Thomas Cantaloube – “Requiem pour une République”

Titre trompeur s’il en est, Requiem pour une République évoque les débuts de la Ve République qui a fêté ses soixante ans l’année dernière. L’enterrement attendra quelque temps… De là à penser qu’il évoque la mort d’une certaine idée de la République, souillée par le sang de ses débuts, il n’y a qu’un pas.

 Journaliste à Mediapart, après avoir réalisé de nombreux reportages à travers le monde, Thomas Cantaloube signe, avec Requiem pour une République, son premier roman. Il le situe au début de la Ve République. La situation en France est explosive tant les fractures au sein de la société ne semblent pas cicatrisables. Aux effets encore prégnants de la Seconde Guerre mondiale s’ajoute le traumatisme de la guerre d’Algérie. Dans ce climat, propice aux abus en tous genres, un haut fonctionnaire du cabinet du préfet de Paris, qui n’est autre que Maurice Papon, décide de commanditer le meurtre d’un avocat proche du FLN. Pour réaliser à bien cette opération, il fait appel à un homme de main d’extrême droite, héroïnomane et psychotique. Afin de couvrir l’affaire, Victor Lemaire doit ensuite éliminer le tueur afin d’éviter toute fuite. L’opération, finement ciselée, tourne au massacre et à la confusion. La famille de l’avocat est assassinée froidement et le tueur parvient à s’enfuir…L’enquête est confiée à Luc Blanchard, jeune premier dans la police et à son coéquipier, plus âgé, dont la fiabilité dépend de son degré d’alcool dans le sang. A cette enquête officielle s’ajoute une enquête officieuse. Antoine Carrega, un truand à l’ancienne, truculent et téméraire, est contacté par son ancien chef de maquis dans la Résistance. En effet, les autres victimes du meurtre n’étaient autres que sa fille et ses petits-enfants. Devenu banquier, fidèle au gaullisme historique, sa confiance s’est étiolée dans les pouvoirs publics à mesure que les forfaits de la collaboration se voyaient effacés…  « Les politicards qui nous gouvernent n’ont pas de principes ! De Gaulle est revenu aux affaires, porté  par des médiocres et des minables. Il a choisi de les garder à ses côtés, il s’est entouré de requins au nom de la raison d’Etat ! Il a accepté de pardonner et de fermer les yeux parce qu’il a une haute idée de la France. Une plus haute idée que moi en tout cas. Papon aurait dû être fusillé à la Libération ! Et maintenant on lui a confié la police de Paris. »  Par fidélité, Antoine accepte sa demande. D’abord détaché, il se passionne pour arracher la vérité à son vieux compagnon de guerre…

Ainsi, l’intrigue se noue autour de ces trois personnages qui vont, quatre ans durant, suivre une destinée commune : la traque du tueur. L’auteur alterne la narration et découpe son récit. A travers eux se révèle une mosaïque de la France des années 1960. Différents mondes s’entrecroisent avec, en prime, l’apparition fortuite de nombreux personnages réels. De François Mitterrand alors sénateur, à Charles Pasqua, cadre chez Ricard et fondateur du SAC, les protagonistes croisent les figures emblématiques d’une époque. Les événements marquants comme la funeste manifestation du 17 octobre 1961 ou la création du SAC apparaissent en arrière-plan mais font partie intégrante du roman.

Néanmoins, fort de ce contexte en prise directe avec l’Histoire, l’auteur peine à créer une ambiance singulière. Cette immersion, riche en détails, dans les tréfonds de la Ve République ne couvre pas une certaine faiblesse littéraire. Les personnages deviennent l’ombre de leur image : convenus et stéréotypés. Seul le personnage du jeune policier fait figure d’exception en évoluant tout au long du récit. Les autres accumulent les clichés et nuisent, par leur simplicité, à la réussite du roman. Cela est d’autant plus dommageable car l’intrigue crée et réussit à maintenir un suspense. De même, l’agencement des trois protagonistes autour du meurtre constitue une réussite.

Au final, le roman laisse une impression ambivalente : réussi par certains points et péchant sur d’autres. Thomas Cantaloube a écrit un polar séduisant et ambitieux… peut-être trop.

Requiem pour une République

Thomas Cantaloube

Édition Gallimard 

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A propos de Julien CASSEFIERES

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