Production hispano-britannique sortie en 1972 et mettant en vedette Christopher Lee et Peter Cushing, Terreur dans le Shanghai Express vient de ressortir en Blu-Ray chez Le chat qui fume, dans une version (comme toujours chez cet éditeur) intégrale et entièrement restaurée…

Copyright © Le chat qui fume

En 1903, lors d’une expédition au Tibet, le paléontologue Alexander Saxton découvre un homme préhistorique congelé depuis deux millions d’années. Saxton entreprend alors de transporter sa trouvaille dans une caisse et de la rapatrier à Londres en empruntant le Transsibérien, à bord duquel il retrouve son confrère biologiste, le Dr Wells. Mais au cours du voyage, la créature revient à la vie et commence à s’attaquer aux passagers du train…

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Réalisé par l’espagnol Eugenio Martin (auteur sous divers pseudonymes d’une trentaine de longs-métrages parmi lesquels Meurtre dans la piscine, Pancho Villa et le très politique Candle for the devil fustigeant le puritanisme et le totalitarisme de son pays), Terreur dans le Shanghaï Express s’impose (et sidère) par sa qualité formelle et l’efficacité de sa mise en scène. Filmé avec un budget dont minimal ne serait que le prénom (ainsi que nous le signalent Christophe Lemaire et Philippe Chouvel dans deux entretiens riches en anecdotes compris dans les bonus du Blu-Ray), le film se révèle en effet visuellement superbe – avec ses décors comprenant un train somptueux, des paysages enneigés et une gare aux nombreux figurants – et totalement maître de son rythme et de sa tension dramatique. L’intrigue se révèle ainsi palpitante, parvenant à instaurer une vraie tension lors des scènes de meurtre mais sachant aussi surprendre par la poésie de certaines séquences (notamment une séance de dissection plus imaginative que clinique) – aidée par une mise en scène ménageant savamment ses effets entre meurtres oniriques, possessions, transe et créature monstrueuse largement plus convaincante que ne le laisseraient supposer l’âge et le budget du film. 

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La distribution est également à mentionner, la totalité du casting se trouvant sur-investie dans le projet, de Christopher Lee – en paléontologue flegmatique devant défaire la malédiction qu’il a, par hubris, jetée sur le monde – à Peter Cushing (dont la performance ne laisse voir à aucun moment qu’il avait d’abord souhaité renoncer à ce film et au cinéma tant il était alors affecté par la perte récente de son épouse) en passant par Telly Savalas (déboulant de façon tout à fait inattendue dans le film dans le rôle d’un cosaque truculent) et Alberto de Mendoza (notamment remarqué en France pour son rôle du roi d’Espagne dans La folie des grandeurs) particulièrement troublant en moine fou… 

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Rappelant en bien des aspects (huis-clos, cadre géographique froid et créature pouvant prendre possession du corps d’autrui) la nouvelle La chose de John W. Campbell (et donc ses adaptations La chose d’un autre monde de Christian Nyby et The Thing de John Carpenter) dont il n’est cependant pas officiellement adapté, le film fait également partie des toutes premières œuvres qui, dans les années 70, s’inspirèrent officieusement de Lovecraft, ainsi qu’en témoigne l’apparence de « divinité païenne venue du fond des âges » de la créature mentionnée plus haut. Tel un clin d’œil ironique, le titre du long-métrage annonce quant à lui la dimension composite de ce dernier, entre horreur et suspense à la Agatha Christie (on pensera notamment au Crime de l’Orient-Express auquel il emprunte son unité de lieu). Terreur dans le Shanghaï Express demeure ainsi un parfait exemple de l’hybridité qui fut alors – aussi bien en Espagne qu’en Italie – celle d’un cinéma horrifique partagé entre le désir de marcher sur les traces du genre anglo-saxon – y compris en lui empruntant ses stars – tout en lui imposant une sensibilité spécifique, donnant lieu à une atmosphère souvent plus délétère (moins délicate) que celle, très « british », des films de la Hammer, cette esthétique (née, dans le cadre du cinéma espagnol, en réaction au franquisme) se retrouvant aussi, entre autres, chez Jess Franco (avec ses variations autour des Yeux sans visage, de Fu Manchu ou du vampirisme) ou Joseph Larraz (avec The House That Vanished, Symptoms, ou Deviation où de charmants cottages anglais semblent être contaminés par un climat malsain et une sexualité déviante)…

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Terreur dans le Shanghaï Express demeure donc une œuvre culte à (re)découvrir, aussi bien pour son charme bis que pour son étrange et singulière beauté. Grâce au Chat qui fume et à l’approche des fêtes de fin d’année, c’est désormais possible, et ce dans les meilleures conditions.

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