Simon, un petit garçon de six ans a trouvé sa place au sein de la famille d’accueil qui s’occupe de lui depuis qu’il est bébé… jusqu’au moment où son père biologique entreprend les démarches destinées à lui faire retrouver sa garde. C’est un déchirement pour Anna, partagée entre son rôle, dès le départ possiblement transitoire dans la vie de Simon, et son amour pour lui. Avec une grande sensibilité, Fabien Gorgeart, qui s’est inspiré de son propre vécu – il occupa dans la réalité la place d’Adrien, frère aîné de Simon dans sa famille d’accueil – retranscrit le processus, douloureux pour tout le monde mais inévitable, visant dans un même mouvement la séparation de Simon d’avec sa famille d’accueil et sa construction d’une nouvelle vie avec son père. Très émotionnel, La vraie Famille réussit à laisser une place à chaque protagoniste, aux sentiments, aux doutes, aux failles de chacun dans une étape particulièrement déstabilisante. C’est un film sans réponse à son titre, ou plutôt si, la « vraie famille » se révélant in fine être constituée de toutes les personnes qui aiment l’enfant. Pragmatiquement, légalement, les services sociaux œuvrent dans l’intérêt premier de l’enfant, faisant en sorte, lorsque cela est possible, de privilégier son retour dans sa famille biologique.

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A ce titre, la classification de la fonction de famille d’accueil en termes de « métier » aurait presque quelque chose de choquant, tant il est évident que Anna dépasse largement cela et ne fait aucune différence entre ses fils et Simon. Ainsi, sa difficulté à s’éloigner du petit garçon ne saurait être une faute professionnelle, mais une réaction totalement humaine, ici interrogée mais pas jugée. Cependant, parfois, il arrive que Fabien Gorgeart se prenne un peu les pieds dans le tapis, en laissant entendre qu’entre le mauvais père prolo – un chouia impulsif, un chouia manipulateur – et la famille plus aisée ayant les moyens de tout offrir au gamin, jouets, merveilleux Noël et séjour au ski, le choix n’est pas si compliqué et que les services sociaux sont méchamment injustes de ne pas le comprendre. Le côté, « laissons les enfants à ceux qui ont les moyens de leur offrir du bonheur » reste, avouons-le, un peu embarrassant.

La Vraie famille: Mélanie Thierry, Lyes Salem

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Trop premier degré, trop dans l’affect instantané, parfois La Vraie Famille, gêne alors aux entournures et laisse un petit sentiment désagréable, mais compte-tenu de la spontanéité autobiographique du cinéaste nous mettrons plus ces défauts sur le compte du regard maladroit (le retour sur sa propre observation d’enfant candide) que de l’idéologie socialement douteuse.  La formidable Mélanie Thierry incarne magnifiquement cette maman et l’ensemble de la distribution, enfants comme adultes, se révèle juste et émouvant. Dans un rôle pas des plus séduisants, Félix Moati impressionne également, offrant au personnage un condensé d’émotions contradictoires entre violence et fragilité.

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Mais c’est peut-être Lyes Salem qui impressionne le plus dans la justesse de son interprétation, car il est celui dont le jeu est le plus rentré, le plus discret mais dont le naturel éclate littéralement. Les enfants, sont quant à eux tous les trois incroyables de vérité. Fabien Gorgeart leur donne la réplique avec une mise en scène partagée elle aussi entre la réalité – le quotidien dans ce qu’il a de plus naturel – et la bulle qui refuse cette réalité – ce sont tous ces moments suspendus, de jeux, de rires, saisis par une caméra flottante, comme dans un rêve. Cet instantané du lien, de l’amour filial, parental, fraternel, s’il joue parfois un peu trop sur la corde sensible n’en demeure pas moins désarmant de sincérité.

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A propos de Audrey JEAMART

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