Il est vrai qu’en ces temps de scandale d’agression sexuelle (le film date de 2017) où chacun profitait d’une situation tragique et explosive pour s’arroger le droit de se substituer à la justice, se réveillant redresseur de tort en réinterprétant les faits, Une Part d’Ombre arrivait à point nommé, se faisant l’écho d’un climat particulièrement nauséabond. La zone d’ombre est celle qui fascine parce qu’elle laisse place au questionnement et à l’interprétation. La manière dont l’humain cherche à la combler et l’invente est un beau thème capable d’atteindre tour à tour le métaphysique et le social. Le thème du film est donc assez simple : David, un professeur sans histoire en vacances au ski, passe de témoin à suspect idéal lorsqu’est découvert le corps d’une jeune femme juste à côté du chalet qu’il loue avec des amis. Alors que quelqu’un déclare l’avoir vu sur le lieu du crime, lui se rappelle de la présence d’un rôdeur qui lui ressemblait étrangement, qu’il soupçonne d’être le tueur. Il va donc partir à sa recherche, mais il est déjà trop tard. La mécanique de la rumeur est déjà lancée, l’image ternie ; un à un ses connaissances, collègues et amis le lâchent, le regardant d’un mauvais œil d’abord avant de participer à son dénigrement. Mais qui est vraiment David ?

© Destiny Films

Samuel Tilman organise plutôt bien cet engrenage inéluctable, et tout particulièrement la manière dont une petite collectivité respectable (ah, ces fidèles amis ! Ah, l’éducation nationale !) laissent le doute s’immiscer en toute bonne conscience et leurs fantasmes agir au point de réinventer la réalité. L’arrogance de l’apprenti détective se mêle au voyeurisme jusqu’à l’abjection. De même, Une part d’ombre développe de manière plutôt intéressante cette idée d’amalgame de la faute. En fouillant sa vie privée, on découvre que David trompait sa femme avec une plus jeune. Puisqu’il était infidèle il ne serait pas étonnant qu’il soit criminel ! Hélas, si Samuel Tilman scrute habilement cette bassesse de l’âme humaine, contrairement à un Chabrol qui s’en serait servi pour une subtile étude de mœurs, il préfère semer un doute stéréotypé au sein du spectateur.

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Il en résulte un polar balisé plutôt quelconque porté par un parcours héroïque que l’on finit par suivre distraitement. Après ses coups de théâtre le cinéaste conclura Une Part d’Ombre par un twist final mal amené sans nous épargner la plaidoirie soporifique qui souligne avec démonstration tout ce qui était précédemment implicite. Si c’est pour nous répéter qu’avoir une maîtresse n’est pas aussi coupable que d’en assassiner une, merci, on avait compris. Ajoutons à cela que visuellement c’est peu palpitant, dominé par une esthétique du champ/contre-champ, et que l’aboutissement narratif ultime débouche sur un montage alterné lourdingue. C’est d’autant plus dommage que dans l’ensemble, les acteurs sont convaincants, Fabrizio Rongione en tête, donnant une vraie consistance à son personnage. Pour le reste, c’est un peu le b-a ba d’un cinéma artistiquement neutre et sans surprise, ni bon ni franchement mauvais. On comprendra que ce qui manque le plus à Une Part d’Ombre, c’est la part d’ombre elle-même.

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