(III), troisième album du groupe canadien Crystal Castles, confirme le manque d’inspiration d’un des groupes électro-punk les plus percutants de ces dernières années. Dommage.

 
En 2008 Crystal Castles sortait un premier album éponyme lui permettant en quelques semaines seulement de se hisser parmi les groupes les plus inventifs de la scène démo et plus largement de la scène électronique. Mélangeant samples (HEALTH…), bruitages cradingues et sons 8-bits (le groupe utilise une puce provenant d’une console Atari comme oscillateur), Crystal Castles détone autant par un son ultra-saturé facilement identifiable que par la personnalité punk et déjantée de sa chanteuse charismatique Alice Glass, véritable concentré d’énergie brute. La canadienne n’hésite en effet pas à donner de sa personne, hurlant dans son micro et faisant preuve d’une rage incommensurable en concert, tant et si bien qu’elle se taille la réputation d’être ingérable. Peu à peu le duo torontois qu’elle forme avec Ethan Katz s’entoure d’une aura sulfureuse (alcool, drogue, plagiat…), certains journalistes allant jusqu’à déclarer qu’en interview, les deux comparses sont d’une suffisance crasse.
 

 
Qu’importe, leur premier album est un bijou incontestable.
 
Si le deuxième album (II) (2010) semblait hésiter entre cette énergie brute « screamo » (Doe Deer) et une certaine forme d’apaisement (Celestica), il restait néanmoins louable, loin cependant de la dynamique du premier opus.
 
Que reste-t-il de la fougue d’Alice Glass en 2012 ? (III) apporte une réponse sans appel : rien. Délaissant ce qui faisait la substantifique moelle du groupe torontois, Crystal Castles semble se tourner désormais vers une musique électronique d’une platitude confondante sur laquelle la chanteuse tente vainement de poser une voix ridiculement éthérée par des effets de réverbérations excessifs alors que son comparse s’échine tant bien que mal sur ses synthés pour nous livrer une dance totalement datée. Finies les envolées électriques et punkoïdes 8-bits de l’album de 2008, nous avons ici l’impression d’avoir affaire à une sorte de Mylène Farmer geignarde et insipide qui chouinerait sans grande conviction sur des arrangements dignes de ceux d’Ace of Base.
 

 
Hormis Insulin et sa scansion originale, aucun titre ne ressort véritablement de cet album qui s’avère aussi creux qu’un plaidoyer de Civitas contre le mariage homosexuel. Pire, à l’écoute du titre Violent Youth, on a plus l’impression saisissante et inconfortable d’assister au retour improbable de Crazy Frog, la grenouille horripilante des « tubes » de l’été 2005, que d’écouter un titre des géniaux et avant-gardistes Crystal Castles.



 

Dommage et déception.
 
L’avenir de Crystal Castles semble désormais entre les mains de groupes autrement plus innovants tels Kap Bambino, Crim3sYou Love Her Coz She’s Dead ou bien encore Salem
 

A propos de Alban Orsini

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