Entretien avec N.Stanzick à l’occasion de la sortie de “Midi-Minuit fantastique” (Rouge Profond)

 

C’est l’événement éditorial cinématographique de l’année.
6 ans avant 1968 naissaît la plus belle revue du cinéma fantastique jamais crée, Midi-Minuit fantastique. Plus de cinquante ans après, Nicolas Stanzick et les éditions Rouge Profond, sous l’égide de leur créateur Michel Caen lui rendent le plus bel hommage possible avec la réédition restaurée de l’intégrale des numéros. Soit, en quatre volumes, agrémenté d’un dvd de bonus inédits : interviews, documents, courts métrages …
Plus qu’une revue de cinéma Midi-Minuit fantastique est un manifeste, une ouverture sur le rêve, une incitation à l’imaginaire contre les turpitudes du réel, un éloge de l’Art transgressif contre tous les interdits – et contre ceux qui méprisent le genre, qui voudraient le ranger aux côtés de l’Enfer des bibliothèques.
Michel Caen est un fou de cinéma, passant ses journées dans les salles obscures a dévorer des œuvres de tous genre. Lorsqu’il passe la porte des Editions du Terrain Vague et propose à Eric Losfeld de créer une revue consacrée au cinéma fantastique, il ne se doute probablement pas qu’il sera à l’origine de cette revue désormais légendaire avec l’aide de Jean-Claude Romer, Jean-Boullet et Alain Le Bris.
A cet âge d’or, la critique est un Art :  on parle de Bava ou de Fisher comme on écrirait des poèmes, le plaisir des mots servant le plaisir de l’image. Ils rappellent presque les Gautier, Nerval et Borel combattant aux côté d’Hugo pour la bataille d’Hernani. Aussi les textes de Midi-Minuit Fantastique se boivent littéralement, entre le plaisir de l’analyse et les envolées lyriques. D’ailleurs la revue ne s’arrête pas au cinéma, elle intègre les autres Arts consacrés à l’imaginaire, qu’il s’agisse de peintures, gravures, ou de textes poétiques, de nouvelles de fiction.  On y trouve les plumes de Francis Lacassin,  mais également des textes de Roland Villeneuve (l’auteur des fameux « musées », des supplices, du fétichisme, des vampires…) ou même Yves Boisset, Tony Faivre, Félix Labisse, André Pieyre de Mandiargues…
Epuisés, ses numéros se vendaient à prix d’or ;  grâce au travail de Nicolas Stanzick et Michel Caen ils revivent et apparaissent dans un habillage superbe –  textes retapés, photos récupérant tout leur éclat – avec moults suppléments, y compris des interludes nudies tout à fait alléchants. C’est donc un voyage dans le temps, une caverne de joyaux qui s’ouvrent à nouveau. Plongeons donc dans l’antre infernal des vampires, des monstres, des masques du démon. Et rappelons-nous que la défense du cinéma de l’imaginaire pouvait être aussi un acte politique.  Les mots de Francis Lacassin pour sa chronique des Innocents de Jack Clayton sont sans appel :
“Ceux qui n’ont pas aimé Les Innocents, ou y voient seulement une histoire graveleuse, sont incapables de passer le seuil du merveilleux. Qu’ils continuent : le fantastique n’est pas un asile de l’Armée du Salut”
Nicolas Stanzick nous rappelle qu’il est l’auteur de Dans les griffes de la Hammer lorsque littéralement vampirisé par son sujet, il nous livre sa vision de Midi-Minuit, cette revue dont nous sommes inconsciemment les enfants…
Contaminé moi-même, il me fut difficile d’arrêter l’entretien.
Pour être fidèle à l’esprit de ces volumes nous mettrons en ligne cet entretien également par épisode. Rendez-vous donc pour la suite à la sortie du volume 2.

 

A propos de Olivier ROSSIGNOT

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