Registre très en vogue à Hollywood durant les années 70 (L’Aventure du Poséidon, La Tour Infernale, Le Pont de Cassandra,…), dont la popularité coïncide avec une prise de conscience écologique couplée aux progrès considérables des effets spéciaux, le cinéma catastrophe disparaît quasiment au cours de la décennie suivante. Les échecs de L’Inévitable Catastrophe, Meteor ou Le Dernier Secret du Poséidon peuvent témoigner d’un phénomène de lassitude expliquant son extinction prématurée autant qu’un changement d’époque et d’humeur assez nets. En effet, cette période sera marquée par l’avènement de nouveaux types de héros (prenant les traits de Sylvester Stallone, Arnold Schwarzenegger ou plus tard de Bruce Willis) dans le paysage, la recherche d’autres formes de spectacles moins « réalistes » (ou alarmistes, c’est selon) et surtout un besoin de retrouver une forme de triomphalisme, une culture de la victoire propre aux présidences de Ronald Reagan. A contrario, les nineties furent l’occasion d’une véritable résurrection, d’une seconde vague du genre, bénéficiant de nouvelles avancées techniques probantes et aidée par les succès de deux films de Ron Howard, Backdraft puis Apollo 13. Entre 1996 et 1998, sont sortis Independance Day de Roland Emmerich, Twister de Jan de Bont, Daylight de Rob Cohen, Titanic de James Cameron, Volcano de Mick Jackson, Le Pic de Dante de Roger Donaldson, Armageddon de Michael Bay, Deep Impact de Mimi Leder, Godzilla de Roland Emmerich (encore lui !)… Incendie, accident spatial, éruption volcanique, invasion extraterrestre, écroulement, attaque de monstre, météorites ou tornades, les prétextes furent multiples pour confronter des personnages divers à leur survie ou au sauvetage de la planète Terre. Vingt-six ans après sa sortie sur grand-écran, c’est au deuxième long-métrage de Jan de Bont que nous allons nous intéresser. Directeur de la photographie hollandais très doué, il se révèle localement aux côtés de Paul Verhoeven avec qui il collabore à six occasions (pas des moindre, il est à l’image sur Turkish Delight, La Chair et le Sang ou Basic Instinct), avant d’attirer l’attention outre-Atlantique. Sa cote atteint son pic dès lors qu’il officie sur Cujo de Lewis Teague, Piège de Cristal et À la poursuite d’Octobre Rouge de John McTiernan ou Black Rain de Ridley Scott. Il a alors l’envie de passer à la réalisation et saisit l’opportunité en 1994, lorsqu’il met en scène Speed, succès critique et commercial porté par les jeunes Keanu Reeves et Sandra Bullock, qui devient en peu de temps un classique du cinéma d’action. Dans la foulée, il travaille sur un projet de transposition américain de Godzilla, mais doit faire face à la prudence des studios refroidis par un budget gigantesque. Steven Spielberg arrive à point nommé en lui proposant de réaliser Twister. Produit via sa société Amblin, peu après le carton mondial de Jurassic Park, ce blockbuster a vocation à être le terrain d’expérimentation de nouvelles prouesses technologiques loin de s’être démocratisées et la démonstration de force du savoir-faire d’ILM en matière d’images de synthèse. Le filiation avec le mastodonte spielbergien est accentuée par la présence de Michael Chrichton au script, ici épaulé par son épouse Anne-Marie Martin. Pari commercialement réussi, le film terminera à la deuxième place du box-office annuel (USA comme mondial), derrière Independance Day et se rangera parmi les grands spectacles emblématiques de la décennie 90. Édité une première fois en 2009 aux balbutiements de la haute-définition sur supports domestiques, il intègre à la collection VHS-Box d’ESC (comprenant DVD, Blu-Ray, un livret de trente-deux pages ainsi que des goodies : un poster, sept photos et un magnet), en plus ressortir séparément en Blu-Ray et DVD.

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Jo Harding (Helen Hunt) n’était encore qu’une enfant lorsque son père fut emporté par une tornade dévastatrice. Vingt-sept ans plus tard, à la tête d’une équipe de chasseurs de tornades, elle traque ces mystérieuses intempéries qui ravagent les plaines américaines afin de mettre au point un système de détection préventive. Cet été, la météo prévoit la plus violente tornade qui ait frappé l’Oklahoma depuis trente ans… La chasse est ouverte !

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Pure coïncidence ou date stratégique, le prologue de Twister se déroule en 1969, soit l’année précédant l’âge d’or du genre au sein duquel le long-métrage s’inscrit. Soutenu par la beauté de ses plans figuratifs et la qualité de ses effets spéciaux (on parle de plus de trois-cent plans truqués, le résultat demeure toujours stupéfiant un quart de siècle plus tard), cette introduction présente le trauma de l’héroïne à travers une séquence aussi convaincante sur la forme que balisée sur le plan de l’écriture (le sacrifice du père pour sauver sa famille). Dès lors, le film épouse sans dévier de sa trajectoire un schéma narratif classique maintes fois éprouvé dans le registre, soit des enjeux codifiés et prévisibles, dévoilant des personnages fonction à la psychologie sommaire. Bill et Jo, un couple en instance de divorce amené à se reformer au gré des péripéties (Helen Hunt et Bill Paxton), Jonas, un antagoniste immédiatement antipathique (Cary Elwes), Dustin, un trickster permettant de détendre l’atmosphère (Philip Seymour Hoffman)… Peu de surprises en somme à l’intérieur de ce déroulé finalement secondaire, avant tout nécessaire afin d’encadrer le spectacle. Ces ficelles (plus ou moins grosses) et lieux communs fonctionnent néanmoins en tant que tels. De plus, ils bénéficient d’un casting impliqué, favorisant l’attache aux archétypes qu’ils campent, une donnée importante en vue de vivre et apprécier pleinement la grande attraction mise en scène par Jan de Bont. Toutefois, se décèle une petite originalité notable, ici les protagonistes ne cherchent pas à fuir les catastrophes, mais au contraire courent perpétuellement après, ils foncent directement en direction du danger. On s’en amuse d’ailleurs explicitement au détour de deux répliques successives : « les gens ordinaires passent leur vie à éviter les situations délicates. Repo Man passe la sienne à les chercher ». Individualités impuissantes, les héros cherchent à comprendre un phénomène qu’ils ne peuvent contrer, croient contrôler les événements alors qu’ils se révèlent systématiquement dépassés. Le réalisateur s’accommode parfaitement de cette dimension pour nous immerger au cœur de l’action et rechercher les sensations fortes, entre volonté de réalisme et démesure totale.

