« Ego Fall », la chute de la maison Ego.

 Une union (comme le titre de l’album) de deux termes qui devraient être opposés, c’est un oxymore. C’est aussi par cette figure de style que va se présenter Charles Dickerson, a.k.a. Mono/Poly[1].  et nous ouvrir les portes de son Gradus[2] intérieur. L’E.P. Union, est sorti cette année, mais il continue de creuser la veine ouverte par le compositeur, même si à ce niveau de mélange sonore, on pourrait parler de créateur. Un créateur de créatures sonores, tant ses morceaux aux mélodies organiques font la musique d’un Los Angeles où vivent déjà des Blades Runner. Ce n’est pas pour rien que son album, Golden Skies, commence sous une pluie d’or fin, dans laquelle les bas-fonds se mélangent aux salons aristocratiques pour transcender tout cette matière vivante ou inerte pour ne devenir qu’une goutte sous cette pluie sonore.

Les paradigmes ont changés, les paradis aussi.

La musique de Mono/Poly est un voyage intense. Enfant de la West-Coast californienne, Charles Dickerson[3] a grandi à Bakersfield et commence à produire sa music à la moitié des années ’90. Son père est alors maçon et sa mère, conductrice de bus scolaire. Une famille extrêmement modeste. Cela ne l’empêche pas de découvrir, avec sa sœur, la musique grâce à son père, joueur amateur de guitare et grand consommateur de musiques. Il est assez fascinant d’écouter sa musique quand on sait qu’il est né un 5 février 1987 et que depuis son parcours en fait un des musiciens les plus respectés et observés. Un artiste cité et apprécié autant par Radiohead qu’Erykah Badu. On peut alors se risquer à penser que sa musique est ce qu’il y a de plus neuf et avancé dans ce domaine.

Adoubé par Badu c’est Dubaï !

(À prononcer dix fois très vite avant de prendre la parole en public).

Toujours actif, créatif et réactif, il lui faut pourtant attendre 2009 pour qu’il sorte un premier EP, « The Beorge Machine »

Dès le début, Mono/Poly a tout pour faire dresser l’oreille, bouger la tête et se connecter aux sons électroniques comme un Pod de eXistenZ[4] à son joueur. Oui nous sommes embarqués, mais fini le temps où c’était Daniel (Bruno Ganz) dans les Ailes du Désir qui se faisait dire les termes de ce voyage.[5]

Les paradigmes ont changé, le vent qui souffle sur les paradis aussi.

Jamais une musique synthétique ne m’était apparue aussi organique. Le son qu’il produit révolutionne la scène de Los Angeles. Il commence à sortir des prod. Chez Warp[6] et se retrouve en featuring avec des artistes comme Flying Lotus (LE pape ou gourou (papou gourou ça lui va bien !) de la scène électro-indie de Californie), le bassiste Thundercat ou encore le producteur/compositeur Daedelus. En quelques mots, du très lourd à l’échelle cosmique, car à ce niveau-là, comme dirait James (Bond pas Brown), World is not enough[7].

C’est ce que répond Charles Dickerson quand on lui demande ce qu’est la musique pour lui. Sauf que là, le titre devient « word is not enough ». Les mots ne peuvent que mal parler, comme si vous jouiez une note et qu’on vous demande de la justifier philosophiquement. La réponse Mono/Poly est que penser pouvoir dire avec des mots ce qu’une longueur d’onde exprime, est un joli numéro de singes savants. La musique est pour lui un voyage intime avec soi-même. Une possibilité d’explorer des sensations personnelles à travers un support universel, la musique. De l’un au multiple, du mono au poly, vous pouvez commencer le voyage.

C’est le dieu solaire Ra qui ouvre le bal :

On comprend alors mieux pourquoi un tel nom : Mono/Poly.

Dans une interview du 23 juillet 2012, donné à Martyn Pepperell, Charles Dickerson va plus loin encore en expliquant les voyages astraux qu’il fait et comment sa musique y participe.

