Très en prise avec le contemporain, les œuvres d’insertion, de solidarité, de parcours intime se plaisent néanmoins à exorciser la réalité sociale et sa violence par la fable, le conte. Qui dit conte dit parcours individuel idéal dans un monde qui ne l’est pas, constituant une « exception » à la règle de l’injustice à travers de beaux récits d’émancipation dans lesquels domine la figure du passeur providentiel. Qu’il s’incarne ici dans la figure de l’artisan ou dans celle de la professeure d’art lyrique dans le récent Mes frères et moi, il permet aux portes de s’ouvrir et à un être de prendre son envol et d’exercer son altérité, ce qui signifie obligatoirement s’extraire de son milieu d’origine, partir, fuir des communautés qui montre la différence du doigt.

Compagnons |Copyright Wild Bunch Distribution

Dans Compagnons, Naëlle, 19 ans, est une jeune fille désœuvrée de la banlieue nantaise. Participant à un chantier d’insertion, elle se laisse convaincre par la responsable (excellente Agnès Jaoui)  d’intégrer une formation de vitrailliste dans la Maison des compagnons de Nantes. Animal blessé, plein de colère et de sauvagerie, Naëlle est partagée entre son désir d’avancer et ce qui la relie encore à son quartier d’origine, notamment le fait qu’elle doive une grosse somme d’argent aux dealers qui la terrorisent parce qu’à cause d’elle ils ont perdu une grande quantité de drogue. Elle découvre tout un conception de la vie qui donne un sens à la sienne, apprend à travers le fonctionnement extrêmement strict de la confrérie (qui accueille des femmes depuis 2004 seulement) tout le sens de la solidarité, de la rigueur, du travail et de la transmission. Si le récit d’initiation peut paraître utopique dans son exemplarité, il est essentiel dans cet esprit de dialogue qu’il instaure, cette idée que les désignés perdants peuvent parfois s’en sortir. Le film de François Favrat adopte le ton juste, puisant dans le constat d’une époque impitoyable tout en offrant une issue, une évasion à son héroïne, suffisamment subtil pour nous persuader que de tels cheminements sont possibles, que de telles âmes et de telles rencontres existent et qu’elles ne seront pas automatiquement mises en échec.

Compagnons: Najaa Bensaid

Compagnons |Copyright Wild Bunch Distribution

Il est porté par le jeu incroyablement spontané de Najaa (couronnée par le Prix d’interprétation au Festival de Royan) et celui d’un Pio Marmaï en passeur taiseux, qui décidément s’améliore de film en film. En plus d’être également un remarquable film d’immersion au sein d’une institution très secrète (la plupart des acteurs sont non professionnels), sans en être jamais dupe non plus (il n’élude pas la misogynie de cet univers) Compagnons fait également l’éloge bouleversant du travail manuel, de l’intelligence et de la spiritualité de nos mains, bien trop souvent méprisées.

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A propos de Olivier ROSSIGNOT

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