Une série d’événements vont transformer radicalement l’existence des habitants d’un immeuble romain, dévoilant leur difficulté à être parent, frère ou voisin dans un monde où les rancœurs et la peur semblent avoir eu raison du vivre ensemble.
Tandis que les hommes sont prisonniers de leurs entêtements, les femmes tentent, chacune à leur manière, de raccommoder ces vies désunies et de transmettre enfin sereinement un amour que l’on aurait pu croire à jamais disparu.

À partir de là, les choses se corsent. Le film entrelace vaguement les histoires de plusieurs voisins d’immeuble auxquels il en arrive en effet, des choses : le jeune fils du couple de magistrats (Nanni Moretti et Margherita Buy), saoul au volant, renverse et tue une dame dans la rue ; une épouse esseulée enceinte (Alba Rohrwacher) part sans broncher, sa petite valise sur roulettes à bout de bras, mettre au monde son enfant, que le père découvrira quelques jours plus tard, au retour de la maternité, via Skype, sans insister non plus pour réveiller le bébé s’il dort ; un autre père (Riccardo Scamarcio) a soudain d’affreux soupçons sur le comportement d’un vieil homme de l’immeuble auquel il confie régulièrement sa fillette – alors que la mère semble s’en soucier comme de sa première chemise –, sauf qu’en essayant de résoudre le mystère, il cède assez pro-activement aux avances d’une mineure encore vierge, qui lui présentera même des excuses pour son stratagème… Chacune de ces histoires (et il y en a d’autres) suffirait, prise isolément, à remplir tout un film, mais étonnamment, quoique toutes soient assez énormes, ce qui frappe, c’est le détachement placide, voire flaccide, avec lequel tout cela est reçu et traité par la galerie de personnages du film. Personne n’a une pensée pour la dame fauchée en pleine rue d’un coup de capot ; la mère du nourrisson ne se plaint jamais des absences du mari et ne semble même pas envisager de faire autre chose que d’avaler la pilule ; le père « vigilante » en croisade contre un imaginaire pédophile potentiel referme sa braguette après avoir défloré la mineure en cinq minutes chrono et file, bougon, sans spécialement dire au revoir.

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Plus que les événements potentiellement traumatisants qui surviennent, c’est l’indifférence absolue de toute la troupe, par rapport à ces faits et entre eux, même en famille, qui frappe. Quand arrive l’épisode aberrant du dépucelage illicite option rien à foutre, face à l’atonie morale et émotionnelle de ces gens sans amour, face à leur absence de réactions « normales » et même de réactions tout court on badine avec l’idée que c’est l’objectif : que Moretti a voulu créer des personnages « en blanc », vides, pour montrer… on ne sait pas bien quoi, et ce n’est pas faute d’avoir cherché.

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Surtout que les différentes intrigues continuent de se déployer (une mère apprend de son fils répudié, via un bénévole de l’armée du salut devenu son beau-père, qu’il est maintenant apiculteur, un long procès suit son cours…), mais entre le fait qu’elles n’ont aucune épaisseur (on a aussi du mal à comprendre l’intérêt qu’il y avait à les mêler, et à réunir tous ces gens) et leur neutralisation supplémentaire par le peu d’effet qu’elles font aux personnages, l’ensemble évoque un feuilleton (avec deux bonds de cinq ans en avant qui ajoutent à cette impression), qui plus est interminable bien que beaucoup de choses se passent pendant ces deux  heures où on s’ennuie ferme. Et la rétribution ne viendra pas, on le comprend très tôt. Même en essayant de se demander si l’absence de tout élément de psychologie (alors que cela aurait nourri le film) ne sert pas un but, si la platitude n’est pas voulue. La coda arrache même un sourire, et pas dans un sens positif. A dire vrai, on est un peu abasourdi que l’auteur de Journal intime et La Chambre du fils ait pu produire un long-métrage aussi falot, poussif et dépourvu d’humour.

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A propos de Bénédicte Prot

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