La musique comme un testament de naissance.

La musique est comme un trou de terrier pour passer de l’autre côté du miroir. Mono/Poly s’en est rendu compte très vite, et internet fît le reste. Des heures passées à écouter et écouter encore toutes sortes de musiques, puis à traquer celles qui électrisent le cerveau parce que soudain elles ont un son tout particulier. Le son de la musique que l’humanité a gravé dans la sueur, la nuit,  les rires et les larmes. Un son qui n’est pas à vendre. Une musique qui va au-delà des considérations matérielles, pour nous élever là où l’esprit rejoint le Cosmos, c’est là que Mono/Poly construit son arche.

Quand Charles Dickerson, a.k.a. Mono/Poly, fait de la musique, il considère son travail comme de l’art. Le mot peut sembler galvaudé. Pour se prouver le contraire, on prendra le temps de réunir les conditions pour écouter ce qu’il considère comme son travail le plus abouti : l’album Paramatma. Le titre sonne comme la réappropriation linguistique du terme sanskrit qui veut dire « grande âme », l’album est en effet tout entier construit comme un testament de naissance. Il reste à ce jour celui dont Mono/Poly est le plus fier.


L’E.P. est sans compromis pour l’auditeur. Il rejoint une forme de maîtrise dans laquelle l’élève (ici l’auditoire) se hisse au niveau du maître et non l’inverse. Ce qui veut dire que la musique de Mono/Poly ne s’écoute pas d’une oreille distraite, superposée à d’autres couches qui absorberaient les déjections de la pensée. Compositeur exigeant, Mono/Poly  demande une écoute attentive. Une écoute qui révèlera toute la subtilité harmonique et rythmique qui déroule un tapis rouge pour la basse de Stephen Bruner [8] :

Pluie d’or sonore électronique, la musique de Mono/Poly rejoint logiquement celle de cette scène de Los Angeles qui s’abreuve en des lieux comme le Low End Theory, du nom de l’album mythique de Tribe Called Quest[9]. C’est dans ce lieu que se fait la musique de demain, dont les artistes sont aujourd’hui les fers de lance du son urbain.

C’est naturellement que Mono/Poly le fréquente et en devient progressivement un acteur.

Dès lors, par une double capture, Mono/Poly est aussi bien influencé par la scène de Los Angeles, qu’il l’influence en retour. Son nom cristallise toutes les attentions. Conscient de l’évolution bien au-delà de la musique, Mono/Poly se sent partie prenante de ce mouvement, et entend bien y apporter sa touche. Une touche que l’on pourra bien vite retrouver dans un nouvel album en préparation.

En attendant on peut se replonger dans une œuvre prolixe pour la courte période dans laquelle elle s’étend !


 

Pour écouter Mono/Poly sur SoundCloud : https://soundcloud.com/theofficialmonopoly
Pour suivre son actualité sur Facebook : https://www.facebook.com/monopolytracks/


C’est la chanteuse Alyss, qui pose sa voix sur l’E.P. Union, qui peut nous apprendre un peu plus sur cette musique résolument tournée vers l’avenir. La chanteuse de Brighton (U.K.) a en effet réenregistré le mini album Union, dernière production en date de Mono/Poly.

Alyss est anglaise et a grandi dans une famille dont le père est musicien au London Royal Opera House. Dès lors elle plonge les racines de sa culture musicale dans de solides fondations classiques. Fondations qui connaissent les remises en questions métaphysiques. N’éludant rien par facilité, la jeune femme commence alors à composer. La jeune femme va réaliser trois EPs en moins de deux ans. Tous ces albums seront salués par la critique, de BBC Radio1, BBC 1xtra ou Beats1 (Julie Adenuga, Zane Low). Elle nous parle de son travail avec Mono/Poly :

Alyss : je m’appelle Alyss, j’ai 28 et j’habite à Brighton, en Angleterre. J’ai appris la musique classique au piano et au violon avec mon père, quand j’étais très jeune. Ado, je suis tombée  amoureuse de l’album d’Alicia Keys « Songs In A Minor ».

