Willard Huyck – « Howard The Duck, une nouvelle race de héros » (1986, Blu-ray)

Mythique : pour les heureux gamins de toute une génération qui auront eu le bonheur d’avoir cette « aberration joyeuse » un jour entre les mains via sa VHS CIC. Mythique : pour son flop historique au box-office, source de quolibets pendant une décennie entière aux Etats-Unis, jusqu’à entrer dans le langage populaire plus que dans les mémoires des cinéphages des années 80… Tel est Howard the Duck qui revient tenter sa chance devant le public français en blu-ray ce 29 avril.

Revoir cette production George Lucas n’est pas qu’un grand moment de nostalgie (ou de curiosité perverse). Très curieusement, Howard the Duck conserve une fraicheur qui tient particulièrement bien la route en comparaison de nombre de ses contemporains en matière de divertissement à grande échelle. Surtout, le premier long-métrage à être adapté d’un comic Marvel possède un état d’esprit insouciant (dramatiquement sur le plan financier !) qui peut être remis en perspective avec une production populaire massive devenue de plus en plus programmatique, s’épuisant tout particulièrement aujourd’hui (même si Howard a refait le temps d’un battement de paupière sa réapparition… dans les Gardiens de la Galaxie).

Affiche britannique

Affiche britannique

Il faut quand même évoquer le background plutôt épique de cette bande-dessinée créée en 1973 : très populaire un temps aux États-Unis, titulaire de sa propre publication, mais beaucoup moins connue à l’exportation (la BD était inédite en France), cette création iconoclaste signée Steve Gerber a affronté tour à tour le regard sourcilleux d’un Walt Disney (méfiant vis à vis de toutes parodies potentielles de ses propres palmipèdes), et surtout un conflit juridique interne entre l’auteur et l’éditeur qui a fait date. Howard le Canard est par ailleurs un protagoniste en marge, un visiteur souvent malmené, qui montre que la figure du super-héros au milieu des années 80 ne s’imposait pas naturellement avec la fascination d’aujourd’hui auprès des producteurs.

Après le succès du premier Superman, à la fois en avant-garde de la vogue actuelle et teinté d’un grand classicisme hollywoodien, les deux suites ont finalement imposé la vision décalée d’un Richard Lester qui tua presque dans l’œuf sa franchise. Tandis que la Cannon s’enlise avec Spiderman et Captain America, Howard the Duck n’est pas à l’apogée de sa popularité dans le milieu des années 1980, et l’on se demande bien comment George Lucas s’est retrouvé à positionner ses deux scénaristes d’American Graffiti sur ce film. A la recherche sans doute d’une branche « production » qui soit aussi lucrative que celle de son ami Steven Spielberg, le cinéaste qui a alors besoin d’argent lorgne vers des succès comme Gremlins ou Retour vers le Futur et une potentielle nouvelle franchise.

Beverly (Lea Thompson) et Howard (Ed Gale / Chip Zien), a new kind of romance - Lobby Card

Beverly (Lea Thompson) + Howard (Ed Gale / Chip Zien), a new kind of romance – Lobby Card

Howard the Duck pose pourtant un peu plus problème : si les films précédents se pose du côté de l’imagerie adolescente confrontée au monde adulte, le film de Willard Huyck fait directement dans le salace et le piquant. La dimension explicitement sexuelle de l’ensemble notamment n’aide pas à positionner auprès d’un public marketé un film qui déborde d’un autre côté de monstres, de mondes parallèles, savants-fous et effets spéciaux à gogos. Lesquels reprennent étrangement dans ce délire la saveur première de tout un univers B regonflé par le recyclage des grosses productions, jusque dans les derniers effets spéciaux rétros de Phil Tippett… Il faut d’ailleurs aller chercher du côté de Lifeforce de Tobe Hopper pour retrouver un tel revival euphorique. Paradoxalement, le film conserve aussi une candeur certaine et une intention de jouer outrancièrement sur tous les canons industriels de l’époque, tout en s’engouffrant parallèlement dans un environnement urbain qui reste curieusement anxiogène. Howard sème aussi des touches politquement acerbes, sur le nucléaire notamment, qui sont toujours très bonnes à prendre.

