Nada Riyadh et Ayman El Amir –  « Les filles du Nil » et Nabil Ayouch -« Everybody loves Touda »

 

Résistances féminines. 

Le documentaire Les filles du Nil (The Brink of Dreams) suit un groupes de jeunes coptes adeptes du théâtre de rue. Dans leur village rural du sud de l’Égypte, elles mettent en scène, avec les moyens du bord, leur colère et leur frustration d’être filles dans un univers qui ne leur réserve d’autre avenir que celui d’être épouses et mères. Les réactions des spectateurs, tantôt horrifiés, tantôt amusés, parfois effrayés, illustrent à elles seules le courage de cette bande de troubadour.e.s. Les face à face avec les parents ou les futurs maris, que la caméra capte au plus près, montrent à quel point l’étau ne cesse de se resserrer sur elles, tout en laissant parfois affleurer de jolis moments de tendresse. Finalement, toutes ou presque sont contraintes de rentrer dans le rang. Mais la présence de Majda Masoud, Haidi Sameh, Myriam Nassar, et Monika Youssef sur la scène de la Semaine de la critique puis sur la Croisette forme un épilogue heureux: ce vendredi 17 mai, elles étaient là, avec nous, heureuses de pouvoir porter des robes et de partager leur amour de l’art vécu comme la plus belle des résistances. 

D’art et de révolte il est encore question dans Everybody loves Touba de Nabil Ayouch ( Sélection Cannes Première). Son héroïne, Touda, est une cheikha: elle chante la Aïta, cette poésie musicale qui remonte à des siècles et dit l’amour, la liberté, la résistance. De spectacle en spectacle, cette femme incandescente se livre corps et âme à son art. Associée à la couleur rouge, elle est incandescente. Nisrin Erradi, son interprète, est absolument sublime dans son énergie farouche. Les chansons se succèdent sans que jamais on ne soit lassé: chacune semble être un nouveau combat, un nouveau morceau d’âme offert aux spectateurs. Mais exercer un tel métier n’est pas sans risque. Exposée aux regards des hommes qui confondent fougue et débauche, Touda se heurte à une constante violence, dans son village, puis à Casablanca où elle tente de s’établir pour permettre à son fils sourd et muet de fréquenter une école spécialisée (l’ appel téléphonique entre cette mère- voix et ce petit garçon qui en est dépourvu, est poignant). Mais elle est prête à payer le prix. Comme les filles du Nil, elle s’élève glorieusement contre la tyrannie des traditions. C’est un leitmotiv cannois cette année: cette irréfragable volonté de continuer à croire que l’art peut sauver le monde. 

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