Nous voici de retour un brin bredouille du plus ancien Festival de Sitges, la plus ancienne manifestation de Cinéma Fantastique puisqu’il fêtera ses 60 automnes l’an prochain. La sélection s’est avérée en deca de nos attentes avec des films tellement ‘genrés’ qu’on eu a l’impression de voir la énième ressassée de films de possessions, de vampires ou de serial killers.
Nous tempérerons cette déception par deux bémols :
1/Sur les 433 films présentés -dont une bonne vingtaine visionnés-, des perles rares auront pu nous échapper.
2/La Réalité politique mondiale ressemble tellement a un mauvais remake des films du visionnaire John Carpenter – avec des psychopathes au pouvoir, des émeutes partout et la justice nulle partout-qu’il parait aujourd’hui intrépide pour ne pas dire kamikaze de vouloir concurrencer son horreur ?
Ce qui expliquerait en partie cette remontée de ‘’valeurs sures’’ des films de genre ? Las ! les slashers et autres serial killers nous lassent vite, même et surtout quand il s’agit de méta-films type le très esthétisant et creux Her personnal Hell de Nicolas Winding Refn ou son pendant queer Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun ou Posthumous de Josh Tanner, relecture scolaire de l’unique Videodrome de David Cronenberg.
In fine, sept films s’imposent. Trois réussites visuelles et trois pépites fun et insolentes. Un septième a aussi retenu notre attention, avec cependant, quelques réserves.
Parmi les feux d’artifice visuels, nous avons flashé sur le magnifique The Face of Horror d’Anna Biller, inexplicablement pas récompensé, contrairement au très prenant The Spiral de Paolo Strippoli pour lequel Jasmine Ttrinca a obtenu, a juste titre, le prix de la meilleure interprétation.
Le film de l’espagnol Oscar Martin, Upirro, nous a impressionné par son style et son ambiance, même si son scénario reste moins original que nos trois derniers coups de cœur dont la narration déjantée nous a enchantes : l’hilarant Buddy de Casper Kelly, primé à bon escient -pour son scénario. Et enfin, 2 OVNIs made in France ; L’espèce explosive de Sarah Arnold et Sacrifice de Romain Gavras. Et l’outsider I love Boosters de Boots Riley.
Le point commun des cinéastes aux styles très affutés comme Oscar Martin, Paolo Strippoli et Anna Biller est qu’il s’agit de leur seconde sélection en compétition a Sitges. Ce n’est, bien sûr, par les cas des deux premiers longs de Sarah Arnold et Casper Kelly, ni de la seconde réalisation de Boots Riley, ni du quatrième opus de Romain Gavras.

L’Espèce Explosive (déjà sorti en France le 7 octobre et chromiqué ici : https://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/sarah-arnold-lespece-explosive/20261009) nous évoque irrésistiblement un Twin Peaks de terroir. Lors de la rencontre qui suivit sa diffusion, la réalisatrice citera Fargo des freres Coen comme référence, ainsi que l’influence d’alain Guiraudie.
Aiguillée par sa volonté viscérale de traiter du sentiment d’injustice, Sarah Arnold est partie de la lecture dans Libé d’un fait divers sur la colère des agriculteurs face a une apparition massive de sangliers. La jeune et talentueuse réalisatrice nous livre un film particulièrement singulier aussi rafraichissant que drôle. Sarah Arnold a écrit avec pas moins de quatre scénaristes qui se sont succédés. En résulte un film inclassable, mélange de polar rural, thriller et comédie sur les genres. Sarah Arnold s’est amusée a travers des personnages surprenants et des dialogues ciselés a tordre les cliches. Le côté chaotique, jubilatoire ‘what-the-fuck’ du scénario est porté par un duo irrésistible : Alexis Manenti incarne un gendarme corse border-line, alcoolique, macho testostéroné qui finit par se muer en justicier écorché, ‘coaché’ de façon totalement iconoclaste par Ella Rumpf alias Stephane Danger (sic), une psychologue de brigade tenace, totalement imprévisible. Déjà vue dans Coutures de Alice Winocour, l’actrice crève l’écran avec une énergie…explosive !
youtube.com/watch?v=0D4A2aHWmX0&xstg=CAMSEBUJ_b-oH-PhF0yjBgbwzzE%3D
Notre chouchou dans le genre chelou est Buddy, premier long-métrage de comédie d’horreur et de satire réalisé par Casper Kelly célèbre pour son court-métrage Too Many Cooks. Commençant comme une parodie innocente des génériques de sitcoms des années 1980 et 1990 (dans le style de La Fête à la maison), son court s’étirait de manière absurde avant de basculer progressivement dans un cauchemar gore et méta-textuel. Cette comédie d’horreur de 11 minutes était devenue en 2014 un phénomène viral légendaire sur Internet, avec plusieurs dizaines de millions de vues sur YouTube.