On le voit, nous sommes dans une multiplicité des tons qui, si elle peine à vraiment créer un univers propre, tranche avec la pantalonnade façon National Lampoon ou Police Academy, voir la potacherie bon enfant et lisse façon Ghostbuster. Poétique avec des pointes de finesses certaines, s’amusant même à recréer parfois des ambiances à la Bava dans sa direction artistique (l’excellente séquence du salon de massage), Howard se confronte en même temps à une ambition gargantuesque visant à vouloir jouer le jeu des grands divertissements à succès des deux années passés. Celà donne à l’arrivée ce produit attachant, pas un grand film culte sans doute (car manquant trop de personnalité), mais un bel OVNI de l’industrie d’alors, protéiforme mais bien loin d’être ce navet indigeste longtemps décrié. Howard the Duck nous propose surtout une sorte de blockbuster enjoué assez rare finalement, qui tente assez benoîtement de jouer sur tous les registres à la mode (John Hugues et le rock FM sont aussi concernés), tout en se souciant très peu de garder le pied au plancher. Un programme en forme de « shaker » qu’un Qui veut la peau de Roger Rabbit (que l’intervenant Xavier Fournier a raison d’évoquer en bonus) réussira sans doute avec plus d’équilibre deux ans plus tard, avec une dose de rétro en plus, une certaine grâce… mais moins de folie

Dr Jenning and Mr Dark Overlord (Jeffrey Jones)

Dr Jenning and Mr Dark Overlord (Jeffrey Jones) – Lobby Card

Plus qu’à un Jack Burton dans les griffes du Mandarin dont l’univers est entièrement réapproprié par son metteur en scène, ou un Indiana Jones et le temple maudit ( parfois déviant et scénarisé par le même Willard Huyck), tenu fermement en main par la vision de ses deux réalisateurs-producteurs, on se risquera plutôt à associer cette production Lucas à une autre œuvre décalée et oubliée des années 80 : Electric Dreams. Ces deux films font dans l’hyper-saturation de l’esthétique de leur époque, tout en s’engouffrant en filigrane dans un modèle de comédies amoureuses qui, d’apparences naïves, remettent en cause mine de rien les modèles normatifs. Ironiquement, le réalisateur Steve Barron passera à côté quatre ans plus tard de tout le plaisir procuré par Howard the Duck avec son adaptation complètement plate des Tortue Ninjas. Et le succès des tortues en latex, tout autre, prouve que Howard doit son échec en salle à bien d’autres facteurs que son manque de solutions « techniques » dans la représentation de son héros…


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Belle copie HD proposée par Elephant Film pour cette édition française en blu-ray, laquelle met forcément tout de même en évidence quelques moments moins inspirés au niveau de la photographie, et certains effets visuels assez datés.

Le meilleur bonus est sans doute la petite présentation de Xavier Fournier, rédacteur en chef de Comic Box, qui replace la BD et le film dans leurs contextes. Si Steve Gerber a renié le film, une mise en perspective plus poussée avec le comic-book aurait sans doute bien des potentialités.

Les featurettes promotionnelles de l’époque, avec leur étrange ironie et confiance dans le potentiel succès du film sont également enrichissantes historiquement, plus que le making-of américain récent plus convenu dans les témoignages, même s’il distille quelques petites anecdotes intéressantes (les enfants qui ont d’abord joué Howard avant qu’Ed Gale, initialement cascadeur, n’enfile le costume). Les pauvres Willard Huyck et Gloria Katz n’ont quand même pas eu une suite de carrière réjouissante après ce giga-flop, et Lea Thompson est assez émouvante à narrer son énorme montagne-russe de l’année 1985-1986, entre le hit de Retour vers le Futur et la gamelle proportionnée d’Howard the Duck.

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A propos de Guillaume BRYON-CARAËS

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