C’est un peu à partir de là que j’ai commencé à écrire et chanté ma propre musique.
J’ai rencontré Charles en écoutant sa musique sur Spotify en 2015 et nous sommes entrés en contact par skype et nous parlons et faisons de la musique depuis.

Vasken Koutoudjian : qu’est ce qui a marché entre vous d’après toi ?
Alyss : Nous nous sommes découvert une vision similaire de la vie et de nos intérêts dans le monde métaphysique … Nous sortons des sentiers battus de la même façon, alors faire de la musique ensemble est très facile et naturel.

Vk : Comment qualifierais -tu sa musique et la façon dont tu y prends part ?
A : Pour moi c’est comme si sa musique venait d’une autre planète ou d’un autre univers tout entier. Elle émet des vibrations que j’ai très peu entendues jusque-là. Elle porte une attention aux détails….il bouscule les frontières et va au-delà….ce que j’essaye de faire avec ma propre musique. Alors travailler avec lui tiraille ma créativité pour aller plus loin avec…

Vk : Est-ce différent de chanter pour lui, par rapport aux autres musiciens ?
A : Ecrire pour la musique de Mono/Poly diffère du reste de mon travail complètement. Il vous ouvre le chemin pour une liberté  créatrice complète. La voie est libre pour le chant autant que pour les paroles. C’est un contraste avec l’écriture sur une musique plus spécifique à un genre, car il y a certaines limites dans lesquelles la voix et les paroles doivent s’asseoir sans beaucoup de place pour l’expérimentation. C’est une écriture spéciale à sa musique, parce que je peux reprendre tout ce que j’ai appris de la structuration des chants pop et les tordre pour se fondre dans son approche unique sans perdre ce sens de la familiarité que les gens obtiennent des chants pop.

Vk : Quels sont tes projets avec Mono/Poly ?
A : Nous avons enregistré notre EP Union en Juillet. J’ai aussi fait l’art work de la pochette, sous mon nom d’artiste graphique India Moon[10]. Nous allons faire une tournée européenne en 2018, les dates vont tomber bientôt ! Je reviens à L.A.  ce mois-ci pour faire de la musique pour son nouvel album. On doit aussi caler de nouveaux visuels pour le live.

Vk :Quel est le sens de ce nom : Mono/Poly ?
A : Pour moi cela représente la liberté en expansion…le pouvoir du microsome et du macrocosme réunit en un seul ensemble….

 


Pour écouter la belle électrique :

Son dernier EP Alchemy (avec au chant : Pyramid)
https://soundcloud.com/alyssofficial/sets/alchemy

Son EP

https://soundcloud.com/alyssofficial/sets/motherland-ep-2

Instagram: https://www.instagram.com/alyssmusic
Twitter: https://www.twitter.com/alyssmusic
Instagram: https://www.facebook.com/alyssmusic

 


[1] Il faut immédiatement sortir de son esprit la référence inconscient au jeu pourri du même nom.

[2] https://fr.wiktionary.org/wiki/gradus

[3] On le dit une dernière fois pour celles/ceux qui sont du mal, a.k.a. Mono/Poly

[4] https://www.youtube.com/watch?v=Fia6Qm_jGZU

Et si « I pod » vient de là ?! Je vomis tout de suite…..

[5] https://www.youtube.com/watch?v=hc8JH5WRDvI

[6] https://fr.wikipedia.org/wiki/Warp_Records

[7] Une copine m’a mis au défi de mettre un morceau de Garbage dans ma chronique sur Mono/Poly….je m’en tirerais avec les notes de bas de page, NA !

[8] a.k.a. Thundercat un des musiciens (bassiste) les plus créatifs de la scène San Francisco/Los Angeles

[9] https://www.youtube.com/watch?v=L1Zqol7ARCk

Un album qui reste une référence !

[10] www.indiamoonart.com

 

A propos de Vasken Koutoudjian

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