Buddy en est sa suite logique, non seulement délicieusement potache, mais avec une plus-value métaphysique. Le réalisateur y détourne à nouveau avec brio les codes joyeux des programmes pour enfants en une descente inventive et terrifiante dans la folie de la culture pop. Présenté a Sundance en 2026 et sorti en salles aux USA en aout, a l’image de Too many cooks, le film a déjà eu droit, lui aussi, a de nombreuses exégèses online. Buddy transforme l’esthétique pastel et bienveillante des émissions pour enfants des années 90 (façon Barney) en un cauchemar sanglant.
En 1999, Buddy est une version américaine de notre Casimir, une sympathique peluche orange qui officie dans un décor de studio très coloré,
La licorne Buddy enseigne aux enfants des leçons édifiantes, astucieux mélange de sagesse et boy-scoutisme WASP, comme l’importance de s’excuser, d’affronter ses peurs ou de faire le ménage. Lorsqu’un jeune comédien refuse de participer à une activité de danse, Buddy change soudainement de ton et de comportement.
Les acteurs pré-ados de l’émission devront réellement affronter leurs peurs…
En parallèle, une jeune mère de famille (l’intense Cristin Milioti) a un sentiment d’inquiétante étrangeté liée a l’émission enfantine.
Si on ajoute que la démente licorne orange n’emprunte pas à Donald Trump que sa carnation, mais qu’il a également servi d’inspiration visuelle et conceptuelle pour son aspect monstrueux, alors n’hésitez plus : courrez donc voir ce Teletubbies lysergique lors de sa sortie imminente en France !
https://www.youtube.com/watch?v=i4wFMteQwWY
Voici deux films coups de poing, drôles, provocants et inégaux.
Sacrifice de Romain Gavras ( visible sur Netflix depuis le 16 octobre, le jour-même de sa diffusion a Sitges) démarre à tombeau ouvert dans la limousine -non électrique- qui conduit une star de cinéma en total burn -out a une cérémonie caritative de super riches venus ‘sauver la planète » qui va se faire highjacker par une secte d’eco-terroristes. En sortant de ses sempiternels rôles de gendre idéal, Chris Evans irradie en acteur bipolaire. Anya Taylor-Smith confirme sa capacité d’endosser avec brio n’importe quel rôle : ici ,elle nous envoute en Joan, l’illuminée cheffe de la secte. L’ambivalente scène de standing ovation est à mourir de rire. Gavras junior maitrise a merveille l’art consommé de la bouffonnerie. Il est aussi un excellent transmetteur de l’air -délétère-du temps. Sa mise en scène impressionne bien au-delà des moyens colossaux car le cinéaste français a une vraie vision. Dommage qu’a l’instar des prophéties de Joan, le message ne soit pas clair, voire un peu fumeux. Donc, autant la première partie est jubilatoire, autant la suite part gentiment en sucette.
youtube.com/watch?v=R2Ge_14RZjw&xstg=CAMSEBUJ_b-oH-PhF0yjBgbwzzE%3D
On avait adoré le premier film du rappeur et cinéaste Boots Riley, le décapant et étonnant Sorry to bother you, (https://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/boots-riley-sorry-to-bother-you/20190126 ) qui proposait une critique fun et originale du capitalisme moderne, du racisme systémique et de l’exploitation de la main-d’œuvre. Un bijou irrévérencieux ou Amazon rencontrerait la Twilight Zone.
Son second opus I love Boosters. commence bien, mais part rapidement en roue libre.
Déjà la présentation du film nous met la puce à l’oreille : le cinéaste surgit comme un farfadet, affublé d’un couvre-chef en feutrine vert feuille et costume, assorti. En le voyant à l’entrée du cinéma, je l’avais confondu avec un des figurants coutumiers de Sitges, muni de haches ou de clés géante fait pour attirer le chaland. (comme sur cette photo prise par votre servante)
En toute humilité, le cinéaste nous apprend que c’est son meilleur film ! Pas difficile quand on est à son deuxième long-métrage, et surtout il nous promet que nous allons voir à l’écran des choses totalement inédites au cinéma.
