Concours Coin de Mire / Culturopoing – Christian-Jaque, Philippe de Broca et Henri Verneuil

Editeur érudit et populaire, Coin de mire exhume des œuvres du patrimoine dans de superbes coffrets digibooks, avec livrets, affiches, photos d’exploitation et comme bonus pour les accompagner les réclames publicitaires, bandes-annonces et actualités de l’époque.

6 titres sont sortis au mois de mai : Souvenirs perdus (1950) de Christian-Jaque, Fanfan La Tulipe (1952) de Christian-Jaque, Brelan d’as (1952) de Henri Verneuil, Les grandes manoeuvres (1955) de René Clair, La poudre d’escampette (1971) de Philippe De Broca et Les granges brûlées (1973) de Jean Chapot. Nous vous en avions fait gagner 3, voici les 3 suivants !

Brelan d’As (1952) constitue la première incursion d’Henri Verneuil dans le domaine du film à sketches, genre très en vogue dans les années 50-60 visant souvent à réunir plusieurs stars de l’époque. La particularité de ce long-métrage est d’enchainer trois affaires policières mettant en scène des enquêteurs célèbres. Michel Simon, Raymond Rouleau et Van Dreelen incarnent donc respectivement le Commissaire Maigret de Georges Simenon, l’inspecteur Wens de S.A. Steeman et le Lemmy Caution de Peter Cheney. Trois meurtres à élucider, avec pour transition entre chacun le spectacle de gens absorbés par les livres dont les histoires sont adaptées. Car avant tout Brelan d’As se veut un hommage à ce qu’on appelait vulgairement le “roman de gare” pour mieux signifier son mépris envers ce genre populaire, où pas mal d’écrivains étaient mis dans le même panier. La culture populaire, Verneuil la servira toute sa vie. Bénéficiant déjà de tout son savoir-faire en matière de mise en scène, de sens du cadre et de la profondeur de champ, Brelan d’As propose trois exercices de style autour du film noir, dans lequel le cinéaste, nous baladant entre la France, la Belgique et les Etats-Unis, tente d’imposer une atmosphère, une teinte particulière à chacun.

S’il n’est plus nécessaire de présenter le classique des classiques Fanfan la tulipe (1953), on oublie à quel point le film de Christian-Jaque est bien plus qu’un prototype majestueux (ce qui serait déjà pas mal) du cinéma de Cape-et-d’épée, un peu trop affilié aux œuvres ludiques et un peu mineures de Hunebelle avec Jean Marais. N’oublions pas qu’avant d’être le héros du formidable scénario de René Wheeler et René Fallet, La Tulipe est une figure mythique apparaissant régulièrement dans la chanson populaire comme un représentant de l’homme de troupe rebelle, humble, n’acceptant pas d’être soumis aux rouages du pouvoir et de servir de chair à canon pour les guerres des puissants. Or, si indéniablement Fanfan La Tulipe brille par sa légèreté, la folie ludique de son rythme, sa beauté picaresque, il n’en perd pas de vue sa teneur politique à la gloire des humbles et des anonymes, contre toutes les guerres et tous les militaires. Et qu’ils sont bêtes tous ces stratèges et ces manieurs d’épées ! Le bretteur, insolent et superbement enfantin, incarné magnifiquement par Gérard Philipe, est un insoumis ne se laissant guider que par sa fougue, son instinct et envoyant toutes les hiérarchies se faire foutre. Au-delà des aventures trépidantes qui émaillent le film de Christian-Jaque, il y règne un fabuleux esprit frondeur, porté les dialogues inégalés d’Henri Jeanson qui déclenchent encore aujourd’hui les mêmes éclats de rire.

Le génie de Philippe de Broca tarde encore à être reconnu, pourtant, si on le définit régulièrement comme le réalisateur de grandes comédies populaires jusque dans les années 80, peu s’accordent à le reconnaître comme le poète qu’il était, offrant par exemple les magnifiques Roi de Coeur ou Caprices de Marie. Réalisé en 1971, et adapté d’un roman de Robert Beyle, La poudre d’Escampette constitue l’un de ses opus majeurs, passant progressivement du burlesque le plus déchaîné aux échappées élégiaques. En pleine guerre 39-45, le rustre Valentin a fui en Amérique du Nord, occupée par les italiens fascistes, pour devenir trafiquant d’armes. Son chemin va croiser celui de Basil, un jeune officier hurluberlu anglais dont l’avion a été abattu, puis Lorène, femme du consul de Suisse, qui va les aider à s’échapper, fuyant avec eux en voiture dans le désert. Toutes les thématiques de De Broca sont là. Tintinophile averti, tout comme Jean-Loup Dabadie qui signe l’adaptation et les dialogues, le cinéaste multiplie les péripéties exotiques et fantasques qui mènent à la BD d’Hergé (et donc à L’homme de Rio qui n’était rien d’autre qu’une adaptation déguisée de la BD), certaines images du Crabe aux pinces d’or ou des Cigares du pharaon nous revenant à l’esprit. Mais là où La poudre d’escampette bouleverse le plus durablement c’est dans sa mélancolie qui s’installe, la force des moments suspendus, cette pureté des personnages tels que seul De Broca était capable de les camper : ces doux dingues qui trouvent refuge dans l’imaginaire, ces rêveurs qui refusent l’horreur du réel et perçoivent encore, comme le dit Basil, la beauté dans le cauchemar. Contre tous les conflits armés, que De Broca dénonce par la loufoquerie, il restera toujours le songe et l’instant saisi. Au milieu de Michel Piccoli et Michael York, non seulement Marlène Jobert apporte la grâce dans ce trio mais elle semble posséder une force que les hommes n’ont pas. De Broca installe un univers visuel singulier, peuplé de visions un peu absurdes quelque part entre Buzzati et Beckett, avec ses soldats ayant oublié le sens de la guerre, son avion sans ailes ou ses petites silhouettes se détachant dans le désert. Rien d’étonnant à ce que les moments les plus splendides et les plus intenses soient ceux où le temps semble s’être arrêté dans la bienveillance, la tendresse et l’amour.

En partenariat avec Coin de Mire, nous sommes ravis de vous faire gagner un de ces trois films si vous répondez à ce questionnaire avant le 08/06/2021, minuit.

 

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A propos de Olivier ROSSIGNOT

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