Espagne, années 1970. Arrêtée par la police, une sorcière adepte de sacrifices humains se suicide et se venge de l’homme responsable de son arrestation en prenant possession du corps de sa fille Susan. Ne parvenant pas à expliquer le comportement de plus en plus préoccupant de la fillette, qui devient agressive puis commence à se transformer physiquement – ne laissant alors plus le moindre le doute quant à la nature du mal qui la ronge – la gouvernante de Susan fait appel au père Juan afin qu’il tente de l’exorciser.

© Le Chat qui fume
Réalisé par Amando de Ossorio (principalement connu pour sa tétralogie des Templiers aveugles) et sorti en 1975 sous le titre original La Endemoniada, La Possédée fait d’abord et avant tout partie des innombrables émules – ou copies – de L’Exorciste, sorti deux ans plus tôt et dont il reprend (souvent) grossièrement la plupart des idées – on y retrouve notamment les symboles liés à l’adolescence et à la sexualité, le regard sceptique des adultes sur le surnaturel ainsi que le fait que le père Juan, tout comme son modèle le père Karras, doute de sa foi lorsqu’on vient le solliciter – mais se distingue néanmoins par la touche profondément espagnole qu’il apporte à l’ensemble.

© Le Chat qui fume
Les meilleures scènes s’avèrent ainsi de loin celles montrant les sorcières en pleine messe noire et surtout la monstruosité de la principale antagoniste lorsque celle-ci pousse ses victimes à la folie et accomplit ses méfaits par l’intermédiaire de l’enfant qu’elle possède.

Remarquablement efficaces (il est alors difficile pour le spectateur de ne pas être pris aux tripes) ces moments trop rares confèrent à La Possédée un charme et une singularité intermittents mais ô combien appréciables, également permis par la capacité d’Ossorio à rendre tangible la souffrance de sa jeune héroïne, malmenée par l’esprit qui la possède. Filmant ce calvaire au plus près – aidé en cela par les nuances de jeu et l’extraordinaire versatilité du visage de Marian Salgado, qui terrifiera un an plus tard les spectateurs des Révoltés de l’an 2000 (Who Can Kill a Child?) de Serrador – le cinéaste parvient ainsi à s’affranchir du style quasi-documentaire de L’Exorciste et dépasser sa réalisation kitsch et ses personnages stéréotypés, jusqu’à orienter progressivement son long-métrage vers le tragique. Frappant par sa mélancolie et sa représentation hautement dérangeante des maltraitantes physiques et psychologiques que subit la petite Susan jusqu’au tréfonds d’elle-même, La Possédée offre ainsi en sous-texte une réflexion douloureuse sur la manière dont l’âge adulte « attaque » l’enfance au point de s’avérer nettement plus émouvant que terrifiant.

© Le Chat qui fume
Loin d’égaler le génie de L’Exorciste qu’il singe en grande partie, La Possédée demeure une œuvre inégale mais très attachante dès qu’elle ose se montrer originale et constitue probablement l’un des meilleurs films nés dans le sillage du chef-d’oeuvre de Friedkin.
Disponible en blu-ray chez Le Chat qui fume.
BONUS :
• Demon Witch Child avec l’actrice Marian Salgado (22 min)
• La Possédée par Xavi Sánchez Pons et Àngel Sala (23 min)
• Film annonce

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