Beau programme ce mois-ci du côté des éditions Shellac, tout d’abord avec la sortie du magnifique Malmkrog de Cristiu Puiu, qui métamorphose le dialogue philosophique en vertige de la mise en scène. Un tourbillon de dialogues de 200 mn qui pourrait être ô combien ennuyeux, mais qui grâce à l’inventivité du cinéaste, se révèle fascinant, aspirant et inspirant, de bout en bout.

Le fait qu’un coffret soit consacré à Angela Schanelec cinéaste allemand cinéaste majeure bien trop confidentielle, est en soi un événement. Imaginez ces moments de vie instantanés qui nous échappent, sensations furtives enfuies avant qu’on puisse les saisir… Il semblerait que la cinéaste parviennent à les saisir, à s’en emparer et à les graver sur ses images. Le cinéma d’Angela Schanelec est la fois sensoriel, suspendu, universel, un cinéma du réel au delà du réel. Le coffret propose 4 de ses longs métrages : Le Bonheur de ma sœur (1995), Des places dans les villes (1998), Marseille (2003) et Après-midi (2007).

Quoi de plus essentiel que le rire en cette période particulièrement pénible ? Voici donc une sélection de 3 comédies particulièrement marquantes de cette dernière décennie. En attendant (avec impatience) le prochain long métrage d’Antonin Peretjatko, voici donc La fille du 14 juillet le film qui le révéla le cinéaste portée par un trio déchainé (Vimala Pons, Grégoire Tachnakia, et Vincent Macaigne) qui dresse un portrait contemporain et politique d’une époque pour mieux le faire glisser dans le délire. On poursuit dans l’anticonformisme avec le désopilant Apnée de Jean-Christophe Meurisse, comédie du mariage… à trois ! Là encore, l’air de rien y toucher, par le rire, par l’absurde et l’impro, Apnée dézingue les préjugés, les incitations à la haine et dégage un parfum libertaire au milieu d’une époque un peu nauséabonde, comme une version corse et légère des Idiots de Lars Von Trier. Et si la marque de fabrique de la comédie française la plus réussie était d’être résolument politique. C’est ce que tend à prouver le 3e film choisi, Gaz de France, premier long métrage de Benoit Forgeard dans lequel Philippe Katerine se délecte à incarner le président Bird, « total barge, mais grande idée »? La politique est ridicule, la politique déraille, le réel fuit vers quelque chose qu’on ne maitrise plus. Tant mieux.

Enfin, place au cinéma d’un des plus audacieux cinéastes français, le plus expérimental, j’ai nommé Philippe Grandrieux avec la quasi totalité de ses œuvres de fiction à commencer par le génial et radical Sombre, peut-être l’un des films français à avoir le mieux capté la peur dans son essence la plus indicible et la plus primitive. S’il poursuivra avec puissance cette quête de sens et des sens, dans « La Vie Nouvelle » (2002), « Un Lac« (2009) et Malgré la nuit (2016), curieusement, il ne sera jamais allé aussi loin, aussi génialement unique qu’avec Sombre.

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