de souffrance et d’injustice pour chacun d’eux. Ce moment où Sam semble prendre conscience que son attitude a paradoxalement quelque chose d’égoïste – on entend à un moment, diffusé à travers l’autoradio du van, le morceau Heroes de David Bowie (1977), qu’il faut donc probablement prendre à plusieurs degrés. Sam, qui a découvert les plans de son compagnon pour quitter ce monde en pleine possession de ses moyens, pour écrire lui-même le dernier chapitre de sa vie, finit par accepter son choix.

Supernova est le récit de la profonde Philia qui unit les deux hommes, au-delà des divergences du quotidien et des sautes d’humeur. Ce que Tobie Nathan appelait « l’amour raisonnable », en la distinguant de l’Éros – la passion.

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Le film repose entièrement sur les deux acteurs : l’Anglais multi-primé Colin Firth qui verse ses larmes avec discrétion, et l’Américain Stanley Tucci qui esquisse constamment des sourires spirituels et taquins – Tusker est présenté, dans le récit, comme originaire des États-Unis. La trame narrative est très simple. Trop jugeront certains, car il y a peu de rebondissements et de seconds rôles. La démarche de Harry Macqueen est bien différente de celle de Florian Zeller dans The Father (2020). Pas de représentation objective de ce qui relève des troubles intra-psychiques du protagoniste. Pas de jeu avec le spectateur dont le point de vue serait, en quelque sorte, rapproché de celui du malade.

La figure du ciel constellé d’étoiles apporte le minimum de profondeur dont le film a grandement besoin. Une immensité qu’observe avec science et passion Tusker et dont il parle à son compagnon ainsi qu’à la jeune Charlotte, la nièce de Sam. Tusker donne à celle-ci une belle leçon de vie, évoquant avec elle nos origines stellaires. On pense alors aux mots de Carl Sagan : « The cosmos is within us. We are made of star-stuff. We are a way for the universe to know itself ».

Une manière, pour le cinéaste, de célébrer la grandeur et la force de ses personnages autant que leur humble humanité et leurs faiblesses, d’évoquer le lien qui les unit au-delà de leur finitude, de chanter l’harmonie nécessaire entre l’homme et de la nature.

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