Comment évoquer la musique composée par Brad Fiedel pour Terminator, au leitmotiv désormais si lié à l’imaginaire collectif qu’il laisse apparaître le visage d’Arnold Schwarzenegger dès qu’il retentit ?

Cette réédition en cd mais également en vinyle de cette b.o. chez Milan, en ajoute au sentiment de nostalgie, à celui de revivre pendant plus d’une heure notre adolescence. La réécouter au présent, c’est prendre la machine de H.G.Wells qui nous conduit au cœur des années 80, en plein âge d’or du cinéma fantastique, au temps d’un Festival d’Avoriaz qui primait Street Trash, Re-Animator ou Nightmare on Elm Street, une ère où le genre était à la fois méprisé par la presse non spécialisée et adulé par des admirateurs qui n’étaient pas des geeks.

Le futur compositeur des musiques de Blue Steel (Kathryn Bigelow) ou de The Serpent and The Rainbow (Wes Craven) n’a que 33 ans lorsqu’il compose la b.o de Terminator, soit trois de plus que James Cameron. Curieusement on a souvent tendance à confondre le thème de Terminator à sa version arrangée pour Terminator 2 – Judgment Day aux couleurs plus épiques et « symphoniques », oubliant ainsi combien la musique originelle du premier volet est une petite merveille synthétique totalement raccord avec la série B de James Cameron, aussi modeste que diablement efficace.

La partition de Fiedel est caractéristique d’une période pendant laquelle les compositeurs mêlaient à l’élaboration d’un univers visuel particulier la recherche de nouvelles sonorités avec les techniques électroniques de l’époque ; elle apparaît finalement plus novatrice que celle de Terminator 2 dans laquelle l’imitation de l’ensemble orchestral par les synthétiseurs accuse plus la marque des années. Brad Fiedel y suivra en quelque sorte l’évolution de l’inspiration de James Cameron en lui appliquant plus d’emphase, lorgnant du côté des ambiances guerrières de Basil Poledouris, le philarmonique en moins.

A l’instar de pas mal d’autres bandes originales fantastiques des années 80, si l’on excepte le main title, le Terminator de Brad Fiedel est plus générateur d’ambiance que créateur de mélodies. Fiedel s’emploie à accroître la tension, à rendre le climat pesant, à soutenir le suspense. Et c’est dans cet objectif même qu’émerge sa dimension la plus expérimentale.

Ici, les teintes sont délibérément sèches, métalliques, peu séduisantes, rappelant parfois les heures de gloire du krautrock d’un Tangerine Dream, Klaus Schulze ou même Krafwerk. Pas de place pour le sentimentalisme ou l’épanchement émotionnel. Brad Fiedel joue sur la distorsion, la disharmonie (« Matt et Ginger killed »), les spectres sonores plus que l’accord ; les échos industriels, les grincements se confondent à la bande son. Déstabiliser l’oreille de l’auditeur fait partie de l’enjeu, de la même manière qu’à l’image, la peur pour le destin des héros captive et remue le spectateur. La vague synthétique s’installe et s’amplifie, enveloppe l’espace, modulant les basses et les changements de volume : le maintien d’une note pour créer l’incertitude, l’angoisse, le questionnement. Le jeu sur les intensités, le larsen et le strident l’emporte donc sur la mélodie. Ce sont autant de pulsations cardiaques rejoints par des bourdonnements, des souffles et des sifflements.

Les percussions électroniques martèlent le bruit des machines. Les scansions accompagnent parfois les gestes des personnages (un coup de poing = un coup de note) lors des scènes d’action, comme une réminiscence du ciné-concert dans le muet où la musique accompagne le mouvement. Parfois l’humeur se fait plus martiale, imitation de la rythmique des battements de tambour.

On ne niera évidemment pas la dimension parfois purement fonctionnelle d’une telle partition – servir l’image avant tout -, mais il serait fort réducteur de la résumer à cet aspect illustratif, car au-delà du charme nostalgique qu’elle procure, elle demeure un très bel échantillon d’une musique atmosphérique aux moments inquiets souvent d’une belle puissance, à l’instar de ce « I’ll Be Back / Police Station and Escape ». Elle est surtout caractéristique de l’importance de la musique synthétique dans le cinéma de genre, avec des partitions aussi majeures que celles de Tangerine Dream pour Near Dark ou Sorcerer, mais dont l’instigateur et le meilleur représentant demeure à jamais John Carpenter.

Brad Fiedel, The Terminator, Cd et double vinyle édités par Milan

A propos de Olivier ROSSIGNOT

Laisser un commentaire