Felix Van Groeningen – “My beautiful boy”

Steve Carell a les sourcils froncés, les traits crispés et la mine tourmentée. Alors que la caméra le saisit en gros plan, il s’avoue désarmé, perdu, dépassé par les actes de son fils, Nic Sheff (Timothée Chalamet) qui, à 20 ans à peine, ne parvient pas à se sortir des affres de la drogue.

En un seul plan, le réalisateur dévoile clairement ses intentions : comme son ouverture, le film se place sous le signe de l’émotion et de la psychologie sommaires. La scène est archétypique, le dialogue sans surprise et la suite ne surprendra pas davantage : Felix Van Groeningen enchaîne les unes après les autres des moments pesants propres à stimuler par tous les moyens les glandes lacrymales des spectateurs.

Peu mis en scène, le long métrage se perd dans un récit trop répétitif qui -film de drogue oblige- alterne les étapes obligées : cures de désintox, manque, rechute, sans réinventer quoique ce soit à des scènes déjà filmées des dizaines de fois au cinéma.

Tout aussi cliché, la relation du père au fils oscille constamment entre séparations et réconciliations et finit par lasser le spectateur.

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Felix Van Groeningen a la bonne idée d’entrecroiser les époques, de jouer avec la chronologie, bref, de tenter d’insérer de la vie à un récit trop prosaïque. Le va-et-vient temporel s’accrochant à ces différents moments de l’enfance ou de l’adolescence donne du mouvement et dynamise quelque peu le film mais malheureusement le cinéaste ne parvient pas à transcender cette histoire (tirée de faits réels) en fiction.

Le film ronronne en se reposant sur le jeu de ses deux comédiens, trop respectés pour être véritablement dirigés, filmés complaisamment au service du pathos. Jamais crédible en junkie au bord du gouffre, Thimothy Chalamet minaude et grimace, tout en gesticulations geignardes.

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Steve Carell manque cruellement de nuances, toujours sur la même corde. C’est sans doute dans son écriture que le film pèche le plus : My beautiful boy manque d’incarnation, de chair, comme en témoigne la représentation de l’addiction de Chalamet totalement illustrative et cérébrale mais jamais concrète ni tangible. En refusant de plonger ses mains dans le cambouis, le cinéaste reste dans la vision conventionnelle d’un junkie de 19 ans. Chambre remplie de posters de nirvana, cahiers noircis par une plume rebelle, cheveux longs et musique grunge, tous les clichés sont bons pour illustrer le mauvais garçon. Un tube culte jaillit toutes les dix minutes, la playlist – Neil Young, Nirvana, David Bowie, Massive Attack -,constituant l’ultime recours pour susciter l’émotion.

La spontanéité – la naïveté peut-être – de ses premiers films semblent s’être ici totalement évaporées. Plus le cinéaste avance, plus les coutures de son art sont apparentes. Sans inventivité aucune, la formule gagnante de ses deux succès est balancée au bazooka, plaquée artificiellement sans être remise en question.

La narration fragmentée de La merditude des choses est mixée aux scènes dramatiques tire larmes d’ Alabama Monroe sans atteindre la joyeuse folie du premier ni la charge émotionnelle du second. En poursuivant sa carrière aux Usa, en choisissant deux stars internationales pour un mélodrame sans surprise, Felix Van Groeningen semble surtout se positionner pour les prochains oscars.

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L’apogée de ce festival de conformisme arrive dans les dernières minutes moralisatrices et édifiantes, dignes d’un message de prévention, qui porteraient presque à croire que le film est parrainé par une association de lutte contre la drogue. Voir apparaître un petit panneau : « la drogue, c’est mal » n’aurait pas été surprenant.

Comme perdu au milieu du désastre, un magnifique texte de Charles Bukowski résonne, insufflant enfin un peu de poésie à un film trop scolaire. Dommage qu’il ait fallu patienter deux heures pour l’entendre. Avant ce générique, le film -contrairement au personnage de Chalamet- ne plane pas, ne s’envole pas, ne reçoit jamais l’adrénaline d’un shoot ou l’énergie de la moindre pilule. My beautiful boy est au cinéma ce que le Canada Dry est à l’alcool, ce que le stévia est au sucre, un succédané maladroit et sans charme, un artifice sans profondeur qui illustre l’effet sans jamais en donner la réelle sensation.

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A propos de Julien Rombaux

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