I love boosters suit une équipe de voleuses de magasin de fringues hype a la croisée de H&M et Prada sur look. L’ennemie de cette brigade haut vol est la grande prêtresse de la mode, interprétée par Demi Moore qui s’amuse, visiblement beaucoup en blonde peroxydée glaciale, formulant des concepts totalement capillotractés : La mode est un paysage mouvant, etc.. Apres un démarrage hilarant (immense scène d’un cheval de Troie fashion….), le film part dans une telle surenchère de délires que nauséeux s’abstenir, ça file le vertige !
Si les looks sont très inventifs et les décors et fringues monochromatiques assez séduisants, le scénario d’une naïveté qui nous fait hésiter entre le rire et l’embarras : les grandes marques, c’est mal ! Elles exploitent des Chinois ; le capitalisme doit cesser. Il y a plusieurs fois une explication du type thèse plus antithèse, égale, synthèse. Tout un programme que ne tient pas du tout le réalisateur qui nous bombarde de gags, et d’idées plus hystérique les unes que les autres ou dirait que c’est le tandem sous amphétamines de Everything all at once qui a pris les manettes. Trop d’infos tue l’info ! L’apparition d’une sorte de téléporteur qui permet d’accomplir à peu près toutes les astuces possibles et imaginables, résume bien la psychéc du réalisateur.
Certains pourront adorer la déferlante visuelle, la musique incessante et les dialogues à la mitraillette, d’autres préfèreront s’abstenir.
youtube.com/watch?v=I1xZegSgN8w&vl=fr
Pour info, Riley avait eu un budget de 3 millions pour son génial premier long, Sorry to bother you, qui en avait rapporté 20 millions pour celui-ci, c’est exactement l’inverse son budget sept fois plus grand de 20 millions n’a rapporté que 3 millions au box-office.
Pour les curieux, la rencontre avec l’excentrique rappeur et réalisateur se trouve ici : https://www.youtube.com/watch?v=-8WMRcH_wTY
Il n’empêche qu’on est curieux de voir le prochain film de Riley tant il est inventif.
Espérons que cette fois-ci, la narration sera au rendez-vous, comme c’est le cas par exemple dans le superbe second long du jeune Paolo Strippoli.

The Spiral nous invite à suivre, sur trois décennies, les déboires d’une famille richissime et maudite, installée a Bari, deuxième pôle économique d’Italie du Sud après Naples.
Un soir de pluie torrrentielle, Anna (Jasmine Trinca) avoue à sa fille Alice (Romana Maggiora Vergano) que leur vie repose sur un pacte faustien conclu vingt ans plus tôt avec une mystérieuse inconnue… Un pacte aux effets domino irréversibles et tragiques…Le très Romanesque The Spiral porte un titre original plus parlent ; L’estranea) soit l’étrangère . Valeria Bruni Tedeschi insuffle a ce personnage une sincérité camp et un humour bienvenus. Jasmine Trinca est une partenaire a sa hauteur dans un role ambigu et passionnant.
Présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise 2026, La Spirale brille par son ambiance envoutante, sa mise en scène soignée soutenue par la superbe photographie de Cristiano Di Nicola. La culpabilité catholique se deploie dans une église aux vitraux psychédéliques convoquant les premiers Dario Argento. Mise en abyme supplémentaire, le film était présenté dans un magnifique cinema-theatre a l’italienne, le Prado. En bon esthete, le jeune cineaste, a approuvé cet ecrin sur-adapté à sa belle et cruelle fable.
Après nous avoir séduit avec Holy Boy
https://www.culturopoing.com/cinema/sorties-salles-cinema/paolo-strippoli-the-holy-boy/20260827/comment-page-1
Paolo Stripoli confirme son statut de nouveau maître de l’horreur transalpine
Upiro est le second long-métrage du réalisateur espagnol Óscar Martín (connu pour Amigo écgalement précsentéc en compétition a Sitges en 2019), est une proposition singulière à mi-chemin entre le cinéma d’horreur gothique, et le suspense historique. Le film explore l’opposition entre foi et raison, avec une esthétique sombre grandement influencée par les Peintures noires de Goya
Upiro s’inspire du premier cas de vampirisme documenté par l’Église catholique dans la péninsule ibérique en 1755. Dans les anciennes croyances d’Europe de l’Est (notamment en Ukraine, en Pologne et en Russie), l’upiro n’est pas un vampire aristocratique à la Dracula, mais un mort-vivant impur ou un esprit malveillant qui réintègre un cadavre pour tourmenter les vivants.
