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Pascal Lardellier – « Génération 3.0 »

Information, jeunesse, culture toujours : après Le choc des incultures, brûlot un poil passéiste de Francis Balle, voici Génération 3.0, de Pascal Lardellier.

Soit la reprise d’une étude entamée par l’auteur en 2006 sur la question de la jeunesse et des TIC (Technologies de l’internet et de la communication) et parue chez Fayard sous le titre « Le Pouce et la souris. Enquête sur la culture numérique des ados. »

Pendant solaire du scrogneugneu Le choc des incultures, dont il partage toutefois l’idée d’une tension entre hypermodernes aveugles et rétrogrades sourds, il interroge le long d’une centaine de pages de cet ouvrage à destination principalement des adultes et enseignants la question du fossé numérique et de la manière de le combler, notamment en terme de connaissances.

Ce qu’il y démontre, c’est qu’outre l’idée qu’il y a utilisateurs et ignorants, la logique horizontale du web, tout en apportant la diversité des sources (avec, le consent-il, une hyper spécialisation se cristallisant autour de quelques pôles de passions pour les jeunes), souffre aussi du syndrome de « désintermédiation » : tout se vaut, puisque l’algorithme Google libère au nombre de clics, et que Wikipedia est collaboratif.

Se créent alors deux castes, bien éloignées de la pensée rousseausiste de la connaissance pour tous : ceux qui savent trier le bon grain de l’ivraie, et les autres. Et donc, pour le premier cas, ceux qui possèdent finalement le background culturel et critique nécessaire, pré-existant finalement à l’utilisation web.

Nouvel élitisme ? Pas sûr, puisqu’il y a là une carte à jouer : retrouver le médiateur, créer une « dialectique numérique » pour éveiller les consciences et les pratiques.

C’est là le cœur d’un lien nouveau et unique à bâtir avec cette génération qu’il a découverte « auto-formée », en vase clos car incapable d’être accompagnée par des adultes perdus face à une génération du « réflexe relationnel ».

Car il est bien là le fossé : loin des « vieux », cette nouvelle communauté a troqué l’utilisation « utilitaire » des parents pour un rapport intime à la tribu, à l’autre. Une « chambre d’ego », fermée sur soi, dont il s’agira d’entrouvrir un peu la porte pour accompagner la prise en main critique de l’outil.

Si le propos est pertinent, on pourra alors reprocher la légèreté de certains propos, évoquant par exemple une enquête de référence dont on peine à définir les contours expérimentaux, et un développement dont les conclusions se révèlent plus parcellaires ou convenues qu’espérées.

On pourra aussi s’agacer ou applaudir l’oralité du ton général, pleine d’adresses aux lecteurs et de collusion (on est ici entre profs), qui tout en fluidifiant agréablement l’expérience de lecture masque parfois une simplification à outrance du propos laissant les argumentaires aux pieds de pages, voire « à mes autres ouvrages », dommage.

N’en reste et demeure alors qu’une introduction sans doute dispensable mais stimulante à un sujet nécessaire, dont l’immensité du gouffre générationnel et relationnel se cache à coup de paperassages gouvernementaux et de « plan numérique » inefficients.

Editions ems, 160 pages, 11.5 euros (en librairie depuis le 3 mars 2016)

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A propos de Jean-Nicolas Schoeser

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