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Techniquement virtuose, Twister monte crescendo, chaque tornade surpasse la précédente en termes d’ampleur, pour se poser en montagnes russes à la fois fondamentalement vaines et foncièrement efficaces. L’originalité se trouve dans la nature du spectacle : courses-poursuites délirantes face à un phénomène météorologique imprévisible, éléments divers et variés qui volent et deviennent sources de dangers considérables (une vache, une voiture, un camion-citerne, une maison)… Le film se donne les moyens de nous en mettre plein la vue et ne manque pas de générosité quant au nombre de temps forts qu’il propose. Inspiré, Jan de Bont, mêle visions purement sidérantes lorsqu’il isole ses héros face à l’immensité du décor ou filme sobrement un paysage ravagé, ne limitant ainsi pas ses prouesses aux seules scènes de destructions. Il agrémente également son long-métrage de quelques clins d’œil cinéphiles : la machine visant à étudier les tornades est baptisée Dorothy soit le nom de l’héroïne du Magicien d’Oz, précisément envoyé dans le pays d’Oz par cette même catastrophe. Lors de l’un climax les plus impressionnants, l’action se déroule pendant une séance de cinéma drive-in où est projeté Shining (par ailleurs, deux rôles secondaires répondent aux prénoms de Stanley et Kubrick). Alors que la ville entière s’apprête à être ravagé, l’écran s’arrache précisément lors de la scène de la hache, créant alors un effet de synchronisation entre les deux images. Outre l’hommage, culture populaire passée et présente se confondent, en faisant appel à la mémoire et l’imaginaire du spectateur. Peu après, les personnages se réfugient dans un garage (la construction de la séquence et la montée de la tension rappellent la scène de la cuisine de Jurassic Park), où ils sont, entre autres, attaqués par des bobines de pellicules, mise en abyme d’un cinéaste s’amusant à malmener fictivement son monde, à des fins artistiques et récréatives. Cette facette plus « inconséquente », s’exprime de manière à peine dissimulée dans les derniers instants, où la joie excessive de certains, trahit le lourd prix à payer pour la réussite de l’entreprise : des pertes humaines et matérielles considérables. Cette décontraction finale résume l’approche du réalisateur : échafauder un divertissement ambitieux, en le prenant totalement au premier degré et très au sérieux afin de procurer sensations fortes et plaisir primaire à son audience.

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Jusque dans ses limites les plus évidentes, Twister, porte les marques d’une conception du grand spectacle aujourd’hui révolue, ses stéréotypes d’écritures symptomatiques des années 90, peuvent même revêtir un plaisir nostalgique à la revoyure. Objet imparfait et attachant réussissant son pari d’inspirer le réalisme à renforts d’effets spéciaux de pointe, de jouer sur les échelles sans perdre de vue le facteur humain, il se suit sans ennui ni déplaisir. Parmi les réalisateurs les plus en vue dans le domaine de l’entertainment hollywoodien à l’époque, Jan de Bont ira par la suite de déceptions en déceptions (Speed 2, Hantise…) jusqu’à disparaître du paysage. Toujours est-il que ce blockbuster taillé sur mesure pour cartonner n’a rien perdu de ses vertus simples mais réelles avec le temps. Pur exercice de démonstration technique, il bénéficie grâce à ESC d’une belle copie et surtout d’une piste Dolby Atmos permettant de tester la puissance de ses installations sonores pour les mieux équipés, histoire d’optimiser son visionnage. La plupart des suppléments proposés proviennent d’éditions antérieures : Les coulisses de Twister, L’anatomie d’une tornade, À la poursuite de la tempête : revoir la tornade, le commentaire audio de Jan de Bont et du responsable des effets visuels Stefen Fangmeier (le document le plus riche en anecdotes mis à disposition)… Exception faite toutefois d’un entretien inédit et captivant en compagnie de Gilles Penso (journaliste spécialisé, réalisateur notamment de Ray Harryhausen – Le Titan des effets spéciaux). Il revient avec pertinence sur le projet et sur la carrière du metteur en scène, il insiste sur la volonté de ce dernier que ses acteurs exécutent le plus possible de cascades couplée au choix d’une caméra mobile, proche de leur corps pour une immersion et un réalisme maximums. Il évoque également la place précurseur de Twister dans l’utilisation des images de synthèse tout en mettant l’accent sur la sophistication du sound design.

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A propos de Vincent Nicolet

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