Retour sur la dix-septième édition du Festival International du film de La Roche-Sur-Yon

Pour cette dix-septième édition, une nouvelle fois, le Festival international de La Roche-sur-Yon, a été une belle vitrine du cinéma indépendant. Un coup de projecteur éclectique, forcément non exhaustif, sur les différentes formes et genres qui contribuent à la richesse d’un cinéma qui ne veut pas se laisser phagocyter par les lois du marché, sans pour cela négliger les attentes de publics en matière de dépaysement et de divertissement. Cette volonté de diversité a servi de boussole au choix de nos projections, une dizaine parmi les différentes compétitions  et séances spéciales.

La vitalité du documentaire. Nous l’avions déjà mis en exergue, lors de la précédente édition, ce genre ne cesse de s’enrichir, de se nourrir d’autres formats narratifs, d’autres médiums. Burgundy, projeté notamment lors de la soirée d’ouverture  nous plonge dans un vignoble de Bourgogne, en période de transition. Tandis que le vénérable propriétaire tente de convaincre son petit-fils de reprendre les rênes de leur prestigieuse maison, un jeune homme, déjà expérimenté dans la vigne rêve de gravir les échelons, voire de s’implanter dans le terroir. Une apprentie sommelière s’interroge sur ses capacités et motivations pour la profession, alors qu’à contrecœur, le chef de rang d’un restaurant gastronomique s’apprête à partir en retraite. Documenteur, reportage, faux airs   de magazine télé, du type Cinquante minutes inside, fiction, l’alchimie est savoureuse, pétillante, émouvante. Faut dire que les deux  réalisateurs, Michael Dweck, Gregory Kershaw, n’en sont pas à leur coup d’essai pour brouiller les pistes après notamment Le chasseur de truffes.

Nino, a film about Nino Rota, adopte un ton plus classique dans le registre du biopic. Mais, Walter Fasano, monteur à plusieurs reprises de Luca Guadagnino, avec qui il a également réalisé un documentaire sur Bernardo Bertolucci, dépasse largement la dimension hagiographique d’un tel exercice. Plutôt que de chercher à être le plus complet qui soit – comment l’être d’ailleurs vu la très longue carrière du maestro italien, compositeur des films de Fellini, du Parrain, de Roméo et Juliette. Son approche est sensorielle : importance de la nature, des éléments. Le métrage réussi à nous plonger dans l’âme du musicien. Un artiste surdoué qui a toujours préféré toucher le public au cœur, au lieu de mettre son propre génie en avant -sortie prévue en février 2027 en Italie, à la recherche d’un distributeur dans l’Hexagone.

Le cinéma indé US à l’honneur, toujours soucieux de porter son regard vers les oubliés du modèle américain. Hot Water ne fait visiblement pas dans l’originalité. Ramzi Bashour s’inspire pourtant de son histoire personnelle mais son road-movie additionne les attendus du genre, et se noie dans les bons sentiments : une mère et un fils se rapprochent progressivement, des rencontres avec des marginaux attendrissants … A contrario, If I Go Will They Miss Me, qui s’inspire également du vécu de son réalisateur Walter Thompson-Hernández, se singularise à bien des points. Le récit d’une communication difficile entre un enfant et son père, tout juste sorti de prison, touche par sa poésie, et laisse le champ libre à nos projections personnelles en n’étant jamais didactique.

Les rêves enfouis de la Chine. Light Pillar de Xu Zao mélange animation et prises de vues réelles. Un personnage d’animation se rêve en homme de chair et de sang grâce à un casque de réalité virtuelle. Dans Atlantic Rhapsody de Zhong Kaifeng, un jeune homme qui n’arrive pas à se débarrasser d’un bruit mystérieux qui résonne dans sa tête entreprend de retrouver son père. Les deux films se déroulent dans un univers déshumanisé où le personnage principal trouve des raisons de croire encore à un sursaut.

La vitalité du cinéma Français. En avant-première (sortie le  2 décembre), Un peu avant minuit,  le nouveau film de Nicolas Pariser (présent lors de la projection) résonne  malheureusement avec notre actualité socio-politique. Déliquescence des partis politiques, le gouvernement débordé par les manifestations va proclamer l’état d’urgence. Au milieu de ce chaos, Léo (Melvi Poupaud) prend conscience que sans avoir fait partie des « porcs », son attitude de mâle a contribué à réduire la femme à un objet de désir. Malgré quelques salves d’humour, le film se répète, ronronne. Ce n’est pas en marchant sur les pas de Rohmer (longues conversations en quasi plans-séquences) qu’on arrive à lui arriver à la cheville.  Le corset, quant à lui a fait l’unanimité, chez les grands et les petits. Le magnifique film d’animation de Louis Clichy, en salle depuis mercredi 14, est aussi intelligent que touchant.

Des expériences singulières. Rose of Nevada de Mark Jenkin, nous plonge dans un rêve éveillé. Hypnotique histoire d’un bateau de pêche fantôme qui revient dans un port de Cornouailles. Filmé en 16 mm, une photographie magnifique, un sens du détail, parfois excessif, mais un regard profondément original. Du Focus consacré à María Silvia Esteve, une réalisatrice et productrice argentine, nous avons eu le bonheur de pouvoir découvrir deux de ses œuvres. Toutes les deux au cœur de l’intime. The Spiral, court métrage expérimental de 2022, mélange des messages vocaux, des créations numériques pour aborder les traumas liés au suicide. Dans  Silvia, long-métrage de 2018, la réalisatrice retrace le destin tourmentée de sa mère, à partir de cassettes VHS. Bien plus qu’un simple travail de mémoire, d’hommage, de catharsis, le travail de la réalisatrice prend une dimension universelle.

 

Palmarès de la compétition.

GRAND PRIX DU JURY INTERNATIONAL CINÉ+ OCS
TRISTAN FOREVER de Tobias Nölle et Loran Bonnardot

PRIX SPÉCIAL DU JURY INTERNATIONAL
RADIO BONHEUR de Valéry Rosier

PRIX NOUVELLES VAGUES
ATLANTIC RHAPSODY de Zhong Kaifeng

MENTIONS SPÉCIALES DU PRIX NOUVELLES VAGUES
LIGHT PILLAR de Xu Zao/HEAT de Jacqueline Zünd

PRIX TRAJECTOIRES
TAKKUUK de Zak Norman, Charlie Miller

PRIX VARIÉTÉ MAD MOVIES
L’ÎLE DES SOUVENIRS de Januel Mercado, Joel Crawford

COUP DE CŒUR DE L’IUT DE LA ROCHE-SUR-YON
CHANGER L’EAU DES FLEURS de Jean-Pierre Jeunet

COUP DE CŒUR DES COLLÉGIEN·NE·S
LE CORSET de Louis Clichy

COUP DE CŒUR DES CLASSES JURYS
PETIT JULES de Mathias Varin/ VERS LA FORÊT de Antonin Niclass

 

 

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A propos de Jean-Michel PIGNOL

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