Eloy de la Iglesia – « The Priest » (1978) [Artus Films]

Parmi les films qui marquent la fin du franquisme et qui libèrent enfin sans ne plus avoir à crypter leur colère toute la hargne rentrée jusqu’à présent, ceux d’Eloy de La Iglesia figurent en haut de la liste, autant en terme de puissance du message que de qualité de cinéma. Le voici donc nous racontant les tourments d’un jeune prêtre conservateur sous Franco. Rongé par des pulsions sexuelles qu’il ne parvient plus à réprimer, s’il rencontrait quiconque éprouverait les mêmes désirs, il le condamnerait pourtant avec indignation. Déchiré entre son appétit et sa foi, son esprit se fissure.

On connaît l’anticléricalisme du cinéaste, mais on peut dire qu’avec The Priest il atteint des sommets de colère et de sarcasme, avec une violence qu’il ne pourra dépasser. Eloy de la Iglesia attaque frontalement le pouvoir de l’Église sous Franco, mais sans caricature. Sa réflexion contemporaine n’a rien perdu de sa puissance. Il évoque la dissidence au sein de l’institution, à travers un personnage antifranquiste convaincu qu’une autre foi est possible, mais se confrontant aux conservateurs obsédés par le péché et la punition. La religion est politique affirme Eloy de la Iglesia.

© Artus Films

 

Si The Priest est si captivant, c’est parce qu’il mêle ironie, sarcasme et humour tout en créant une empathie pour son héros confronté avec son « moi » à une humanité qu’il ne soupçonnait pas. Avec ce rôle qui pourrait parfois être vu comme une déclinaison réaliste du Moine de Lewis, Simón Andreu prouve qu’il est aussi crédible en mâle dominant chez Vicente Aranda (La Mariée sanglante) qu’en religieux torturé par la tentation. Il est ridicule quand il hurle avec véhémence sa haine du péché et rejette toute réforme, alors que des visions obscènes l’envahissent ; pourtant plus sa souffrance grandit, plus il est difficile de ne pas le plaindre. La mise en scène excelle dans balancement entre provocation jubilatoire et tragédie, rire et émotion. De la Iglesia prend un malin plaisir à représenter les hallucinations du prêtre à travers des visions blasphématoires qui annoncent certains débordements verhoeveniens : le repas populaire d’après baptême se transforment en scène sodomite, la Vierge devient une femme aguicheuse allongée langoureusement pour vamper le prêtre. De la Iglesia pulvérise les tabous. La frustration sexuelle de Miguel est telle que son excitation refoulée se porte indifféremment sur les femmes, les hommes, et même les enfants..

Pour De la Iglesia, la religion est l’antithèse de la nature humaine, charnelle par essence. Une religion si castratrice qu’il en prend la métaphore au pied de la lettre. Le paradoxe ? En dépeignant le catholicisme dominant sous Franco, il en montre l’effritement et la nécessité d’une transformation. Les croyants les plus fervents finissent par lâcher prise, reconnaissant qu’on a perdu de vue l’essentiel. La religion, passée de la générosité à la surveillance et à la punition, s’est éloignée de l’homme qu’elle devait aider ; elle a oublié que « la parole de Dieu était aussi « la parole de Dieu pour l’homme ». Oui, la religion est définitivement politique, tout gouvernement se devant de servir son peuple et non de l’anéantir.

Au fil du film, le drame s’impose notamment à travers cette histoire d’amour jamais avouée ni assumée, ce sentiment étouffé dans un confessionnal. The Priest devient alors le récit d’une lente prise de conscience menant à l’impuissance, à la solitude et à l’athéisme.

 

Suppléments

  • Présentation du film par Marcos Uzal
  • Diaporama d’affiches et photos

Combo Blu-Ray / DVD édité par Artus films

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A propos de Olivier ROSSIGNOT

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