Steven Spielberg nous avait déjà ouvert sa porte avec The Fabelmans, de ce qu’il est, de ce qui le définit, cet éternel enfant incrédule qui ne rêve que d’une unique chose, continuer de nous faire croire à ses histoires, et faire vivre à travers elles notre croyance en l’autre, aux destins exceptionnels (Indiana Jones, David, Ryan), à l’amour salutaire (de Rencontre du troisième type à La guerre des mondes). Et si Spielberg continue d’être Spielberg, c’est de son ardent refus de changer, encore scotché à sa chambre d’enfant pavillonnaire, à sa passion des trains en mouvement, de l’action en travelling, son obsession bienveillante à faire systématiquement naître l’humain au milieu du chaos, se torturer à défendre le bon partout où il y a le mal. Et à l’aube de ses 80 ans, Spielberg reste et restera pour toujours ce môme qui refuse de grandir, et qui nous invective de l’accompagner dans ce jeunisme de la pensée : Disclosure Day est une offrande tendue, un acte de foi. Il suffit d’y croire, de croire avec lui, en lui, pour être submergé d’une insaisissable émotion qui terrasse, celle qui continue de nous faire espérer, peut-être fantasmer, que le cinéma est parfois plus grand que le Monde.

Copyright Universal Studios

Rapidement, l’enjeu est établi par une question existentielle, et un parti pris à prendre, il n’y a pas d’intermédiaire, pas d’échappatoire, pas de diplomatie mais une fondamentale interrogation : révéler au Monde l’existence des extra-terrestres, changeant ainsi pour toujours le paradigme socio-religieux qui régit le pseudo-équilibre d’une Terre au bord de la Troisième guerre mondiale, ou continuer d’enfouir toutes ces informations pour absurdement tenter de le préserver ? Avec cette bien pessimiste idée que l’humanité plongera dans le chaos, incapable d’intégrer l’existence d’une autre espèce sur sa petite Terre égoïste. Avec cette profonde interrogation métaphysique, Spielberg soulève la question même de la religion dans sa plus pure des définitions, et la mise à l’épreuve de la foi en Dieu face à l’existence de ces nouveaux Dieux chamboulant l’Histoire de l’humanité toute entière. Et il va utiliser le personnage de Jane, ancienne nonne en abandon de poste, pour nous en fournir une réponse. Sans grande latence interrogative, il nous offre sur un plateau sa propre réflexion intime : si un tel événement arrivait, c’est en l’humanité que notre espoir se perdrait et non en Dieu, lui le créateur de toute espèce vivante (et cet échange téléphonique primordial entre Jane et son amie nonne du couvent). Ces extra-terrestres sont filmés en frères de la race humaine, symbole d’une création divine qui nous dépasse, comme la beauté parfaite d’un cerf, d’un renard, de cette nature et son invraisemblable beauté qui nous échappe : ce n’est pas en Dieu que l’humanité ne croira plus, mais potentiellement en lui-même. Spielberg ne plonge absolument pas dans un pseudo-fanatisme religieux, bien au contraire, il élève l’humanité au-dessus de ses croyances, il nous invective de croire en l’autre, aux autres, de croire en notre capacité profondément humaine à nous transformer, à faire évoluer nos consciences dans un sens du commun : la religion ne serait pas remise en question, Dieu accueillerait ses nouvelles créations, mais l’Humanité elle-même sera-t-elle prête à accepter la perte de son exclusivité ? Spielberg, Hugo, Daniel, Margaret le croient au plus profond de leurs chairs.

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Il y a du Mégalopolis de Francis Ford Coppola dans ce Disclosure Day, et cette fausse naïveté, à l’aube de la fin, cette puissance idéologique qu’est l’espoir dans le chaos, continuer de croire même au bord des abysses, être honnêtement persuadé que l’humanité a encore la possibilité de se ré-incarner. Et par quoi ? Par l’empathie et le don à l’autre. Deux séquences l’illustrent à merveille, une première où Margareth s’échappe d’un complexe militaire non par la violence mais par l’amour en son essence (en prenant le visage des êtres aimés par ses ennemis), une autre où Margareth enfant est enlevée par un extra-terrestre par une imagerie de conte (Hansel et Gretel), la matérialisation de la bonté par les animaux et cette neige brûlante. Et puis il y a la capitale reconstruction de sa maison d’enfance pavillonnaire en halo protecteur. Mais cette maison, c’est bien celle de Spielberg, de son enfance éternelle, celle de tout un pan de son cinéma (E.T en tête), elle est reconstruite, bâtie, va un instant même disparaître aux yeux des autres, elle est la métaphore vivante de cette intériorité spielbergienne, celle qui vit par le souvenir et son idéalisation.

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Mais puisqu’il faut que le Monde sache, Spielberg utilise la révélation (disclosure) pour faire rayonner son appel au partage. De ce qui symbolise le pire (les réseaux sociaux théâtre de toutes les horreurs, les écrans l’idiocratisation générale) devient en un instant la solution, et le vecteur salvateur d’un monde qui écoute, enfin prêt à se transcender dans une évolution décisive à son propre sort. Car si le Monde est au bord du gouffre, Spielberg lui ne nous lâche pas, bien au contraire. Avec Disclosure Day, il nous incite à y croire, en nous-même, en notre capacité à aimer l’autre, et que le seul rôle de ces visiteurs, l’unique rôle de leur venue, est simplement de nous le rappeler.

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