La photographie, la gestion des clairs-obscurs dans le couvent et les costumes transportent immédiatement le spectateur dans le XVIIIe siècle. La mise en scène sobre de Martín installe une atmosphère oppressante, austère et claustrophobique particulièrement réussie. Dans sa première heure, la figure du vampire (l’upiro) sert de brillante allégorie de l’institution ecclésiastique qui aliène, isole et « suce » littéralement la liberté, l’esprit et les richesses de ces femmes cloîtrées. Puis, malheureusement l’allégorie s’epuise quand le film monte trop les enchères, cèdant alors aux codes plus vulgaires et explicites du cinéma d’exploitation (nunsploitation) et au sensationnalisme. Cette bascule regrettable le rapproche de tous les autres propositions décevantes vues telles Oddities, Gummy, Posthumous,Familia tiene que enfrentar…
Le troisième film de Anna Biller trone largement au-dessus de reste de la sélection. Ce que pensent aussi, certains collègues du monde entier rencontrés lors du festival.
Ses longs-métrages n’ont pas encore bénéficié de sorties dans les salles de cinéma en France. Leur exploitation s’est jusque-la cantonnée a des festivals, séances spéciales, ou éditions vidéo ou VOD. Anna Biller tenait le rôle principal de son premier film Viva (2007) dans lequel elle revisitait le genre de la sexploitation rétro façon Russ Meyer pour narrer la libération sexuelle de deux femmes au foyer.
Le cultissime The Love Witch a été acclamé par la critique mondiale en 2016. Tourné en pellicule 35mm, il parodie et subvertit les codes des mélodrames en Technicolor des années 60 et du cinéma fantastique pour explorer les thèmes du désir, des rôles de genre et de la puissance féminine. Il est comme un giallo féministe puisque les victimes ne sont pas de ravissantes potiches, mais des hommes -objets.
Dix ans plus tard, la réalisatrice américaine revient avec un long-metrage tourné en 35 mm facon technicolor, dont la beaute est a couper le souffle et le message toujours aussi girl power.

The Face of Horror est une satire féministe incisive qui transpose le conte kabuki Yotsuya Kaidan dans l’Angleterre médiévale. Un peu comme si la Hammer adoptait un ‘female gaze’ jamais didactique et toujours magnifique. Lors de l’introduction du film, Biller a rappelé combien le patriarcat et la misogynie étaient universels puisqu’elle les a transposés au XIV eme siècle.
A nouveau, Lady Biller confirme sa place unique sur l’échiquier du cinema par son approche artisanale ; elle a concu elle-même la quasi-totalité des décors, costumes et accessoires ainsi que la musique de ses films afin de façonner un espace cinématographique très personnel, fidèle a ses choix esthétiques drastiques et a ses obsessions.
Elle aime à dire que ses films constituent avant des plaisirs visuels pour les femmes.
Ce qu’elle réaffirma a La Masterclass qu’elle donna ce lundi 12 octobre dans le cadre de WomaInFan, un programme né a Sitges dont l’objectif principal est d’accorder une plus grande visibilité aux créatrices et de les intégrer dans le domaine du cinéma fantastique, un genre historiquement dominé par les hommes
https://sitgesfilmfestival.com/en/sitges-industry/woman-in-fan
Ce programme a été créé par Mònica Garcia Massagué (directrice de la Fondation Sitges). Il était donc logique qu’elle mène la masterclass accordée par Anna Biller.
Indubitablement, la réalisatrice américaine s’est fait violence car, elle semble peu briguer l’exercice. De même quand elle a présenté The Face of Horror dans le gigantesque auditorium, la réalisatrice ne semblait pas tout a fait a sa place et pressée que son chef d’oeuvre parle pour elle.
Elle a tout de même généreusement répondu pendant une demi-heure aux questions de Monica Garcia Massagué et du public. Sans surprise : sur la quinzaine de questions, seules deux ont été posées par des hommes!
Masterclass d’ Anna Biller
l y a eu un plaisir visuel pour les femmes dans le cinéma narratif via les classiques Hollywoodiens. Puis ce savoir-faire a cessé. J’ai donc décidé de reprendre les rennes de ce cinema-la. Je me suis dit : Je vais faire ça : des plaisirs visuels pour les femmes.
