"Si un jour je te quitte…" + "Villa", Cie à fleur de peau – Théâtre du Lierre

Variation dansée autour de la chanson « Ne me quitte pas », le spectacle Si un jour je te quitte je te garderai en moi à nu à vif à jamais ouvre la soirée. Beau mais a priori lourd fardeau que cette pièce maîtresse de la chanson française, ici entendue dans différentes interprétations chantées et instrumentales. Le chorégraphe Michael Bugdahn défie l’apesanteur déchirée que l’on pourrait attendre au tournant et souffle la trame de l’absence en laissant de côté l’épilogue. Un fondu de personnages féminins et masculins visite la question de la solitude : que faire de ces bras un peu trop lourds ? à qui appartient cette paire de chaussures qui traîne, trop grande ? qui portait en définitive ce gant de velours ? Tragi-comique et autodérision sonnent la note la plus haute et annoncent la couleur de cette danse, plus expressive que conceptuelle et plus hybride que contemporaine, pour une émotion sensée.
Le « la » est donné pour la suite, Villa, conçu par Denise Namura et Michael Bugdahn en hommage au compositeur Heitor Villa-Lobos disparu il y a cinquante ans. On plonge confortablement dans l’univers de l’artiste, voix off à l’appui : voyage, café et volutes dessinent la toile créatrice où tout s’anime. Illustration vivante, la danse fait corps avec les compositions en donnant à visualiser les familles d’instruments, phrases musicales et nuances. L’élan du thème récurrent fait place à de drôles et tendres interludes qui décortiquent l’inspiration du compositeur dans son cheminement : le jour, la nuit, le rêve et ses méandres, l’idée et sa prolongation dans la réalité. Petits mouvements prolongés jusqu’au bout des doigts et terminés par une caresse, mimiques décalées, gestes saccadés touchants d’humanité, générosité et humilité jusque dans le propos semblent faire la patte de cette compagnie qui séduit inconditionnellement par sa créativité fourmillante à l’échelle de tous publics.
Si un jour je te quitte je te garderai en moi à nu et à vif (30 min) suivi de Villa (50 min)
Conception et chorégraphies de Denise Namura et Michael Bugdahn 

A voir jusqu’au 29 novembre au Théâtre du Lierre (Paris 13e)

A propos de Sarah DESPOISSE

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