Jón Kalman Stefánsson – "Entre ciel et terre"

“Entre ciel et terre” est avant tout une histoire de contrastes thermiques propres à son territoire, l’Islande. La chaleur au coin du feu où se serre un groupe de pêcheurs, avant la sortie en mer et, très vite, un vent glacé qui fouette les oreilles et le corps tout entier s’il manque une vareuse, jusqu’aux os. La soupe préparée en l’attente fiévreuse et puis le courant d’air qui s’installe dans le lit, où il manque la chaleur d’un corps ami. La douleur qui échauffe et que la neige ne parvient pas à figer, jusqu’à la vallée où l’édredon douillet parvient peu à peu à contenir le froid en une petite caverne de mémoire. La bière chaleureuse qui s’écoule dans le gosier transi à l’idée de retourner en mer…Le ciel et la terre comme perspectives, pour “le gamin” qui tente de repousser le deuil en fuyant la vie, alors qu’il ne connaît que le ciel et la mer. La terre, nouvelle patrie du pied ferme, des emplettes à l’épicerie et de l’odeur des livres, bien qu’à contre-cœur car ils lui rappellent celui qui l’a quitté, distrait par un vers de Milton : “nulle chose ne m’est plaisir, en dehors de toi“. Un “Paradis perdu” contre toute une bibliothèque, appartenant à l’aveugle qui détient le savoir dans la vallée. Une nouvelle famille d’adoption pour celui qui n’a cessé de perdre, à qui l’on propose la terre et le temps de la réflexion contre une mer qui ne fera qu’une bouchée de sa jeunesse. Une amitié perdue contre un monde entier à découvrir…

En rapprochant subtilement le pouvoir des mots et le concept de liberté, Jón Kalman Stefánsson compose un roman d’initiation en deux parties : l’une sensorielle, traversée d’un savoir meurtrier, l’autre factuelle, qui puise sa valeur dans l’élan instinctif. Son écriture, d’une beauté haletante, épouse la même rythmique, des vagues de poésie tragique jusqu’à une cadence peu à peu rassérénée. Doucement, la musicalité des phrases se fait plus discrète et la pensée vient s’attarder sur le poids d’une vie sauvée dans le paradoxe d’une solitude lumineuse.

Les mots sont des flèches, des balles de fusil, des oiseaux légendaires lancés à la poursuite des héros, les mots sont des poissons immémoriaux qui découvrent un secret terrifiant au fond de l’abîme, ils sont un filet assez ample pour attraper le monde et embrasser les cieux, mais parfois, ils ne sont rien, des guenilles usées, transpercées par le froid, des forteresses caduques que la mort et le malheur piétinent sans effort.”

Paru aux Editions Gallimard.

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A propos de Sarah DESPOISSE

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