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Pour ce huis-clos détourné, Estelle Nollet rassemble devant un écran de cinéma quatre personnages décédés. Séquence après séquence, ils vont redécouvrir ensemble leurs vies respectives qui se sont déroulées en majeure partie dans une réserve animale en Afrique du Sud. C’est Harrison qui sera la connexion entre tous, chef de la réserve qu’il a fondée après la mort de son père qui utilisait ces terres comme terrain de chasse. Autour de lui, gravitent les autres : Juma, un petit garçon albinos qu’il a recueilli, N’Dilo, son ami d’enfance devenu braconneur et Pearl, l’éléphante.

Avec le style franc et direct qu’on lui connaissait déjà depuis « On ne boit pas les rats-kangourous », Estelle Nollet plante à nouveau des personnages marqués par une certaine dureté de l’existence. L’astuce narrative de l’écran lui permet de s’affranchir d’éventuelles fioritures et d’installer une fiction dont le déroulement va rapidement à l’essentiel. Sans concessions envers le genre humain, elle évoque volontiers les erreurs et la violence, les épreuves qui marquent la trajectoire de ses personnages et qui influencent leurs choix. Tout en abordant la problématique des espèces animales menacées, notamment à cause du trafic de l’ivoire, l’auteur semble poser habilement une question essentielle qui résonne dans cette réserve sud-africaine : qu’y a-t-il à préserver dans l’espèce humaine ? Elle y répond de manière implicite et sans manichéisme en insistant sur la force de caractère, les émotions contraires et le libre-arbitre qui ne parvient pas toujours à combattre la bêtise.

Dans ce nouveau roman lumineux malgré la noirceur des thèmes abordés, Estelle Nollet propose un récit séduisant et très lisible qui devrait fédérer bon nombre de lecteurs. En associant des ingrédients bien dosés tels que la force de la nature, des personnages marquants, du réalisme, de l’aventure et de l’émotion, elle quitte ici tout à fait le registre insolite avec ce livre intéressant et palpitant.

Paru le 08/01/15 aux Editions Albin Michel.
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A propos de Sarah DESPOISSE

1 comment

  1. Carole Finkel

    Très juste commentaire de ce très beau roman qui donne beaucoup à réfléchir sur bien des sujets très actuels et qui donne très envie de s’engager aussi.
    Beaucoup de profondeur sous l’apparente évidence de la trame romanesque où les flashback suscitent autant de questions qu’ils apportent de réponses : l’évidence de la fatalité.
    Et l’Afrique, comme un beau et cruel reportage, rendue si vivante par une multitude de détails croqués sur le vif, évoquée dans une prose rythmée qui emporte loin d’ici et qui fait d’autant mieux partager les regrets des personnages de leur paradis perdu.
    Un immense gâchis que seule une vue cavalière des évènements pouvait expliciter.
    Souhaitons qu’il ne soit pas nécessaire d’en arriver là et que ce roman ne se révèle pas être une horrible prémonition : il semble être écrit pour cela.

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