Metteuse en scène, documentariste et réalisatrice, Brigitte Poupart compose avec Où vont les âmes son premier long-métrage de fiction. Tourné en seulement 28 jours, ce quasi-huis clos au casting exclusivement féminin met en scène le choix ultime d’une jeune femme à peine sortie de l’adolescence, décidant de recourir à l’aide médicale à mourir pour abréger un mal incurable. L’artiste québécoise prend le temps de poser un cadre immersif et doucereux pour nous confronter frontalement à l’épreuve et aux interrogations imposées par un tel choix, avec force et beaucoup de tendresse pour ses protagonistes.

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Le pitch pourrait tenir en une ligne : Anna, 18 ans, atteinte d’une maladie depuis des années, choisit de se faire administrer la mort. À ce drame indicible viennent s’entremêler d’autres considérations familiales : une figure paternelle fantomatique et patriarcale mise au ban d’une famille décomposée, des demi-sœurs meurtries retrouvées après des années d’absence et leur lot de non-dits, une mère viscéralement bouleversée et infiniment présente. Le film questionne sans détour ces liens familiaux, tissés ou détricotés au gré des tragédies, nous plaçant au cœur de l’intrigue dans une posture d’observateurs et de témoins, sondant les ressentiments de chacun pour mieux envisager la possibilité d’une réconciliation douce-amère autour de ces questionnements et résurgences intimes.

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Le long-métrage est porté par un quatuor d’actrices exceptionnelles qui incarnent avec délicatesse toute la gravité de la situation, aussi bien dans des échanges éprouvés aux échos de tragédie grecque que dans des scènes allégoriques hors du temps, véritables tableaux champêtres où la lumière et le travail sur les couleurs composent une poésie symbolique – le cheval, le piano et la nature incarnant des refuges, tandis que l’eau évoque la mort imminente et la fatalité. Cadrages anamorphiques et jeu sur une profondeur de champ intimiste traduisent cette dualité entre la beauté de l’existence et sa fragilité – la nature luxuriante apparaît alors comme un contrepoids aux errances mentales d’Anna, espace paradoxal de retrouvailles, de paix et de joie avec ses sœurs, où tout reste à réinventer en dépit de l’urgence du temps imparti.
Malgré ses grandes qualités d’écriture et d’esthétique, le récit n’évite pas toujours l’écueil de l’artificialité, confinant parfois à un lourd pathos, la photo vaporeuse irréelle, la lenteur du rythme, l’utilisation de la musique, le montage rappelant un Xavier Dolan dont l’intrigue serait trop convenue. L’émotion nous cueille néanmoins, notamment lors d’un final particulièrement réussi : ce rendez-vous attendu avec la mort est présenté avec toute la grandeur et la solennité qu’il requiert, avec la gravité du geste et le respect dû à la patiente, et pose la question d’un cheminement vers l’acceptation, le deuil et la résilience dans la douleur.

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Mélodrame délicat, Où vont les âmes interroge l’aide médicale à mourir à travers un récit intimiste et empathique aux confins du plaidoyer. En nous contant le destin contrarié de son héroïne, Brigitte Poupart explore la complexité d’un tel choix. À l’image d’Anna, qui s’interroge sur la brièveté de sa vie tout en acceptant l’inéluctable avec une abnégation bouleversante, le film rappelle le besoin, voire le devoir, d’offrir aux personnes en souffrance le droit à une vie et à une mort dignes.
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