Après Mortal Kombat et la saga Resident Evil (dont il a signé quatre épisodes sur six, se contentant du scénario et de la production sur les deux autres), Paul W.S. Anderson s’attelle avec Monster Hunter à une nouvelle adaptation de jeu vidéo (développée par Capcom, comme la franchise zombiesque). Pionnier et stakhanoviste dans la discipline (on peut ajouter à son CV la production du Dead Or Alive de Corey Yuen), le réalisateur a pourtant démontré depuis bien longtemps qu’il s’intéressait moins à respecter ses matériaux de base (le constat vaut également pour Alien vs. Predator et Les Trois Mousquetaires) qu’à mettre en images ses pures envies personnelles, au grand dam des gamers et des cinéphiles. Conspué de toute part depuis plus de deux décennies (à l’exception peut-être d’Event Horizon) à quasiment chacune de ses sorties, le Britannique s’est paradoxalement construit une filmographie cohérente (pour le meilleur et pour le pire), en s’exerçant à une échelle de budgets intermédiaires souvent très rentables, lui assurant une sorte de confort pour mener à bien ses projets. Dans l’indifférence d’une critique qui a lâché l’affaire depuis belle lurette et sans se soucier des éventuels ricanements d’un public dépité, il semble évoluer en autarcie, éloigné des tendances, fidèle à une ligne directrice maltraitant la grammaire cinématographique, quitte à accoucher de vrais petits plaisirs décérébrés. En témoignent son remake de Death Race avec Jason Statham, un Resident Evil Retribution par instants sidérant, abandonnant définitivement toute velléité narrative pour proposer un spectacle oscillant entre vulgarité et abstraction, ou encore sa version du classique d’Alexandre Dumas, pop et décomplexée. À condition d’avoir accepté de franchir la ligne du bon goût, il n’est donc pas interdit de défendre ce représentant tardif d’un cinéma de contrebande hérité du bis Italien des années 70. Co-production mêlant États-Unis, Europe et Asie (Chine/Japon, avec la Toho, le studio derrière les Godzilla et plusieurs Akira Kurosawa), mettant en scène l’épouse d’Anderson, Milla Jovovich, aux côtés de Tony Jaa, Ron Perlman et du rappeur T.I, dans un univers alternatif où notre monde en cache un autre, dominé par de puissants et dangereux monstres. Lorsque le Lieutenant Artemis (Jovovich) et son unité d’élite traversent un portail qui les transporte dans cette dimension parallèle, ils subissent le choc de leur vie. Au cours d’une tentative désespérée pour rentrer chez elle, l’intrépide soldat rencontre un chasseur mystérieux (Jaa), qui a survécu grâce à ses aptitudes uniques. Faisant face à de terrifiantes et incessantes attaques de créatures, ces guerriers vont devoir faire équipe pour se défendre et espérer trouver un moyen de retourner chez eux. Sa sortie en salles contrariée pour cause de pandémie, le film arrive en France en deux temps, d’abord en achat digital, (le 14 avril), puis en VOD / Blu-Ray / DVD dès le 28.

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À partir d’un pitch aussi improbable, ne respectant que très peu le jeu vidéo d’origine, pouvions-nous espérer que ce Monster Hunter soit une réussite cinématographique? Pas vraiment, et Anderson décide dès l’ouverture chaotique et difficilement lisible, de donner raison à ses détracteurs. Le film se veut un spectacle certes généreux (il ne faut pas attendre plus de trois minutes avant de voir apparaître le premier monstre), se passant de scènes d’exposition à rallonges, mais également complètement crétin. Le réalisateur n’essaie à aucun moment de crédibiliser son univers ou, a minima, de le rendre compréhensible, plus intéressé à l’idée de déployer avec un certain plaisir enfantin, tout un bestiaire numérique, oscillant entre le réussi (les insectes peuplant les cavernes) et le franchement moche (les fameux Diablos). La direction artistique d’un goût pour le moins douteux (au hasard, le look de Ron Perlman), menace à chaque instant de faire basculer le métrage dans le ridicule kitsch, d’autant que l’action ne brille pas par sa grande inventivité, les compétences du cinéaste pour filmer le dynamisme n’étant (à quelques rares exceptions près) toujours pas prouvés. Prenons l’exemple de Tony Jaa, acteur aux talents de comédien limités mais véritable artiste martial dont les exploits sont foncièrement cinégéniques. Ce dernier (possiblement imposé par les producteurs asiatiques) n’est mis à aucun moment en valeur au cours des rares séquences de combat en corps à corps. Surdécoupées, bourrines et platement chorégraphiées, elles ne rendent aucunement justice aux prouesses physiques de l’athlète, réduit à simple rôle de sidekick. Accompagnée par les notes peu inspirées de Paul Haslinger, pourtant ex-membre de Tangerine Dream, déjà compositeur de la bande originale de Death Race, l’aventure avance sans véritable enjeu, le réalisateur limitant la quête de ses héros à quelques plans sur des montagnes avant de conclure le tout dans un final expédié, ouvrant de manière opportuniste la voie à une suite, via un ultime plan foncièrement désinhibé. Preuve de sa confiance quant à la réussite de son projet, cet épilogue affiche le désir de pouvoir s’atteler à une nouvelle franchise, avec la candeur palpable d’un individu trop heureux de pouvoir exploiter un nouveau filon vidéoludique. Pourtant, à regarder de plus près, seule la partie survival, centrée sur la protagoniste et son histoire d’amitié avec le chasseur, semble être digne d’intérêt pour lui, donnant ainsi un indice sur sa véritable volonté de mise en scène.