Mònica Garcia Massagué : Comment The Love Witch a-t-il été initié?
Anna Biller : Il s’est passé beaucoup de choses ! (rires). Un des déclics c’est que j’étais en train de lire un livre sur les femmes qui aiment trop. Et bien sur, on blâmait les femmes d’aimer parfois trop les hommes. Et pas le contraire ! (rires) C’est la raison pour laquelle les hommes et les femmes se déchirent parfois, ne se sont pas unis.
Donc j’ai voulu faire un film sur une femme dont l’amour trop fort, tuerait littéralement les hommes. Elle serait trop jolie, trop sexy, ou quoi que ce soit qui en ferait une sorcière. Donc dangereuse. Et c’est ca qui m’a intéressée initialement .
Mònica Garcia Massagué : The Face of of Horror »est inspiré du livre japonais Jutsu Ya Keidan. Qu’est-ce qui vous a intéressée dans cette histoire ?
J’ai voulu faire une histoire sur un homme très mauvais qui détruit la vie d’une femme, parce que j’ai une amie a qui c’est vraiment arrivé. Sa vie a été complètement détruite par un homme. C’est si triste. Et j’ai fait beaucoup d’études sur le suicide, sur la façon dont les hommes ne pensent pas aux femmes comme des personnes et comment elles finissent par se détruire. Or, dans cette histoire japonaise, la femme qui meurt se venge. J’’ai trouvé ça merveilleux. Je n’ai pas voulu faire cette histoire en japonais ou en Japon. J’ai donc décidé de la transposer au 14ème siècle en Angleterre.
Premiere question dans le public :
J’aimerais vous demander comment vous vous y êtes prise pour créer cette atmosphère unique avec vos costumes, votre scénario et vos plans ?
J’ai étudié le cinéma classique pendant de nombreuses années pour créer ce look. J’aime beaucoup ces films, en particulier les films ceux en couleur. Il y a une théorie de la couleur et surtout la lumière.
J’ai étudié tout ça, mais j’ai aussi la chance de travailler avec un très bon chef op, M. David Mullen qui avait déjà fait la lumière de The Love Witch. Le technicolor est t une technique qui est perdue. David maitrise très bien la saturation des couleurs. On travaille en harmonie ensemble.
– Merci beaucoup pour votre film tres particulier que j’ai vraiment apprécié. J’aimerais en savoir plus sur votre utilisation de la couleur dans ce film, comment ca a évolue depuis The Love Witch, surtout en tant qu’extension des personnages ? Parfois, les personnages se complétaient dans leurs couleurs comme une forme de connexion.
Merci. Les couleurs viennent de peintures européennes authentiques de l’époque. Un nombre très limité de couleurs était utilisées. C’était principalement rouge, bleu et jaune, avec un peu de vert et de rouge et un peu de noir. Chaque couleur était basée ensuite sur les couleurs principales. Voilà comment j’ai fait la palette.
Vous avez raison, les personnages sont connectés par la couleur. Les personnages romantiques sont connectés par la même couleur. Petrus et Richard portent les mêmes couleurs et Eleanor est connectée par la couleur des atours à Roger et non son mari. Et Edward est romantiquement associé à Isabel par la couleur.
-Apres avoir revisité les 60s facon Russ Meyer pour Vuiva ou giallo avec The Love Witch et ici le Moyen Age, avez-vous une idée d’une époque que vous voudriez explorer?
Oui ! Mon prochain film se déroulera à l’ère victorienne. Il s’agit de l’adaptation d’un fameux roman gothique victorien, mais je ne vous dirais pas lequel !
-Diriez-vous que vous faites un cinéma féministe?
Je ne dirais pas que je diffuse un message politique, c’est plus comme une colonne narrative. Ce qui m’importe c’est de proposer une expérience féminine.
Quand j’étais au lycée, je trainais avec beaucoup de garçons. Ils ne comprenaient ni qui j’étais, ni mes expériences. Ils jouaient dans différents mondes. J’ai vu qu’ils étaient plutôt gentils et qu’ils voulaient mieux me comprendre, mais n’y arrivaient pas. Quand j’ai commencé à faire des films, j’étais comme une enseignante.
