Jonathan Velasquez et Larry Clark ont coréalisé un court métrage, A Day in a Life, qui était présenté au Fid à Marseille cette année. Un portrait très clarkien de la jeunesse française, parfaitement réussi. L’occasion de les rencontrer et de leur poser deux-trois questions.

Jonathan Velasquez Roman Birenzweigue et Larry Clark

 

Jon, Larry, où vous êtes-vous rencontrés ?

Jonathan Velasquez : A Los Angeles, avec l’un de mes amis, je skate depuis que je suis gamin et avec mes potes, on se prenait souvent le bus pour aller skater du côté de Venice Beach, Santa Monica, etc. après l’école nous filions au skate park et un jour on me parle d’un mec qui vient faire des photos de mes potes en train de skater. Moi, contrairement à certains potes, j’y allais pas tous les jours à cause du bahut mais une fois, je croise ce fameux type — c’était Larry. Il était avec une de ces blondes du genre magazine, et il me demande si je veux poser. Je dis yes.

Larry Clark : Il avait 14-15 ans, je crois. Après ce shoot pour le magazine, j’ai traîné avec eux un an, ils se sont mis à me raconter des trucs. Et toutes ces histoires ont fini par donner un film. Wassup Rockers. Puis il a composé pour trois de mes films. Joué dans deux.

 

John, vous avez participé à Paranoïd Park, de Gus Van Sant.

John : Ouais, sur la B.O. C’était des potes du milieu du skate, qu’avaient d’autres potes, et eux-mêmes d’autres potes qui traînaient avec des gens du cinéma indépendant. Bref, c’est eux qui m’ont branché là-dessus.

 

Comment est né ce film à quatre mains, A Day in a Life ?

John : Depuis que je connais Larry, il a tourné, je crois, trois films, et il parle jamais que de ça, faire des films. Moi, je regarde pas mal de films qui parlent de trucs, tu vois. J’ai fini par me dire, pourquoi pas. Pourquoi je raconterai pas mes propres trucs. Puis je suis parti quelque temps à Paris, je vivais dans une grande maison, avec un groupe de potes musiciens, une grande maison où on faisait des fêtes tout le temps, tout le monde fumait beaucoup, mais vraiment beaucoup, il fallait nettoyer le lendemain des tas de mégots, des clopes, des joints, etc. A la fin d’une fête à LA, tu as juste des montagnes de cadavres de bières. Deux trois mégots de clope dans le cendrier, quelques bouts de joints. Ça fume beaucoup plus en France qu’à L.A. Y avait des mégots partout dans la maison, sur le piano, dans la cuisine, la salle de bain, partout, partout, c’était dingue. J’ai raconté tout ça à Larry, cette atmosphère…

Larry : On a parlé de ça tous les deux et on a décidé de suivre ces gamins, certains de dix, onze ou douze ans qui faisaient la fête et fumaient sans arrêt. Tous ces gamins qui fument en France, c’est vachement étonnant pour un Américain. C’est de là que le film est parti, c’est de ça qu’il parle : des gamins qui fument.

 

Ça s’est passé comment, sur le tournage ? Comment vous êtes-vous répartis les rôles ? Avec le chef-op, tout ça ?

John : Bah, en fait, Larry m’a offert ma première caméra. J’avais 15-16 ans… Sur le film avec le chef op, le caméraman, je leur expliquais ce que je voulais, parfois ils disaient attends, ça sera mieux si tu fais comme ça, ça s’est vachement bien passé.

Larry : Il y a vraiment très peu de plans larges dans mes films. Surtout des plans moyens ou des gros plans. Un plan moyen, c’est déjà un plan large, pour moi.

 

Pourquoi ce parti-pris ?

Larry : Les plans larges, je trouve ça ennuyeux, généralement.

 

Qui a fait le montage ?

John : Ah, il a fait un travail super, c’est quoi, son nom, déjà ?

Roman Birenzweigue (le producteur) : Loann.

John : Loann ! Il a fait du super taf.

 

Le format de l’image, c’est du 4/3 ?

John : Oui, on a tourné avec des focales de 50mm, des lentilles macro. C’est un peu… Je crois que j’ai déjà raconté ça mille fois… C’est, tu vois, tu vois, si tu es avec une fille, et qu’elle te plaît, tu ne la regardes pas dans son ensemble, tu t’attaches aux détails, la manière dont elle bouge les mains, tous ces détails minuscules. On voulait être au plus près.

Larry : Yeah.

 

Larry, vous avez travaillé avec de gros studios.

Larry : Oui, j’ai travaillé avec des gros studios, mais j’ai toujours eu le final cut. C’est essentiel pour moi, j’ai refusé tous les projets où je ne l’avais pas.

 

J’ai lu quelque part que vous vouliez être écrivain, à une époque ? 

Larry : En fait, j’ai toujours voulu être cinéaste. J’ai réalisé mon premier film à 49 ans. Donc, ça m’a pris du temps de, hum, appuyer sur la gâchette.

 

Quels seraient vos écrivains préférés ?

John : Bob Dylan et Arthur Rimbaud, il est super. Et puis, avec Verlaine, c’est trop cool.

Larry : Pour moi, pareil. Et John Cassavetes et son Shadows, quand je l’ai vu… Je me suis, waouh, il voit les choses de la même manière que moi.

Shadows Copyritght International

 

Et puis les conditions de ses tournages, avec ses amis, la manière dont il assurait son indépendance…

John : Ouais… Cassavetes est incroyable. J’aime la manière dont il filme les choses, et j’adore aussi celles des frères Coen, leur manière de raconter des histoires. Un écran noir, et muet, chez eux, on comprend tout de suite ce qu’ils cherchent à dire.

 

Quel était le budget de A Day in a Life ?

John : 5000 €

 

Et, malgré votre budget de 5000 euros, il y a Vincent Macaigne, qui joue le rôle d’un père un peu dépassé dans votre film ?

John : Il est génial, super sympa, il a beaucoup improvisé… Et il était très professionnel. C’est un acteur sensationnel,

 

Larry, la question de la jeunesse est récurrente dans votre cinéma. Serait-ce une fascination de votre part ?

Larry : Oui, c’est sûr. Il y a des jeunes dans la plupart de mes films. Je suis fasciné par ce moment de nos vies.

 

 

Larry, avez-vous un regret, un projet de film que vous n’avez pas mené à bien ?

Larry : Oui, un ou deux, mais j’ai quand même tourné 11 films, comme je les voulais. En fait, je n’ai aucun regret, si ce n’est pour ceux que je n’ai pas encore faits.

 

Un truc à ajouter ?

John : Quand on a fait le film, on n’avait pas mal de choses en tête… puis on est partis d’un truc universel. Les histoires sont les mêmes partout, à Paris comme à Los Angeles.

Larry : Sauf sur la question des clopes.

John : Oui, mais le reste, les fêtes, la coke, l’alcool. La seule différence, c’est à LA on fume plus des joints que des clopes.

 

La suite ?

Larry : On va tourner un long métrage l’été prochain dans l’été, à partir d’histoires d’amis. Roman va le produire aussi. Le script est terminé.

John : Des histoires d’amis, des histoires qu’on leur raconte, les histoires qui m’arrivent. Un peu un mélange de tout…

Larry : Pas mal de clubs.

John : Des clubs, des bars…

 

(Propos recueillis et traduits de l’Anglais par Pierre-Julien Marest)

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