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Depuis près de vingt ans, et la sortie de Resident Evil premier du nom, Milla Jovovich est progressivement devenue une figure centrale de la galaxie Anderson. Aussi bien personnellement (le couple s’est marié en 2009), que professionnellement, l’actrice est au centre de toutes les attentions du réalisateur. Alice flingueuse et dotée de super pouvoirs traquant les zombies, ou Milady de Winter adepte du kung-fu, tous les prétextes sont bons pour mettre son épouse en avant, et lui confier des rôles de femmes fortes par la même occasion. Dans Monster Hunter, la comédienne s’avère plutôt crédible et convaincante (il n’en est pas de même pour le reste du casting) en meneuse d’homme se changeant tout à coup en véritable walkyrie, épées et armure comprises (elle porte d’ailleurs le nom d’Artémis, déesse chasseresse). Très rapidement, le scénario (signé par le cinéaste lui-même) la sépare de son unité (sorte de version beauf des Marines d’Aliens) et entame un récit de survie, classique mais plutôt efficace, où la militaire évolue dans le monde hostile. L’approche formelle se voit temporairement changée : les plans durent plus longtemps qu’auparavant, flirtent avec la tentation contemplative en isolant l’héroïne au sein de décors désertiques. Un rythme plus lent s’impose alors et une application appréciable est à constater dans la construction de cadres résolument graphiques, en lieu et place de la frénésie habituelle. Ces séquences sont malheureusement les seules à afficher un semblant d’intérêt cinématographique, le reste du métrage sombrant dans les travers récurrents du Britannique, incapable d’assumer le « one-woman-film » et obligé d’adjoindre d’autres personnages à sa compagne.

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Loin de nous l’envie d’enfoncer davantage un réalisateur qui fait figure de cible facile et toute désignée, mais plutôt de tenter de brosser son portrait paradoxalement atypique dans le paysage actuel. Moins un tâcheron qu’un artisan d’exploitation, façonnant année après année ses propres jouets (il officie aux côtés du même producteur, Jeremy Bolt, depuis ses débuts en 1994 avec Shopping) en toute inconscience et inconséquence, Paul W.S. Anderson se pose comme le pendant tardif et moderne des Enzo G. Castellari, Umberto Lenzi et autres figures phares d’un cinéma bis quasi disparu des grands écrans. Guidé par un amour des scènes gratuites mais jouissives (quand elles ne sombrent pas dans le ridicule total, les interactions à base de tablettes de chocolat en sont un flagrant exemple) et un semblant de mauvais esprit (bien que très lissé), comme cette façon de désigner le monde des humains par un plan sur une canette de Coca-Cola, le bougre en devient, à sa manière, attachant. Surtout, comme ses aînés et vrais pères spirituels, il ne lésine pas sur les recyclages à peine dissimulés, avec une innocence presque communicative. Quand Event Horizon lorgnait du côté d’Alien, que Resident Evil dupliquait ad nauseam des effets de styles popularisés par Matrix, Monster Hunter quant à lui, pille notamment trois gros succès de la décennie 2010. Ses visions post-apocalyptiques semblent tout droit sorties de Mad Max : Fury Road (pour preuve, la tempête de sable et ses plans copiés-collés), la virtuosité en moins (à noter que Resident Evil : Extinction, réalisé par Russell Mulcahy, puisait déjà en son temps allègrement l’univers de Mad Max 2), l’aspect spectacle de fête foraine rempli de gros monstres nous renvoie aux deux Jurassic World, quand le grand boss final rappelle inévitablement Smaug de la saga Le Hobbit. Infâme plagiaire décérébré et dénué de talent ou sympathique réalisateur de seconde zone ? Si le long-métrage souffre de trop de lacunes pour être défendu outre mesure, on penche néanmoins pour la deuxième option.

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Disponible en VOD,  4K Ultra HD, Blu-Ray et DVD chez  Sony Pictures.

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