Je voulais faire des films qui apprennent aux hommes qui sont les femmes pour qu’ils puissent sympathiser avec elles et voir leurs problèmes. Je voulais qu’ils comprennent qu’on est différentes mais sans jamais être didactique, qu’ils aient une approche cool de ce continent inconnu ; les femmes !Donc mes films ont commencé à être plus destinés aux hommes, pour leur donner des leçons
-J’aimerais savoir comment avez-vous commencé dans le cinéma ? Comment avez-vous trouve votre propre style ?
Dans le cadre de mon école de cinéma, j’ai réalisé un métrage et j’ai détesté la façon le chef op l’a éclairé. Sur le tournage, on se disputait non-stop car il ne comprenait pas ce que je voulais et délavait les couleurs C’était horrible.
Donc j’ai commencé à étudier la façon dont sont éclairés mes films de chevet. C’est comme ça que j’ai commencé en apprenant les éclairages.
J’allais à l’école et je travaillais, je gagnais 10 dollars par heure et j’achetais de la pellicule 16 millimètres avec mon propre argent. Et donc c’était vraiment important pour moi que l’image soit bonne ! (léger rire nerveux) Et puis l’autre chose que j’ai apprise quand j’étais à l’école de cinéma, c’est que j’ai lu l’essai de Laura Mullvey sur le plaisir visuel (Visual pleasure and narrative cinema ) Et je me suis dit : OK ! Elle a raison et elle a tort car il y a eu un plaisir visuel pour les femmes dans le cinéma narratif via les classiques Hollywoodiens. Mais ce savoir-faire a cessé. J’ai donc décidé de reprendre les rennes de ce cinéma-la. Je me suis dit : Je vais faire ca : des plaisirs visuels pour les femmes.
Premiere intervention masculine :
Donc, tu penses qu’on apprend quelque chose de ton cinéma? (rire général)
-Oui ! Ca evolue !! (rire)
OK ! Plus serieusement, voici, ma question : A quel point ça a été difficile pour toi de faire ton cinema si singulier ? Comment as-tu commencé?
Le truc, c’est que j’ai commencé de façon toute petite, très modeste. C’est-à-dire, en tournant en Super 8, dans mon appartement. J’habitais à New York et c’etait des décors littéralement faits maison, dans mon petit appartement.
Donc, c’est comme ça que j’ai commencé. Et puis, au fur et a mesure, je suis passée du super 8 ans au 16 mmm. Et puis, je suis passée de 16 mm au 35mm. Mon premier long a été réalisé comme une série de courts parce que le chef op n’était libre que les week-ends pour filmer.
Et je ne pouvais trouver personne d’autre que lui pour filmer comme ce que j’avais en tête. C’était très difficile, presque impossible. Il était très gentil et d’accord pour travailler tous les week-ends. Et donc, je construisais une scène qu’on filmait à la fin de la semaine et ainsi de suite, un week-end par mois. C’est comme ça que j’ai réalisé mon premier film en tournant ainsi durant un an et demi
Le second m’a pris 7 ans de préparation.
Parce que je n’avais pas d’argent pour les accessoires. Et j’ai dû créer même un tas de costumes et d’accessoires médiévaux. C’était un cauchemar.
Je n’ai plus du tout envie de faire ca !!. Donc, The Face of Horror a été presque une récréation, c’est le premier film ou j’ai eu une petite équipe ! J’ai travaillé toutes ces années pour enfin en arriver la ! (un sourire de triomphe timide apparait sur son visage, tandis que l’assemblée applaudit)
Bonjour, c’est une question en deux parties.
1/ Vu votre vision très singulière, quelles étaient conversations initiales avec vos collègues?
2/ pour ce film, a quel point était-ce important pour vous d’être historiquement précise tout en gardant en tête vos visions ?
Au début, je n’arrivais pas a trouver d’interlocuteurs, parce que je n’avais pas de budget. Et quand tu es à ce point-la dirigiste et et que les gens font exactement tout ce que tu veux, tu dois au moins les payer !! (sourire)
Mon collaborateur le plus important est mon chef opérateur David Mullen qui a éclairé The Witch et ce film-la aussi.
Et c’est vraiment important parce qu’il est un orfèvre en la matière. Donc, bien sur, ça rend les choses plus simples Et je travaille aussi un très bon maquilleur. C’est vrai qu’a mes débuts, je devais tout faire toute seule. Donc, la, c’est vraiment important de pouvoir compter sur mes collaborateurs, je peux vraiment évoluer et faire le film que je veux.
