Paris Cinéma 2014 (2) – "L’incident" et "Seconds"

Je m’escamote un peu, pour une infidélité à la compétition car en ce lundi 7 juillet, je me rends au Nouveau Latina pour la reprise de “L’incident” de l’américain Larry Peerce (1967), dans le cadre du programme “Paris CinéClassics”. Le film en Noir et Blanc, avec Tony Musante et Martin Sheen dans leurs premiers rôles, est une hybridation audacieuse de théâtre – un huis clos dans une rame de métro -, et de rendu hyperréaliste d’un fait divers – deux voyous séquestrent et terrorisent tour-à-tour les passagers d’un wagon. “L’incident” renvoie aux films contemporains de Shirley Clarke, dérivés pour partie du Living Theater, ou au vérisme documentaire de “12 hommes en colère” de Sydney Lumet. Sa photographie est soignée, son filmage inventif, mais son scénario reste en deçà de ses audaces formelles : le portrait de la délinquance est suranné, voire prudent (deux voyous blancs propres sur eux sans origines trop marquées), l’échantillon du wagon est un catalogue social invraisemblable (un homosexuel, un noir, un alcoolique, un couple de vieux…) et la conclusion est hypocrite (la lâcheté reste à distance ; il y a un bon samaritain qui sauve la mise et donne l’absolution). On détectera même, au passage, un semblant d’apologie de l’auto-défense, qui préfigure le genre sinistre des justiciers ordinaires, apparu durant les décennies suivantes. “L’incident” s’érige donc en grand film-expérience, pour secouer nos consciences citadines endormies, et dénoncer le vil fléau de la petite criminalité urbaine (sortie prévue le 10 septembre 2014 (Swashbuckler)).
A côté, “Seconds” de John Frankenheimer, est un objet plus vivifiant, et d’une toute autre pertinence. Un banquier essoufflé (John Randolph) s’achète une seconde jeunesse via une organisation secrète. Passé pour mort, il entame une seconde vie, aussi oisive que luxueuse, sous les traits d’un fringant quadragénaire, Tony Wilson (Rock Hudson). Mais la mue ne s’opère pas comme prévue et Tony est partagé, entre le regret de sa première existence, et le souhait de repartir de zéro une nouvelle fois. Le fond est d’un pessimisme incroyable : la réussite fallacieuse (achetée comme un produit commercial) conduit à une nouvelle aliénation, et à un nouveau conformisme, physique et social. C’est surtout l’imaginaire visuel du film (anamorphoses outrancières) et son climat cauchemardesque qui frappent, à mi-chemin entre le film noir, Kafka, et l’expressionnisme du “Cabinet du Docteur Caligari”. Rock Hudson joue un contre emploi absolu, sacrifiant son image de star dans un rôle antipathique, au grand dam de ses amateurs. Le film a des défauts, mais sa fable extraordinaire et l’inventivité de certaines séquences, notamment la mise en place nébuleuse du récit, faite de filatures et de rdv mystérieux, et le final cinglant, les font passer loin dans l’arrière plan (sortie prévue le 16 juillet 2014 (Lost Films)).
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A propos de William LURSON

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