Curieuse — mais réjouissante — initiative de la part de Tamasa d’exhumer un péplum comique réalisé par un cinéaste mésestimé de la sphère cinéphile, Steno, de son vrai nom Stefano Vanzina, qu’il n’utilisa qu’une fois dans sa carrière pour Société anonyme anti-crime, unique incursion au sein du poliziotesco. Reste qu’en Italie, Steno, avec 74 longs métrages au compteur, est très populaire, depuis ses débuts en 1949 jusqu’à la fin des années 80. Parmi ses réussites, on peut citer, entre autres, Les temps sont durs pour les vampires, Enquête à l’italienne ou encore le très sympa Banana Joe.

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Cet artisan a régulièrement abordé la parodie, sous-genre qui n’était pas majoritaire à l’époque. Les Week-ends de Néron se présente comme un détournement lointain du célèbre roman Quo Vadis de Henryk Sienkiewicz, transposé à l’écran à plusieurs reprises, notamment par Mervyn LeRoy en 1951. Cette œuvre, qui relate le règne chaotique du despote Néron, sert davantage de prétexte que de modèle, d’autant que Steno et ses scénaristes resserrent l’intrigue autour des relations houleuses entre l’empereur et sa mère Agrippine, qu’il finira par faire assassiner. Écartons-nous toutefois de l’histoire officielle, puisque, sur ce point, les avis des spécialistes divergent. Mais les auteurs, soucieux malgré tout de ne pas raconter n’importe quoi, restent attachés à une vérité — toute relative — des faits historiques. Néron séjourne donc dans son palais en compagnie de Poppée et de son conseiller Sénèque. Désintéressé par la guerre et les affaires politiques, il n’a que faire du sort de Roi, préférant végéter et profiter de sa passion pour le chant. Ce qui l’excite avant tout, c’est de monter un grand spectacle musical et dansant dont il sera évidemment la vedette. Mais son projet d’oisiveté et de plénitude est perturbé par l’arrivée de sa mère Agrippine, venue rappeler à son fils ses responsabilités. Tourné essentiellement en huis clos, avec quelques rares extérieurs, Les Week-ends de Néron utilise un décor fastueux pour l’intégrer dans un univers de théâtre de boulevard. Réalisé en amont de l’émergence des péplums italiens, qui seront légion à partir de la fin des années 50, le film ne prend pas pour personnages centraux les héros huilés de la mythologie comme Hercule, Ulysse ou Jason, mais bien un despote ridicule, mégalo et capricieux, un artiste raté qui se moque de son destin.

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Le choix d’Alberto Sordi pour incarner Néron s’avère judicieux. Le monstre sanguinaire n’est ici rien d’autre qu’un enfant narcissique, un personnage médiocre dans la grande tradition de la comédie italienne de l’époque. Le comédien, fidèle à son tempérament excentrique, amène une folie, pas loin de l’hystérie, qui bouscule la sagesse d’une narration conventionnelle s’appuyant sur des ressorts comiques parfois éculés. Sur fond de complots et de querelles familiales, cette fantaisie loufoque verse néanmoins dans un humour macabre réjouissant, un jeu trivial autour de la mort où tout le monde veut tuer tout le monde, en usant d’une imagination débordante à laquelle le film doit ses passages les plus drôles et absurdes — notamment les trois serpents dissimulés dans le palais. Tour à tour amusant et poussif, Les Week-ends de Néron ne laisse pas indifférent, notamment grâce à son casting ébouriffant, de Gloria Swanson à Vittorio De Sica en passant par une Brigitte Bardot plutôt convaincante, même doublée en italien. Cette distribution improbable s’intègre parfaitement dans le délire orchestré par Steno, par ailleurs metteur en scène efficace mais sans génie, qui s’appuie ici sur les très belles images colorées de Mario Bava, chef opérateur inspiré donnant un cachet visuel surprenant à cette comédie sans réelle ambition autre que celle de faire rire. La mission est réussie, y compris lorsque les gags tombent à plat, le charme désuet de l’entreprise prenant le pas sur la réelle réussite des enchaînements burlesques. C’est l’avantage un peu injuste de vieux films qui deviennent drôle malgré eux avec le temps.

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Le soin apporté à la composition des plans donne parfois l’impression d’assister, avec quelques années d’avance, à l’un de ces péplums baroques auxquels Bava participera, notamment avec Les Travaux d’Hercule de Pietro Francisci ou, en temps que metteur en scène, Hercule contre les vampires. Et pour conclure sur cette production quelque peu aberrante, un certain Lucio Fulci officiait alors comme premier assistant réalisateur. Comme quoi tous les chemins mènent à Rome… et au bis.
Le combo Blu-ray/DVD de Tamasa propose en bonus une intervention de Jean Ollé-Laprune, historien du cinéma qui revient sur le film, son réalisateur et ses comédiens.
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