Sinon, oui, pour moi l’exactitude historique était très importante, avec cependant une seule exception. Je ne sais pas si quelqu’un peut deviner la ou je n’ai pas été précise. Historiquement ? (Bref silence).OK ! Je vais vous le dire. En ce qui concerne le maquillage. Au XIVeme siecle, ls ne portaient pas de rouges a lèvres er surtout de faux-cils ! (rires dans le public)
Avec Love Witch vous avez revisité le genre giallo et avec Viva les films sexy, facon Russ Meyer, soit 2 genres qui, à étaient plutôt misogynes. Je me demande donc comment les fans du genre perçoivent vos films puisque vous y instillez une touche féministe ?

Sincèrement, je ne suis pas vraiment fan de films genre, j’aime leur esthétique et c’est tout. Mais je n’aime pas leurs scénarios. Donc, pour vous dire la vérité, je ne regarde pas de films de genre. Je suis beaucoup plus friande de classiques des années 50-60.
j’aime l’usage de la couleur et la technique de Hitchcock, de Powell/Preissburger, de Fassbinder, de Visconti. C’est ce genre de choses que je regarde et étudie.Donc, je ne suis pas vraiment en dialogue avec des films de genre ou d’horreur excepte Peeping Tom qui est un film horrifique de Michael Powell.Ou encore les Chaussons Rouges. Pour moi, ce sont les meilleurs films d’horreur.
Question ( d’un homme): J‘aimerais savoir quelles sont les différences et les similitudes que vous avez opéré entre les protagonistes de The Face of Horror et ceux de vos deux précédents films ?
Je pense que les personnages sont conditionnés par leur environnement. Le fait qu’elle soit une femme médiévale, vivant au XIVe siècle, est une part importante de son identité, d’une certaine manière. Elle est limitée par sa position sociale. Elle essaie de trouver son identité, son bonheur et son plaisir dans cet environnement très restrictif, où elle n’a pas beaucoup d’options.
-Est-ce que l’origine japonaise a influencé directement le film ? (Surtout en ce qui concerne le fantôme ? J’aimerais savoir s’il y a des références directes que tu aurais trouvées dans le cinéma japonais et que tu aurais ajoutées à cette histoire ?
Eh bien ! La histoire est très japonaise. Il y a beaucoup d’éléments très japonais que j’ai transposes en Angleterre, qui n’ont rien à voir avec l’Angleterre. L’histoire elle-même est très particulière et très japonaise.
Au Japon, un homme pouvait crucifier sa femme avec son amant sur un morceau de bois, pour montrer qu’elle avait commis un adultère. C’est une partie de l’histoire originale. Je l’ai gardée, même si ça n’a absolument aucun sens en Angleterre parce que c’est tellement bizarre !! (rires)
J’ai aussi essayé de respecter le maquillage horrifique pour le personnage principal, exactement comme c’était décrit dans l’histoire originale avec l’oeil qui dégouline. Dans d’autres versions cinématographiques le maquillage ne correspondait pas a l’œil décrit dans l’histoire. Mais j’ai voulu le faire comme c’était écrit.
Autre chose aussi : dans les pièces de Kabuki, il y a toujours un effet de lanterne pour éclairer un visage géant qui effraye l’assassin.
Mais, je n’ai jamais vu un film qui reproduit ça. Donc, j’ai essayée de rester la plus fidèle possible à l’histoire originale. Certaines de ces couleurs viennent des influences japonaises, notamment les couleurs du kimono. 
-Dans votre dernier film, vous mettez en scènes des femmes qui souffrent, tout comme la fille sexy et puissante dans Viva et celle qui veut se venger dans Love Witch,. A laquelle d’entre elles vous identifiez-vous le plus ?
Devinez !! En fait, je m’identifie a toutes. Probablement surtout le personnage que j’a joué dans Viva, parce que c’est une femme moderne qui essaie de trouver sa propre expression et sa liberté dans le monde moderne. Plus précisément : l’héroïne de The Love Witch, Elaine n’est pas moi, elle est trop égoïste. Je me suis plutôt basée sur ma soeur.
-J’aimerais en savoir plus sur votre expérience avec l’écriture.? Votre livre Barbe-bleu est lui aussi plus ou moins une histoire médiévale…
Oui. Je n’ai pas pu réaliser ce film, donc j’en ai fait un livre. The Face of Horror narre une histoire similaire a Bluebeard’s castle.
