Sigur Rós – Valtari

Loin des envolées pop-folk de leur précédent opus Með Suð í Eyrum Við Spilum Endalaust (2008) qui avait laissé quelques fans dubitatifs, le groupe islandais Sigur Rós revient aux sources avec Valtari.
Délaissant les percussions et l’optimisme naturaliste que Jonsi (Jón Þór Birgisson), le chanteur charismatique du groupe, avait emmenés dans son projet solo Go en 2010, Sigur Rós effectue un saut salvateur dans le temps en reprenant les pistes qui n’avaient été jusque-là qu’effleurées partiellement au début des années 2000. Ce retour aux fondamentaux s’était ressenti fin 2011 dans l’album live Inni qui, en prenant à contrepied la tonalité folk et entrainante de Með Suð í Eyrum Við Spilum Endalaust auparavant sorti pour lui préférer l’atmosphérique des anciens titres, annonçait déjà cette volonté du groupe de se retrouver autour d’une musique posée et contemplative telle qu’inaugurée par les albums Ágætis Byrjun et ( ).

Ainsi donc Valtari, sixième album studio du groupe, réutilise le matériau vieux de presque dix ans et déjà présent sur l’EP de Untitled #1 / Vaka (les titres Smáskífa A & B notamment, avec leurs voix fantomatiques que l’on retrouve sur le titre Ekki Múkk) pour s’inscire dans le présent et ainsi prolonger en 2012 l’histoire d’un groupe devenu culte pour bon nombre.

Plus concrètement, Valtari tire ses origines d’un projet commun avec la chorale féminine 16 Choir avec laquelle Sigur Rós avait collaboré en 2003 puis en 2007. Avait alors été évoqué l’enregistrement d’un album autour de cet ensemble, album qui malheureusement ne verra pas le jour. Le groupe décide donc en 2012, fort et nourri des expériences de chacun et sans doute à la suite d’une remise en question, de reprendre ce concept et de se le réapproprier sans le chœur initial toutefois : Valtari s’initie.

Il faudra attendre le regard pertinent d’Alex Somers, producteur de l’album et compagnon de Jonsi, pour que l’album naisse vraiment. En effet, nous retrouvons dans Valtari cette même signature musicale si particulière qui faisait de Riceboy Sleeps, le concept-album de Jonsi & Alex (2009), un album intime et ambient d’une nostalgie incroyable : quelques chœurs d’enfants (Varúð  rappelle ainsi le titre Boy 1904 de Riceboy Sleeps), la présence omniprésente d’un piano, les réverbérations ainsi que l’utilisation de drones.

Et la voix si sublime de Jonsi par-dessus…

On l’aura compris, le titre de l’album qui signifie littéralement « rouleau compresseur », n’est pas du tout significatif du contenu de ce Valtari qui se veut bien au contraire une véritable invitation au voyage, calme, méditatif, minimaliste et envoûtant. Le son craque comme sur un vinyl, il est nostalgique : il vient d’un temps où tout était très justement hors de lui.

Ainsi, Valtari s’ouvre sur une longue plainte qui vous fait mourir dix fois, Ég Anda (« Je Respire ») et d’emblée, la tonalité aérienne et poétique de l’album s’impose, en contrepoint des rythmiques festives du Gobbledigook qui introduisait le précédent disque. Valtari s’écoute au casque, la nuit tombée. Dans un lit, les nappes de Sigur Rós passent par une fenêtre entrouverte parce que c’est l’été, ils tout investissent et s’accrochent à quelques rideaux qu’un vent frais vient à faire frémir de manière perceptible quand ce n’est pas la chair de poule ou en dedans des veines : la magie est là, elle est retrouvée et elle étoile bien déjà les bras, les cuisses. Le temps s’étire, Valtari investit, on se sent partir, cela fonctionne, on est bien loin déjà parce qu’on a pris quelques bateaux.

Après quelques titres qui introduisent l’opus sans vraiment le faire décoller il faut bien l’avouer, Dauðalogn, Varðeldur et Valtari, les trois véritables pépites de l’album, éclosent, lentement d’abord, et finissent par distiller un parfum nostalgique qui vous pénètre comme un hiver : au milieu d’un chœur qui vous prend la peau et la colle aux murs, des tintements éthérés vous y décollent et vous reconstruisent, vous n’avez le temps de rien ou sinon bien au contraire, vous en avez plein. Vous en souhaitez plus. Que ça se dilate. Que tout prenne des proportions de géant comme ce rêve et que pas vraiment ça ne se finisse.
Et puis Valtari se finit.
Parce que c’est comme ça. Sur le piano que Kjartan fait tourner en boucle dans la piscine du studio Sundlaugin.
Vous avez fait un beau voyage. Même si vous en connaissiez déjà le tracé, Sigur Rós réempruntant des chemins déjà connus, vous êtes heureux d’avoir retrouvé vos vieux amis l’espace d’un bel album.
Valtari est une réussite, mais pas le meilleur. On attend déjà mieux encore : le groupe l’a annoncé, un prochain album arrive très vite et prendra le contrepied de Valtari. On est impatient, c’est peu dire.
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(Et je me souviens avec tendresse de mon collègue d’internat qui me disait, alors que nous n’avions tous les deux que 18 ans, d’arrêter d’écouter mes chants de baleines alors que tournait dans le lecteur Ágætis Byrjun  , sans aucun doute le meilleur album de tous les temps…). 

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A propos de Alban Orsini

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