Jérôme Wybon poursuit sa mission de défricheur avec cette deuxième salve « Nos années 70 », entremêlant de manière judicieuse, des œuvres du cinéma français mythiques et d’autres tombées dans l’oubli qu’il est stimulant de découvrir.

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C’est par exemple le cas de ce L’Ordinateur des pompes funèbres (1976) réalisé par Gérard Pires surtout connu pour sa période la moins glorieuse, la dernière, avec Taxi (1998) ou Les Chevaliers du ciel (2005). On oublie que cet ancien assistant de Michel Deville avait d’abord réalisé Erotissimo, une drôle de comédie dans laquelle Annie Girardot cherchait à devenir « érotique » auprès de son mari Jean Yanne afin de l’épater et de révolutionner sa vie conjugale. Et que dire de L’agression (1975), passionnant polar sombre et ultra-tendu avec Catherine Deneuve et Jean-Louis Trintignant écrit par J. P. Manchette ? Pires retrouve justement l’acteur et l’écrivain pour cette très étrange comédie fantastique qu’est L’ordinateur des pompes funèbres adaptation du roman de Walter Kempley dans laquelle on retrouve la verve satirique pour ne pas dire politique de Manchette. Cette histoire d’un informaticien d’une compagnie d’assurance découvrant que non seulement l’ordinateur recense les circonstances de la mort des clients, mais permet aussi de la programmer est aussi l’avatar d’une époque où le cinéma français s’attachait (y compris à la télévision) à un fantastique qui n’était pas forcément de l’épouvante.

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La vieille fille (1972) figure en bonne place dans la liste des beaux films français injustement oubliés, autant que son réalisateur Jean-Pierre Blanc (qui réalisera un peu plus tard D’amour et d’eau fraiche avec Miou Miou et… Julien Clerc). Et pourtant, quelle merveille ! Cette naissance d’une d’amitié – ou d’un amour – emmenée par le splendide duo Philippe Noiret /Annie Girardot (qu’est ce qu’ils nous manquent ces deux là !) est une comédie mélancolique anticonformiste dont le ton, les partis pris de mise en scène et le montage continuent à étonner et affirmer toute la singularité. Entre ces deux êtres solitaires qui se rencontrent dans un hôtel à Cassis l’ours n’est pas celui qu’on croit. Il s’en passe des choses dans ce lieu de bord de mer qui n’a rien de luxueux –  mais où le gardien se prend pour celui d’un établissement cinq étoiles – qui accueille une galerie de personnages pittoresques et décalés. Avec un regard si particulier sur le quotidien, de doux dingues parfois inquiétants déambulent et font s’échapper La vieille fille du réalisme, un peu à la De Broca, avec des situations parfois absurdes, du couple catholique (Michael Lonsdale et Edith Scob – et son regard halluciné) aussi pratiquant que déviant à Marthe Keller en femme de chambre délicieuse, ou Jean-Pierre Darras directeur très strict. Pour un peu on se croirait presque dans Palace avant l’heure. Mais domine dans ce véritable ovni une tendresse permanente qui le maintient toujours entre émotion, burlesque et poésie. La vieille fille obtint l’Ours d’Argent au festival de Berlin en 1972.

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Si Les Galettes de Pont-Aven (1975) demeure le film le plus renommé de ce trio, curieusement, lorsqu’on en parle, c’est quasiment toujours de manière réductrice voire erronée pour l’identifier à une comédie grivoise, sans doute à cause de cette séquence d’anthologie pendant laquelle Jean-Pierre Marielle s’exclame en extase devant les fesses de Jeanne Goupil qu’il compare à un Courbet son « nom de Dieu de bordel de merde ! » Et pourtant, bien que souvent très drôle, Les Galettes de Pont-Aven respire la tristesse de la solitude, et pas seulement sexuelle et serre au moins autant la gorge qu’il suscite le rire. Car le caractère subversif du cinéma de Joël Séria sous ses airs de spectacle de français moyen dissimule une véritable empathie pour ses personnages. Contrairement à Blier, Séria n’est pas un cynique, il les aime ses héros et cherche à les comprendre. En plus d’être obsédé et naïf, ce représentant de parapluies se rêvant peintre est un rêveur triste cherchant à combler le vide existentiel, à exorciser l’ennui. Ce film scellera la collaboration et l’amitié de Joël Séria et de Jean-Pierre Marielle. Il y est bouleversant.

En plus d’offrir de très belles copies, ces éditions, toujours introduites par l’intervention de Jérôme Wybon, proposent toujours les documents d’archives les plus rares :

L’ordinateur des pompes funèbres 
Interviews de Mireille Darc et Bernadette Lafont (2′)
La vieille fille
Interviews d’Annie Girardot et de Jean-Pierre Blanc (4′)
Interviews d’Annie Girardot et Philippe Noiret (3′)
Bande annonce (3′)
Les galettes de Pont-Aven
Reportage sur le tournage (4′)
Retour à Pont-Aven (44′)
Joël Séria vu par… (5′) 
Les galettes de Monsieur Perven (3′)
Bande annonce (1′)


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