La nuance c’est que Barbe-bleue tue plus de femmes et que le Gavin de mon livre est pire que l’Edward de mon dernier film. 
-Que préférez-vous faire sur un tournage ? Est-ce le décor ? La photo ?
Oh non, je n’aime pas faire ça seule car c’est trop dur.
Mais avec cette incroyable équipe, notamment pour le décor et les accessoires, , c’était incroyable. Je n’ai pas dû coudre, fabriquer des objets…C’était génial, j’ai juste dessiné. Et même pas a l’aquarelle, mais avec un crayon. Et c’était magique : je dessinais et des costumes merveilleux apparaissaient.
-J’aimerais savoir quelles sont vos références cinématographiques ?
Comme je l’ai déjà dit, j’ai visionné beaucoup de films classiques. J’aime les films pre-code Hays* jusqu’au Silence de Bergman.
J’aime surtout les films des années 40 et 50. Mes penchants vont principalement jusqu’aux années 60. Un peu les années 70, aussi. Et, encore une fois, j’aime principalement les films hollywoodiens et aussi des films britanniques et japonais En ce qui concerne le cinema contemporain, je m’intéresse aux films quand ils innovent.
Mònica Garcia Massagué : D’où votre choix de tourner en pellicule ? Pourquoi tournez-vous dans ce Format ?
Parce que j’ai travaillé en vidéo et j’ai détesté le résultat. Vous ne pouvez pas filmer du blanc, ni bien restituer les couleurs ! L’aspect final est horrible ! Le truc c’est que le digital n’aime pas la lumière, ça donne un résultat moche et inadéquat. Hideux !
C’est pourquoi les cinéastes qui tournent en video ne privilégient pas les couleurs. La video est un médium qui aime la pénombre. Le 16 et le 35 aiment la lumière. Si vous tournez en pellicule, vous pouvez éclairer de tous cotes et vous obtiendrez de belles couleurs. En plus, vous pouvez jouer avec le négatif et obtenir des couleurs très riches. En HD, je ne peux pas obtenir ce style.
-Dans The Face of Horror, quand Eléonore commence à être malade, on ne sait pas pourquoi, mais je pense que c’est a cause de cet homme ?
Oui, beaucoup de maladies sont créées par le cerveau, c’est sûr. En effet, elle est très malade spirituellement, c’est sûr.
Et aussi, elle s’inquiète de son apparence physique et qu’il va moins l’aimer parce que son physique change. Et ca, c’est un thème qui m’intéresse beaucoup puisqu’on est dans la même situation, peut-être même pire à cause des réseaux sociaux.
Les femmes ont toujours su ça, que si leur beauté flétrît, leur compagnon risque de les abandonner.
Mais, il est déjà absent. Il a déjà une autre femme en tête. Elle dit qu’elle veut toujours être avec lui, alors que quand il lui affirme son ‘amour’, il évoque seulement le fait qu’il aime sa peau, ses cheveux…
-Vous parliez de l’influence qu’exerce sur vous les films de Hollywood. Est-ce qu’il y a des films plus récents qui vous ont marquée ?
Je ne regarde pas beaucoup de films modernes (un temps). J’aime certains d’entre eux comme Gone Girl, The Neon Demon. Ou encore, In Fabric de Peter Strickland. J’aime les films de Guy Maddin.Tout ce qui est artistique et innovant.
-Je me demandais si vous pourriez nous en dire plus sur votre processus creatif ?…
Eh bien! J’écris un scénario et je le réécris encore et encore. Et je fais la musique aussi, ça fait partie du processus. Et je dessine à la main. Je dessine tout le story-board et aussi je fais des esquisses des costumes. Auparavant, j’utilisais de la gouache et des couleurs. Maintenant, je dessine au crayon. Je prépare tout au préalable en dessinant. Mon prochain film va être très artisanal aussi, dans ce sens-la…
…
(Photo copyright Xanae Bove)
Une salve d’applaudissements accueille sa dernier déclaration.
Si voulez en savoir plus sur l’univers inouï de la cinéaste, c’est ici
https://www.lifeofastar.com/
- Le Code Hays (ou Motion Picture Production Code) est un ensemble de directives de censure et d’autocensure qui a régi la production du cinéma américain entre 1934 et 1968. Établi sous la direction de William Hays, président de la MPPDA (l’association des studios), ce code visait à moraliser les films pour éviter que l’État fédéral ou les municipalités n’imposent une censure gouvernementale
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