Réalisé en 2012, unique long métrage de l’homme de théâtre roumain Silviu Purcarete, Il était une fois Palilula ce film n’avait jamais jusque-là franchi assez de frontières pour arriver jusqu’à nos écrans hexagonaux. Peut-être justement trop théâtral (on peut déceler assez aisément les origines artistiques de son réalisateur), jurant trop avec les films réalistes et/ou conceptuels des jeunes tenants de la Nouvelle Vague roumaine ayant déferlé sur les rivages cinéphiles depuis le mitan des années 2000.

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Car Palilula, ville fictive à la population pittoresque où se situe l’action du film, ressemble ne effet à un énorme plateau de théâtre, lieu à la fois assez grand pour abriter ses habitants tous plus extravagants les uns que les autres et assez petit pour être coupé d’un monde qui ne le remarquera même pas. Palilula évoque quelque peu le Macondo de Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez par ses allures picaresques et par cette idée tenace d’une ville en vase clos figée dans le temps mais aux constantes évolutions qui se font presque malgré elle. Nous connaîtrons l’endroit grâce à Serafim, jeune docteur arrivant par le train sous la neige dans cette étrange bourgade où il semble presque inutile (le médecin est obstétricien dans une ville qui ne voit plus naître d’enfants !) mais où il est inexplicablement attendu de pied ferme par la population.

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Et le film de se faire chronique d’un temps qui passe, qui tourne en boucle tout en accueillant de façon plus ou moins gentille ou extravagante les événements toujours teintés d’onirisme qui vont rythmer cette vie où le dérèglement est une règle. La fresque de Silviu Purcarete, apparemment très personnelle, n’est pas sans rappeler parfois le Fellini de Roma (1972) par sa façon de considérer le temps comme une notion abstraite et malléable puisque dépositaire de la mémoire, par son choix de faire de sa ville-monde une artificialité faite de carton-pâte et de magie du rêve, par une volonté de porter la poésie baroque de son cinéma à une sorte de sommet exubérant. Tout ceci recèle un charme, une mélancolie, un sens de la nostalgie très touchants, permettant d’oublier quelques moments que l’on pourrait considérer comme « de trop ». Mais en même temps, l’essence même des plus beaux rêves n’est-elle pas de durer parfois plus qu’il ne faudrait tout en nous faisant dire au réveil que tout cela n’a pas duré assez longtemps ? Le rêve chez Marquez n’a-t-il pas duré cent ans ?

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Beau film théâtral donc, dont les décors modulables (ainsi que les personnages eux-mêmes, dont certains peuvent changer de visage !) nous laissent quelquefois dans le doute quant à savoir si ce que nous avons vu deux minutes plus tôt est bien advenu. Ou la vision d’Il était une fois Palilula comme une série de songes enchâssés se chassant les uns les autres.

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A propos de Michaël Delavaud

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