Peter Hyams – "Capricorn One" (1977, Blu-ray)

Passé l’agréable Outland, la carrière de Peter Hyams s’est gentiment engluée, ce dernier ne s’étant vraisemblablement jamais remis de l’aventure folle de 2010. Que cela ne nous prive pas de redécouvrir ce Capricorn One aussi bordélique que généreux. Faire de la frustration du spectacle un autre spectacle en somme…
 

 
La première partie de Capricorn One ne joue pas du tout le registre de la révélation progressive, Peter Hyams choisit en effet de conter cette escroquerie ahurissante en la jouant d’emblée carte sur table par surprise, en suivant les trois astronautes « victimes » choisis pour la rendre crédible… Le scénario du film et son prétexte de base (une fausse mission vers Mars) s’essaye d’emblée à faire accepter un certain nombre de couleuvres logistiques au spectateur, parmi lesquelles le fait que les trois astronautes ne soient mis au fait de la supercherie qu’au dernier moment, sans doute pour nous cueillir en même temps qu’eux au décollage.

A la crédibilité et au style investigation / dénonciation , le cinéaste préfère une pure situation de cinéma, et l’envers du décor se doit d’être l’opportunité non pas d’une perte d’innocence, mais d’une énormité qui soit finalement perspective à créer le vertige. L’effet est saisissant sur le coup, et cela permet de créer plusieurs dilemmes humains assez fort concernant ces hommes brusquement privés de leurs ambitions, devenant des pions des machines politiques et se rendant compte que celle-ci n’aura de toute façon guère de considération pour eux. L’astuce donne aussi la possibilité de suivre un trio qui va avoir des acceptations dispersées de la situation… Celà ferait un seul film très palpitant, mais Hyams ne s’arrête pas au thriller de couloirs.

 
Capricorn One est sans doute l’un des premiers films à aborder la manipulation via les mass-medias, et par certains aspects il évoque aujourd’hui une sorte de pré-Truman Show où les acteurs seraient plus ou moins consentant au spectacle produit. La situation reste plus forte qu’une simple description cynique des coulisses, réduisant le spectaculaire, comme le fera Barry Levinson dans Des hommes d’influences. Ici, Hyams joue au contraire la corde d’une amertume et d’une révolte très premier degrés, quitte à être naïf.

La grande scène centrale du film, révélation choc du décor en toc auquel on devait pourtant paradoxalement avoir été préparé, fait raisonner encore aujourd’hui un énorme gâchis quand aux promesses vicées de conquêtes spatiales pendant la guerre froide, alors que s’achevait le programme Apollo (et déjà ses premières théories du complot)… Mais ce passage est aussi le plus emblématique du film quand à ses choix : faire de l’arnaque au spectacle un nouveau spectacle en soit. Tout passe ainsi par un vaste travelling arrière, depuis le casque de l’astronaute en gros plans jusqu’à la perspective la plus large, révélant longuement le plateau de tournage en une prise, tandis que retentit dans le ridicule le discours patriotique du président américain. Hyams joue avec le risque du grossier, ne fait pas dans la dentelle, mais ici c’est particulièrement direct et réjouissant.

 
Arrivé à ce point culminant, que peut encore le réalisateur pour tenir en haleine, lui qui à l’évidence ne joue pas la même partition qu’un Pollack ou Pakula ? A mi-parcours, le film va prendre le partie de s’envoler dans plusieurs directions, par des montages parallèles parfois maladroits et des séquences qui se glissent par moments difficilement dans le récit… mais en restant toujours très généreux et sans complexe dans son ambition de mixer les genres et tonalités, de ne pas tout abandonner aussi au tragique du contexte socio-politique. Un autre versant de Capricorn One se révèle ainsi une espèce de comédie policière parfois un peu vulgaire, où l’excellent Elliott Gould perpétue en plus débridé encore son jeu du Privé, lancé dans une enquête parallèle assez musclée,et à l’évolution il faut bien le dire assez peu crédible là encore… Hyams nous propulse même dans du pur film d’action, à la limite du bis dans une séquence de voiture folle au montage qui sort un peu de nulle-part, mais aussi très proche du Nouvel Hollywood un peu plus tard, avec une poursuite aérienne impressionnante que les assurances ne permettraient sans doute plus de réaliser telle quelle.
 
Autre solution pour faire basculer la seconde partie, cette fois, plus dramatique et mélancolique : on continue à suivre les astronautes qui finalement se révoltent fasse à cette arnaque (mais aussi pour leur survie même), s’échappant ironiquement  au sein d’un espace désertique qui n’est pas sans évoquer la planète Mars qu’ils n’auront pas foulée. Hyams mixe cette traque lancinante et des aspects de survival avec toute la partie plus bouffonne concernant Gould, faisant rejoindre le tout au finish d’un coup de baguette magique (et de Telly Savalas…). Mais en suivant ces trois hommes qui partent au purgatoire chacun de leur côté, et cette enquête qui vire au contre la montre pour au moins sauver l’un d’entre eux, le réalisateur là encore joue de l’empathie. Aux perspectives programmées du tragique il inclut une dose d’optimisme pas si fréquente dans ce type de sujets à l’époque. Un pur conflit entre individualités et système qui là encore finalement annonce plus ce que fera Andrew Niccol. Outland aussi reprendra ce registre, accentuant même ce seul contre tous avec plus d’efficacité. Versant populiste ou beauté du geste, cela prend en tout cas dans ces deux films une dimension jubilatoire (ainsi, si dans Capricorn One le ralenti final n’est pas du meilleur goût, il n’en reste pas moins que ce côté un peu bourru et franc du collier donne franchement la banane).

 
Même s’il ne signe pas personnellement la photographie de ce film contrairement à d’autres, Hyams a le sens du cinémascope et là encore l’image très ample prend parfois le contre-pied des films de conspiration plus réaliste des années 70. Les grands espaces de la dernière partie sont manifestement un véritable terrain de jeu pour le réalisateur, qui plus tard aimera toujours garder cette attention à donner vie à ses décors, qui sont souvent des prétextes : la base militaire de Presidio, le stade du très mauvais Mort Subite… Hélas diront certains (même ici), outre son attention toute personnelle au travail de direction artistique, Hyams aime souvent garder sa casquette de scénariste.

En Blu-ray depuis le 17 septembre 2013 chez Filmedia

A propos de Guillaume BRYON

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